Le mystère Megumi Yokota : l’adolescente enlevée par la Corée du Nord.

Megumi est née le 5 octobre 1964 et a été élevée à Niigata, une préfecture située au bord de la mer du Japon. Elle vivait avec ses parents, Shigeru et Sakie Yokota, ainsi que ses deux frères jumeaux plus jeunes, Takuya et Tetsuya. Megumi était une adolescente joyeuse, qui aimait chanter, dessiner et pratiquer la calligraphie japonaise ainsi que le ballet classique. Au collège, elle faisait également partie du club de badminton. Elle était très proche de sa famille et menait une vie ordinaire.

Le 15 novembre 1977, Megumi se rend au collège comme à son habitude. Après les cours, elle participe à son entraînement de badminton. Une fois son activité terminée, Megumi prend le chemin du retour en compagnie d’une amie. A quelques centaines de mètres de la côte, les deux jeunes filles se séparent. Megumi poursuit alors seule son chemin vers chez elle. C’est la dernière fois qu’elle sera aperçue.

Lorsque Megumi ne rentre pas à l’heure habituelle, ses parents comprennent rapidement que quelque chose ne va pas. Elle devait pourtant simplement rentrer chez elle après son entraînement de badminton. Shigeru et Sakie partent alors à sa recherche, tandis que la police commence elle aussi ses investigations.

Dans une interview accordée à ABC News en 2019, son frère Takuya Yokota s’est souvenu de cette nuit où toute la famille s’est lancée à sa recherche : « Notre maison était près de la mer du Japon et le grondement de la mer était fort, le ciel était complètement noir et c’était effrayant pour les enfants. C’était une image vraiment sombre. Nous l’avons cherchée dans le noir avec une lampe torche, dans un hôtel abandonné et dans les forêts, mais il n’y avait aucune trace d’elle. »

Dans les premières heures, plusieurs possibilités sont envisagées : un accident, une fugue, un suicide ou un enlèvement. Les recherches se poursuivent dans les environs de Niigata, notamment autour du chemin qu’elle devait emprunter pour rentrer chez elle. Pourtant, rien ne permet de comprendre ce qui lui est arrivé. Aucun témoin ne peut expliquer sa disparition et aucun objet lui appartenant n’est retrouvé. Megumi semble s’être simplement volatilisée.

Dans cette même interview accordée à ABC News, Takuya Yokota a expliqué à quel point la disparition de sa soeur a bouleversé sa famille : « Quand elle a soudainement disparu, l’atmosphère est devenue très pesante dans la famille et il n’y a plus eu de conversation. Nous étions très déprimés chaque jour. »

Photos d’enfance de Megumi, avec ses parents et ses frères.

Pour ses parents, l’attente devient rapidement insupportable. Les jours passent sans la moindre nouvelle. Shigeru commence à partir plus tôt le matin pour parcourir les environs et chercher sa fille, notamment le long de la côte. Sakie fait elle aussi le tour de la ville pendant plusieurs kilomètres, appelant le nom de Megumi dans l’espoir qu’elle puisse l’entendre.

Pendant près de vingt ans, la famille de Megumi reste sans réponse. Shigeru et Sakie continuent pourtant de chercher leur fille et de parler de sa disparition autour d’eux. Au fil des années, ils rendent son nom public dans l’espoir qu’une personne puisse enfin apporter une information. Mais aucune piste ne permet de savoir où se trouve Megumi ni ce qui lui est arrivé après avoir quitté son amie ce soir de novembre 1977.

Puis, le 21 janvier 1997, tout bascule. Vingt ans après sa disparition, la famille apprend une information qui paraît alors presque impossible à croire : Megumi serait vivante et se trouverait à Pyongyang, en Corée du Nord. Son histoire est immédiatement relayée par les médias japonais et son cas arrive même devant le Parlement. Pour ses parents, cette nouvelle représente à la fois un immense espoir et le début d’une nouvelle période d’incertitude. Car si Megumi est réellement en vie, une question devient alors essentielle : comment une adolescente japonaise de 13 ans a-t-elle pu se retrouver en Corée du Nord ?

En septembre 2002, près de 25 ans après la disparition de Megumi, un événement historique va bouleverser l’affaire. Lors d’un sommet entre le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, ce dernier reconnaît pour la première fois que des citoyens japonais ont bien été enlevés par la Corée du Nord. Selon les informations communiquées par Pyongyang, Megumi fait partie des personnes enlevées. La Corée du Nord affirme alors que cinq des personnes enlevées sont encore en vie, tandis que huit, dont Megumi, seraient décédées.

Pyongyang fournit également plusieurs éléments censés permettre de retracer le parcours de Megumi en Corée du Nord, notamment des photographies présentées comme ayant été prises après son enlèvement. Sur certaines d’entre elles, Megumi apparaît plus âgée, alors qu’elle aurait une vingtaine d’années. Pour ses parents, ces images sont bouleversantes : elles constituent l’une des rares traces de leur fille depuis sa disparition. Mais elles soulèvent aussi de nombreuses questions, car la famille doit désormais se fier aux informations fournies par un régime qui a longtemps nié l’existence même des enlèvements.

Ces photographies contrastent également avec le témoignage d’un ancien agent nord-coréen ayant fait défection, selon lequel Megumi aurait opposé une forte résistance après son arrivée en Corée du Nord, allant jusqu’à se blesser en tentant de s’échapper. Pour son frère Takuya, ces images ont peut-être été réalisées dans le but de montrer une jeune fille en bonne santé et bien traitée, sans laisser apparaître la détresse qu’elle pouvait réellement ressentir. Il souligne également qu’il est impossible de déterminer à quel moment ces clichés ont été pris, ni dans quelles circonstances exactes.

Les photos de Megumi fournies par la Corée du Nord. (© Yokota Shigeru/Jiji Press)

Selon les informations communiquées par la Corée du Nord, Megumi aurait vécu plusieurs années dans le pays après son enlèvement. Elle aurait épousé Kim Young-nam, un Sud-Coréen qui aurait lui aussi été enlevé par la Corée du Nord alors qu’il était adolescent. Ensemble, ils auraient eu une fille, Kim Hye-kyung, née en 1987. Lorsque cette information est révélée en 2002, les parents de Megumi découvrent donc qu’ils auraient une petite-fille qu’ils n’ont jamais connue.

Mais le récit de Pyongyang comporte déjà plusieurs zones d’ombre. La Corée du Nord affirme que Megumi serait morte en 1994, à seulement 29 ans, après avoir souffert de problèmes de santé. Elle affirme également qu’elle se serait suicidée. Pour sa famille, ces explications sont difficiles à accepter, d’autant que plusieurs éléments transmis par la Corée du Nord vont ensuite être remis en question par les autorités japonaises.

En novembre 2004, Pyongyang remet aux autorités japonaises des restes présentés comme ceux de Megumi. Des analyses ADN sont alors réalisées au Japon. Le résultat va provoquer un nouveau choc : l’analyse d’une partie de ces restes révèle un ADN qui n’est pas celui de Megumi. La Corée du Nord rejettera par la suite les conclusions japonaises, affirmant que les résultats des analyses étaient faux.

En 2006, un nouvel élément vient cependant renforcer l’idée que Kim Young-nam était bien le mari de Megumi. Des analyses ADN réalisées par les autorités japonaises permettent d’établir qu’il existe une forte probabilité que Kim Young-nam soit bien le père de la fille de Megumi, Kim Hye-kyung. La même année, Kim Young-nam apparaît publiquement en Corée du Nord et affirme que Megumi est bien morte en 1994. Il rejette également les conclusions japonaises concernant les restes présentés comme ceux de son ancienne épouse. Pour les parents de Megumi, ces déclarations ne permettent toujours pas de comprendre ce qui est réellement arrivé à leur fille.

Après avoir découvert qu’ils avaient une petite-fille née en 1987, les parents de Megumi ont espéré pendant des années de pouvoir la rencontrer et apprendre davantage de choses sur leur fille. En 2014, Sakie et Shigeru Yokota rencontrent finalement leur petite-fille Kim Hye-kyung en Mongolie, lors d’une rencontre organisée avec l’accord des autorités japonaises et sud-coréennes. Shigeru et Sakie découvrent également qu’ils sont déjà arrière-grands-parents : Kim Eun-gyong est venue accompagnée de son mari et de sa fille âgée d’une dizaine de mois.

Après cette rencontre, les négociations avec la Corée du Nord n’aboutissent pas à une résolution de l’affaire. Le Japon continue de demander des explications et considère toujours que les éléments fournis par Pyongyang ne permettent pas d’établir avec certitude que Megumi est morte en 1994.

En juin 2020, Shigeru Yokota meurt de causes naturelles à l’âge de 87 ans, après avoir consacré une grande partie de sa vie à retrouver sa fille. Il disparaît sans avoir pu connaître la vérité sur son sort. Sakie, elle, continue de réclamer le retour de Megumi et de demander des réponses aux autorités nord-coréennes.

Sakie et Shigeru Yokota en 2008.

L’affaire Megumi Yokota est loin d’être un cas isolé. Quelques semaines seulement après la reconnaissance officielle des enlèvements par Kim Jong-il, cinq victimes sont finalement autorisées à rentrer au Japon, le 15 octobre 2002, après avoir passé plus de vingt ans en Corée du Nord. Leur retour permet de recueillir de précieux témoignages et de mieux comprendre ce qu’elles ont vécu pendant leurs années de captivité.

Les deux premières victimes sont Yasushi et Fukie Chimura. Le 7 juillet 1978, les deux jeunes gens, alors âgés de 23 ans, quittent leur domicile en disant qu’ils partent en rendez-vous. Ils ne rentreront jamais. Leur véhicule est retrouvé près d’un point d’observation sur le littoral, avec les clés encore sur le contact.

Les deux autres victimes, Kaoru Hasuike et sa petite amie Yukiko Okudo connaissent un destin similaire. Le 31 juillet 1978, tous deux disparaissent à Kashiwazaki, dans la préfecture de Niigata. Emmenés en Corée du Nord, ils y passent plus de vingt ans sous le contrôle du régime et se marient en 1980. Après leur retour au Japon, Kaoru témoignera de la surveillance permanente à laquelle ils étaient soumis ainsi que de l’absence totale de liberté.

La dernière victime à être autorisée à rentrer au Japon est Hitomi Soga. Le 12 août 1978, alors âgée de 19 ans et travaillant comme infirmière, elle quitte son domicile avec sa mère Miyoshi pour aller faire des courses. Toutes deux disparaissent ce jour-là. Hitomi sera finalement rapatriée le 15 octobre 2002, mais sa mère ne reviendra jamais au Japon et son sort demeure encore aujourd’hui inconnu.

Le cas d’Hitomi Soga est particulièrement important pour l’affaire Megumi, car les deux jeunes filles ont vécu ensemble en Corée du Nord pendant plusieurs mois. Elles se rencontrent dans une résidence surveillée près de Pyongyang et deviennent proches. Hitomi se souvient notamment que Megumi parlait souvent de sa famille, de sa mère et de ses deux frères jumeaux. Les deux jeunes filles échangeaient discrètement en japonais et chantaient parfois ensemble des chansons japonaises. Pour Hitomi, Megumi était devenue comme une petite soeur. Au total, elles auront vécu ensemble environ 8 mois avant d’être séparées.

Après son retour au Japon, Hitomi raconte également que Megumi lui avait confié avoir été enlevée alors qu’elle rentrait de son activité de badminton. Elle lui aurait expliqué avoir été soudainement saisie par un homme avant d’être emmenée de force. Le témoignage de Hitomi reste à ce jour l’un des rares récits directs permettant de comprendre les premières années de Megumi en Corée du Nord.

Près de 50 ans après sa disparition, l’affaire reste donc ouverte. La Corée du Nord affirme que Megumi est morte en 1994, mais le Japon considère toujours que son sort n’est pas établi. Une petite-fille a finalement été retrouvée, une famille a pu se rencontrer, mais la personne que les Yokota attendaient depuis toutes ces années n’est jamais rentrée chez elle. Pour eux, comme pour les autorités japonaises, une question reste toujours sans réponse : qu’est-il arrivé à Megumi Yokota ?

La disparition troublante de Branson Perry.

Branson Kayne Perry est né le 24 février 1981 à Skidmore, dans le Missouri aux Etats-Unis. Il grandit entouré de sa famille et de nombreux cousins dans cette communauté où tout le monde se connaît. Ses parents, Bob Perry et Rebecca « Becky » Klino, divorcent peu avant sa disparition, et Branson vit alors principalement avec son père.

Décrit comme sportif et énergique malgré une tachycardie qui l’empêcha notamment de poursuivre certains projets, Branson s’intéressait aux activités de plein air, à la musculation et aux animaux. Il obtint une ceinture noire de hapkido et aimait passer du temps à l’extérieur. Après avoir obtenu son diplôme de la Nodaway-Holt High School en 1999, il enchaîna plusieurs emplois, notamment dans une entreprise de couverture et auprès d’un zoo itinérant pour enfants, avant de se retrouver sans emploi au printemps 2001.

Les jours précédant sa disparition, Branson traverse une période particulièrement troublante. Le 7 avril 2001, soit quatre jours avant qu’il ne disparaisse, le jeune homme se rend chez son voisin, Jason Biermann. Plus tard, il raconte à son père avoir été drogué à son insu au cours de cette visite. D’après lui, alors qu’il était sous l’influence de substances qu’il n’aurait pas consommées volontairement, il aurait adopté un comportement inhabituel et eu une relation sexuelle avec Biermann.

Branson se montre profondément perturbé par cet épisode. Bob Perry expliquera par la suite que son fils estimait avoir été exploité alors qu’il n’était pas en état de consentir pleinement. Bien que Bob affirme avoir été au courant de l’homosexualité de son fils, il aurait été furieux contre le voisin qu’il considérait responsable de la situation. Cette affaire crée ainsi des tensions dans les jours précédant la disparition de Branson et deviendra plus tard l’un des éléments examinés par les enquêteurs.

Le 11 avril 2001 commence pourtant comme une journée ordinaire. Son père, Bob Perry, hospitalisé depuis plusieurs jours, doit bientôt rentrer à la maison. Soucieux de lui offrir un environnement propre à son retour, Branson demande à son amie Jena de l’aider à faire le ménage dans la résidence familiale. Pendant ce temps, deux hommes travaillent à l’extérieur sur la voiture de son père, dont l’alternateur doit être remplacé.

Mais plusieurs éléments rapportés par la suite rendent le déroulement de cette journée particulièrement troublant. Selon les témoignages recueillis par sa mère, Jena aurait vu Branson entrer précipitamment dans la cuisine pour récupérer un objet dans un placard avant de sortir par la porte arrière. Lorsqu’elle lui demanda ce qu’il faisait, le jeune homme éluda la question. Plus tard, après être sortie de la douche, elle aurait également surpris l’un des deux mécaniciens en train de fouiller dans les placards de la cuisine. Lorsqu’elle l’interrogea, l’homme aurait simplement répondu qu’il ne cherchait rien avant de retourner dehors. Ces détails, bien que difficiles à replacer précisément dans la chronologie des événements, contribueront à alimenter les interrogations autour de l’affaire.

Vers 15 heures, Jena entend la porte d’entrée se refermer. Depuis une fenêtre à l’étage, elle aperçoit Branson à l’extérieur et lui demande où il va. Il lui répond qu’il va simplement ranger une paire de câbles de démarrage dans un abri situé à proximité de la maison et qu’il sera de retour dans quelques instants. Cette courte conversation sera la dernière observation connue de Branson Perry.

Dans un premier temps, personne ne semble réaliser que Branson a disparu. Le 12 avril 2001, soit le lendemain de sa disparition, sa grand-mère, Jo Ann Perry, se rend à son domicile et découvre la maison ouverte et complètement vide. Trouvant la situation inhabituelle, elle tente de le joindre à plusieurs reprises au cours des jours suivants, sans obtenir la moindre réponse. Inquiète, elle contacte alors Rebecca, la mère de Branson, qui lui confirme n’avoir elle non plus aucune nouvelle de son fils.

Pendant ce temps, Bob reste hospitalisé plus longtemps que prévu. Ce n’est qu’après sa sortie de l’hôpital que les parents du jeune homme prennent pleinement conscience de la situation. Le 17 avril 2001, six jours après la dernière fois qu’il a été vu, Bob et Rebecca signalent officiellement sa disparition aux autorités.

La police du comté de Nodaway lance alors d’importantes opérations de recherche autour de Skidmore. Les enquêteurs et les bénévoles ratissent un périmètre d’environ 24 kilomètres autour de la maison familiale, inspectant champs, fermes, bois et bâtiments abandonnés dans l’espoir de retrouver une trace du jeune homme. Malgré l’ampleur des recherches, aucun indice permettant de localiser Branson n’est découvert.

Un détail intrigue toutefois rapidement les enquêteurs. Selon les témoignages recueillis, Branson avait quitté la maison pour ranger une paire de câbles de démarrage dans une remise située à proximité. Pourtant, lors de la fouille de la propriété, ces câbles demeurent introuvables. Plus étrange encore, environ deux semaines plus tard, ils sont retrouvés à l’entrée même de la remise, à un endroit où ils auraient dû être vus dès les premières recherches.

Au cours des semaines qui suivent, les enquêteurs tentent de reconstituer les dernières heures de Branson et passent au crible son entourage. Plus d’une centaine de personnes sont interrogées au cours du mois et demi suivant sa disparition. Parmi elles figurent les personnes présentes au domicile de Branson le 11 avril, mais également ses amis, ses connaissances et plusieurs personnes avec lesquelles il avait été en contact avant sa disparition.

Plusieurs témoignages ont affirmé que Branson aurait été vu dans une maison située à environ 1,5 kilomètre à l’est de Quitman. Cette propriété avait la réputation d’être un lieu fréquenté par des trafiquants et des consommateurs de drogue. Si Branson a effectivement quitté son domicile le jour de sa disparition, certains enquêteurs estiment qu’il a pu se rendre à cet endroit.

Un autre élément a retenu l’attention des autorités : quelques jours seulement après la disparition du jeune homme, la maison en question a été détruite par un incendie. Un ancien adjoint du shérif du comté de Nodaway a confirmé être intervenu sur les lieux et a indiqué que les occupants avaient quitté le bâtiment avant le départ du feu.

Cette succession d’événements a alimenté de nombreuses interrogations. Branson disparaît le 11 avril 2001, et entre le 14 et le 17 avril, la maison suspecte est réduite en cendres. Ce n’est que le 17 avril que sa disparition est officiellement signalée. Pour certains, la destruction de cette propriété avant même l’ouverture officielle de l’enquête pourrait avoir entraîné la disparition d’indices potentiellement importants.

Les enquêteurs s’intéressent notamment à la consommation de drogues dans l’entourage du jeune homme. Son amie Jena indique aux policiers qu’elle avait récemment consommé de la marijuana et des amphétamines. Un membre de la famille affirme également que Branson avait du Valium en sa possession le jour de sa disparition. Toutefois, aucune preuve ne vient confirmer son implication dans des activités liées au trafic de drogue.

Les personnes présentes au domicile le jour de la disparition font elles aussi l’objet d’une attention particulière. Jena est l’une des dernières personnes à avoir vu Branson et raconte qu’il lui avait dit qu’il allait simplement déposer les câbles de démarrage dans la remise. Les deux hommes qui travaillaient sur la voiture de son père affirment, quant à eux, ne pas avoir vu Branson quitter la maison. Cette contradiction laisse les enquêteurs avec une question essentielle : si Branson est bien sorti de la maison, comment a-t-il pu disparaître alors que plusieurs personnes se trouvaient à proximité ?

Malgré les interrogatoires et les recherches, aucune piste ne permet alors de déterminer ce qui est arrivé au jeune homme. L’enquête finit progressivement par s’enliser. Il faudra attendre près de deux ans avant qu’un nouvel élément ne relance véritablement l’affaire : en 2003, les enquêteurs découvrent le nom de Jack Wayne Rogers, un homme qui deviendra l’un des principaux suspects dans la disparition de Branson.

Le 10 avril 2003, Rogers est arrêté dans le cadre d’une enquête fédérale sans rapport direct avec la disparition de Branson. Les autorités enquêtent alors notamment sur des faits de pornographie impliquant des mineurs et sur une opération chirurgicale illégale pratiquée par Rogers. En examinant son matériel informatique et ses activités en ligne, les enquêteurs découvrent des échanges particulièrement inquiétants.

Parmi ces conversations figure le récit d’un homme qui affirme avoir pris en stop un jeune homme blond, puis l’avoir agressé, torturé et tué avant de se débarrasser de son corps dans une région isolée des Ozarks. Certains détails contenus dans le récit attirent l’attention des enquêteurs, qui soupçonnent alors que la victime décrite pourrait être Branson Perry. Des informations personnelles qui, selon les autorités, pouvaient correspondre à Branson renforcent leurs soupçons.

Les enquêteurs procèdent alors à des perquisitions liées à Rogers. Dans l’un de ses véhicules, ils découvrent notamment un collier orné d’une griffe de tortue qui ressemble à celui que Branson possédait. Des analyses sont envisagées afin de déterminer si cet élément peut être relié au jeune homme disparu.

Rogers nie catégoriquement avoir rencontré Branson ou être impliqué dans sa disparition. Il affirme que le récit retrouvé dans ses conversations n’était qu’une histoire fictive. Malgré les éléments troublants découverts lors de l’enquête, les autorités ne parviennent pas à établir suffisamment de preuves pour l’inculper dans l’affaire Perry. Rogers sera finalement condamné pour les autres crimes ayant conduit à son arrestation, mais jamais pour la disparition de Branson.

Bob Perry mourut en 2004, sans jamais savoir ce qui est arrivé à son fils. En 2009, les autorités entreprirent des fouilles à Quitman, dans le Missouri, après avoir reçu une information jugée suffisamment crédible pour penser que la dépouille de Branson pouvait s’y trouver. Les recherches durèrent deux jours, mais aucun reste humain ni élément permettant de faire avancer l’enquête ne fut découvert.

En 2010, Rebecca proposa une récompense de 20 000 $ en échange de toute information susceptible de permettre de retrouver son fils. Elle mourut cependant en février 2011, après avoir combattu un mélanome pendant plusieurs années, sans jamais connaître ce qui était arrivé à Branson. Elle fut inhumée à côté de la tombe vide de son fils, dont la date de disparition, le 11 avril 2001, figure sur la pierre tombale.

L’enquête, elle, ne fut jamais officiellement abandonnée. En août 2022, le shérif du comté de Nodaway annonça qu’un suspect avait été identifié, tout en précisant que les enquêteurs avaient encore besoin de preuves supplémentaires avant de pouvoir procéder à une arrestation. De nouvelles recherches eurent lieu en mai 2024, après qu’un renseignement eut une nouvelle fois orienté les enquêteurs vers un ancien puits situé à Quitman. Plusieurs services, dont le FBI, participèrent aux fouilles, mais celles-ci ne permirent pas de retrouver la dépouille de Branson ni d’apporter de nouvel élément déterminant.

En avril 2026, la famille de Branson annonça une nouvelle récompense de 100 000 dollars pour toute information permettant de localiser ses restes et d’identifier les responsables de sa disparition.

L’affaire Jo-Anne Pedersen : la fillette disparue sous la pluie.

Jo‑Anne Maria Pedersen est née le 17 mai 1972 à Chilliwack, en Colombie‑Britannique, Canada. Décrite par sa famille et ses proches comme une fillette joyeuse, curieuse et pleine de vie, elle aimait jouer à l’extérieur et passait beaucoup de temps avec ses amis et sa famille.

Le 19 février 1983, Jo-Anne, alors âgée de 10 ans, avait passé la journée avec sa sœur et leur cousine de 14 ans. Alors qu’elles rentraient chez elles après avoir passé du temps au centre commercial, une petite dispute éclata entre Jo-Anne et sa sœur aînée. A la suite de cette dispute, sa sœur et sa cousine prirent de l’avance et rentrèrent à la maison avant elle. Dans ce qui semblait être une simple plaisanterie, elles verrouillèrent la porte derrière elles, laissant Jo-Anne seule à l’extérieur. Lorsqu’elle arriva devant la maison, elle tenta pendant quelques minutes d’entrer, mais personne ne lui ouvrit. Entre-temps, le temps s’était dégradé et il pleuvait.

Ne pouvant pas rentrer chez elle, Jo-Anne décida alors de se rendre au Penny Pincher, un petit commerce situé à proximité de son domicile, afin de téléphoner à ses parents. Elle entra d’abord dans le magasin, puis sortit pour utiliser la cabine téléphonique située à l’extérieur. Elle parvint à contacter sa famille et demanda à ce qu’on vienne la chercher.

C’est alors qu’un événement étrange se produisit. Alors que Jo-Anne était encore au téléphone, un homme adulte prit le combiné et s’adressa à ses parents. Il leur demanda de venir chercher rapidement la fillette et leur aurait indiqué que, s’ils ne venaient pas dans la demi-heure, il appellerait la police. Les parents de Jo-Anne se rendirent immédiatement au magasin. Mais lorsqu’ils arrivèrent, Jo-Anne avait disparu.

La GRC va mener une vaste opération terrestre et aérienne, avec notamment des chiens et des équipes de bénévoles. Malgré l’ampleur des recherches, aucune trace de Jo-Anne ni aucun indice évident de violence n’est découvert.

Angela Reilly, la mère de Jo-Anne, expliquera aux enquêteurs qu’un homme se trouvait dans la cabine avec sa fille alors qu’elle était au téléphone avec elle. Plusieurs témoins confirmeront par la suite avoir aperçu un homme en compagnie de Jo-Anne dans la cabine téléphonique. L’homme est alors décrit comme ayant entre 20 et 30 ans, mesurant environ 1,68 à 1,70 m, de corpulence mince à moyenne, avec des cheveux descendant sous les oreilles et portant une veste sombre. Un véhicule lui est également associé : une voiture américaine blanche ou crème, datant du début ou du milieu des années 1970, avec un toit de type Landau.

Malgré ces différents éléments, l’homme reste introuvable. La police va alors lancer d’importantes recherches pour retrouver Jo-Anne et tenter de comprendre ce qui a pu se passer après son départ du Penny Pinchers. Des équipes au sol, des bénévoles, des chiens de recherche et des moyens aériens sont mobilisés. Pourtant, aucune trace de la fillette n’est retrouvée.

L’enquête va progressivement s’enliser. Pendant des années, l’identité de l’homme aperçu avec Jo-Anne reste inconnue et son rôle dans la disparition est incertain. Etait-il simplement un inconnu qui avait tenté de lui venir en aide ? Ou savait-il davantage de choses sur ce qui était arrivé à la fillette ? Au fil des décennies, plusieurs appels sont lancés au public afin de retrouver cet homme et de faire avancer l’enquête. Mais Jo-Anne, elle, reste introuvable.

Les années passent et l’affaire reste irrésolue. En 2008, pour marquer le 25e anniversaire de la disparition, une reconstitution de la soirée est réalisée afin de tenter de raviver les souvenirs du public et d’obtenir de nouveaux témoignages. La vidéo montre notamment une reconstitution de Jo-Anne dans la cabine téléphonique, sous la pluie, avec l’homme qui avait été aperçu auprès d’elle.

Reconstitution de la disparition de Jo-Anne réalisée en 2008.

La même année, Angela Reilly lance un appel public particulièrement émouvant à l’homme présent dans la cabine. Elle lui demande de se manifester et de parler aux enquêteurs, espérant qu’il puisse enfin apporter des réponses sur les dernières minutes connues de sa fille.

Mais trois ans plus tard, en 2011, un nouvel élément vient relancer l’affaire. La GRC reçoit une lettre anonyme, datée du 28 août, contenant des informations concernant la disparition de Jo-Anne. Les enquêteurs estiment que son auteur pourrait être un témoin ayant connaissance de certains événements entourant la disparition. Ils souhaitent donc retrouver cette personne afin de pouvoir l’interroger.

En 2013, la police révèle même que plusieurs lettres anonymes ont été reçues depuis le 25e anniversaire de la disparition. Un homme affirme notamment être témoin des événements ayant précédé la disparition de Jo-Anne. Les enquêteurs cherchent alors toujours à identifier cette personne et à déterminer précisément ce qu’elle sait.

Malgré ces nouveaux éléments, aucune avancée décisive ne permet de retrouver Jo-Anne. L’affaire continue cependant d’être considérée comme une enquête active, et la GRC affirme au fil des années qu’elle reste déterminée à comprendre ce qui est arrivé à la fillette.

Puis, en février 2023, quelques jours avant le 40e anniversaire de sa disparition, un tournant majeur survient enfin. La GRC de Chilliwack annonce avoir identifié l’homme qui se trouvait dans la cabine téléphonique avec Jo-Anne. Après l’avoir retrouvé et interrogé, les enquêteurs parviennent toutefois à une conclusion : l’homme est écarté comme suspect. Cependant, la GRC n’a pas précisé publiquement les éléments qui lui avaient permis de parvenir à cette conclusion. Son identité n’a pas non plus été révélée.

Cette annonce, après quarante années de recherches, soulève donc de nouvelles questions : pourquoi cet homme avait-il été aperçu avec Jo-Anne ce soir-là, et que savait-il réellement de sa disparition ? Cette identification permet donc de résoudre l’un des grands mystères de l’affaire, mais elle ne permet toujours pas de comprendre ce qui est arrivé à Jo-Anne après son départ de la cabine téléphonique.

Quarante ans après sa disparition, la question essentielle reste donc sans réponse : qu’est-il arrivé à Jo-Anne Pedersen après cette nuit du 19 février 1983 ?

L’étrange disparition de Jacob Cabinaw.

Jacob naît le 6 octobre 1978 à Grawn, dans l’Etat américain du Michigan. Membre de la tribu Grand Traverse des Indiens Ottawa et Chippewa, il grandit au sein d’une fratrie de dix enfants, principalement élevé par sa mère. Ses proches le décrivent comme un homme généreux, énergique et ayant des liens très forts avec sa famille.

Après le lycée, Jacob a épousé son amour de jeunesse, Rachel, avec qui il a eu deux enfants. Le couple se sépare en 2008, mais Jacob est resté en bons termes avec son ex-femme et continuait d’être présent dans la vie de leurs enfants. Il lui tenait à coeur de voir ses enfants grandir, car son propre père avait été absent durant une grande partie de sa vie. Côté professionnel, Jacob travaillait dans un garage local tout en suivant des cours de sciences techniques au Northwestern Michigan College. Il était également membre de la Garde nationale américaine.

Le 31 mars 2010 semble être une journée des plus normales. Dans la soirée, Jacob rejoint son ami Gary Wittig pour une partie de disc golf à Traverse City. Après la partie, alors que la nuit tombe, Gary lui propose d’aller boire un verre dans un bar du centre-ville. Jacob refuse poliment, expliquant qu’il doit rentrer pour étudier. Vers 19h30, il dépose son ami près d’Open Space Park avant de reprendre la route seul à bord de sa Chevrolet Malibu grise de 2002. Personne ne se doute alors qu’il s’agit de la dernière fois que Jacob sera vu par un proche.

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2010, sa carte bancaire est utilisée à plusieurs reprises alors qu’il roule vers le sud du Michigan. Vers 1 heure du matin, Jacob contacte également le système automatisé du Northwestern Michigan College afin de confirmer son inscription aux cours, une démarche obligatoire pour conserver certains avantages liés à la Garde nationale. Peu après, il retire 140 dollars à un distributeur automatique à Cadillac, puis achète de l’essence dans la ville de Mattawan, à plus de 230 kilomètres de chez lui. Les images de vidéosurveillance montrent un homme ressemblant à Jacob, seul à bord de sa Chevrolet Malibu grise.

Au fil des heures, Jacob semble poursuivre sa route sans prévenir aucun de ses proches. Son téléphone portable émet pour la dernière fois près de Springfield, dans le Missouri, le 1er avril dans l’après-midi. Puis, peu après minuit le 2 avril, un policier de Hollister, dans le Missouri, contrôle la plaque d’immatriculation de son véhicule. Quelques heures plus tard, à 3h35 du matin, un adjoint du shérif du comté de Washington, dans l’Arkansas, remarque Jacob endormi dans sa voiture sur l’aire de repos de Brentwood, près de West Fork. Il s’agit de la dernière observation officiellement confirmée de Jacob Cabinaw vivant.

A 13h26, la carte bancaire de Jacob est utilisée dans une station-service Exxon à Fort Worth, au Texas. Quelques heures plus tard, un nouvel achat d’essence est effectué dans une station Skinny’s à Sweetwater, petite ville isolée de l’ouest texan. Des images de vidéosurveillance montrent un homme utilisant la carte de Jacob et conduisant sa Chevrolet Malibu. Pourtant, certains membres de sa famille affirment que l’individu filmé ne ressemble pas réellement à Jacob. Sa soeur Sandra explique notamment que l’homme paraît plus petit et plus trapu, et porte un short cargo, un vêtement que Jacob ne mettait jamais selon ses proches. Après cet arrêt à Sweetwater, plus aucune activité bancaire ni aucun signal de téléphone ne seront enregistrés.

L’enquête va rapidement prendre une dimension nationale. Les autorités peinent à comprendre pourquoi Jacob aurait parcouru plus de 1 600 kilomètres sans prévenir sa famille, alors qu’il préparait activement son avenir. Il devait obtenir sa certification de mécanicien seulement deux semaines plus tard et envisageait d’acheter une maison. Ses proches insistent sur le fait qu’il n’aurait jamais abandonné volontairement ses enfants. Plusieurs théories émergent alors : une disparition volontaire, une rencontre ayant mal tourné durant son trajet, voire un acte criminel impliquant une autre personne utilisant ensuite sa voiture et ses cartes bancaires.

Pendant des années, l’affaire Jacob Cabinaw semble sombrer dans l’oubli. Puis, en 2017, un élément inattendu attire de nouveau l’attention des enquêteurs : selon des données du National Insurance Crime Bureau, le numéro VIN de la Chevrolet Malibu de Jacob aurait été détecté dans un dépôt automobile au Mexique. Les autorités ignorent toutefois si le véhicule s’y trouvait réellement ou si seules certaines pièces avaient été revendues.

En avril 2025, le FBI publie officiellement une alerte ViCAP consacrée à Jacob Cabinaw, relançant l’affaire à l’échelle nationale. Ce type d’alerte est généralement utilisé dans des dossiers de disparitions inquiétantes susceptibles d’être liées à un acte criminel ou à des affaires similaires à travers plusieurs États. Le document rappelle notamment les derniers déplacements connus de Jacob entre le Michigan, l’Arkansas et le Texas, ainsi que la possible piste mexicaine concernant sa voiture.

Plus de quinze ans après sa disparition, aucun corps n’a été retrouvé, aucun suspect n’a été identifié et la Chevrolet Malibu grise de Jacob demeure introuvable. Pour sa famille, une question reste sans réponse : pourquoi un père de famille sur le point d’obtenir son diplôme, proche de ses enfants et en train de construire une nouvelle vie, aurait-il disparu sans laisser la moindre trace ?

Kim Teer : disparue durant un road trip australien.

Kim Cherie Mary Teer est née le 15 octobre 1961 à Bourke, dans l’Etat australien de la Nouvelle-Galles du Sud. Ses parents sont Gregory et Colleen, qui se sont séparés. Gregory est parti vivre en Irlande en 1968, et Colleen s’est remariée en 1971 avec Donald Holding, qui était père de trois enfants nés d’un précédent mariage. Par la suite, Kim et sa famille recomposée se sont installés à North Haven.

Kim était décrite par sa famille comme une jeune femme indépendante, sportive et aventurière, mais également très proche de sa famille et avide de voyages. Elle aimait particulièrement la nature et l’idée de parcourir l’Australie. Elle aimait également faire du camping avec son border collie, Crosby.

Photo d’enfance de Kim avec ses parents.

En 1978, peu avant ses 17 ans, Kim décida de partir en voyage à travers l’Australie avec une amie, Sue Mudford. Elles font régulièrement de l’auto-stop, et leur périple les conduisit de la côte Est jusqu’à diverses régions du pays : elles voyagèrent à Sydney, puis traversèrent le sud de l’Australie vers Mildura pour y travailler comme cueilleuses de fruits, avant de continuer leur route ensemble à travers le pays. Le 22 janvier 1979, Kim écrivit à sa mère en l’informant qu’elle et Sue campaient dans le jardin d’une amie à Mildura. Après un certain temps, Sue décida de rentrer et Kim continua ce voyage en solo.

Durant ce périple, Kim envoya régulièrement des lettres à sa mère, Colleen. En mars 1979, Kim travaillait dans les vendanges à Beni, en Australie-Méridionale, où elle fit la connaissance de Gwynneth Clifton et de son petit ami Russell Triggs, avec qui elle se lia d’amitié. Le 28 mars 1979, elle écrivit depuis Renmark, en Australie du Sud. Elle annonce à sa mère qu’elle compte faire une petite excursion jusqu’à Alice Springs avec « Gwenn », avant de revenir à Berri pour travailler.

Début avril 1979, Kim se rendit au festival « Down to Earth » à Renmark où elle rencontra Michael Wagstaffe. Les deux ont reprit contact plus tard à Adélaïde et avaient prévu de traverser ensemble le désert de Nullarbor. Michael conduisit Kim et son chien Crosby jusqu’à Norseman, en Australie-Occidentale.

Kim avec son père.

Le 27 avril 1979, elle se trouve à Esperance, toujours en Australie-Occidentale. Kim évoque dans sa lettre qu’elle se rendra bientôt à Manjimup pour la cueillette de pommes. Elle mentionne également avoir prêté son scooter à un ami, qui devait le renvoyer à sa mère. Elle demande que le courrier soit désormais envoyé au bureau de poste de Broome.

Le 29 mai 1979, elle envoie une lettre depuis Perth, toujours en Australie-Occidentale. Elle écrit qu’elle partira pour Bowen dans Queensland, avec un ami masculin pour se sentir plus en sécurité lors de l’auto-stop. Elle insiste qu’elle n’a pas l’intention de “faire quelque chose de stupide”. Fin juin 1979, depuis Bowen, elle informe sa mère qu’elle a trouvé un travail temporaire et qu’elle a passé deux semaines sur un bateau de pêche, avant de continuer la cueillette de tomates. Le 12 juillet 1979, Kim envoie à nouveau une lettre depuis Bowen. Elle raconte sa vie récente, notamment le travail et ses déplacements dans la région, et ses projets pour les semaines suivantes.

Vers le début du mois d’août 1979, après des mois de voyage à travers l’Australie, Kim retrouva deux personnes qu’elle avait rencontrées quelques mois plus tôt pendant ses vendanges à Berri, en Australie‑Méridionale : Gwynneth Clifton et Russell Triggs.

Ce sont ces deux amis, qui, comme Kim, voyageaient de fermes en fermes en quête de petits travaux saisonniers, qui reprirent contact avec elle à North Haven autour du 11 août 1979. D’après sa mère, Kim semblait enthousiaste de les revoir à ce moment‑là, et elle demanda même à Gwynneth et Russell de l’emmener avec eux jusqu’à Melbourne, ce qu’ils firent tous ensemble quelques jours plus tard.

Arrivés à Melbourne, les trois vécurent ensemble dans un petit appartement à East Melbourne, sur Simpson Street. Selon leurs propres déclarations, ils passèrent la semaine après leur arrivée à aider la mère de Russell, qui était souffrante, à nettoyer une maison voisine appartenant à celle‑ci.

La dernière lettre connue de Kim date du 27 août 1979, dans laquelle elle explique qu’elle et ses amis étaient occupés à « trier et nettoyer » les affaires de la mère de Russell. Elle remercie également sa mère pour un colis reçu et explique qu’elle décide encore où rester, annonçant vouloir acheter une voiture pour arrêter l’auto-stop, qu’elle trouve trop dangereux. Toujours dans cette même lettre, Kim demande à Colleen de ne plus lui envoyer de courrier pour le moment car elle n’est pas sûre de rester à Melbourne.

Par la suite, Kim se fit étrangement silencieuse. Les mois passent, et l’absence de nouvelles inquiète profondément sa mère, qui n’avait plus reçu de lettre ou d’appels à l’approche du 18e anniversaire de Kim. Fin octobre 1979, Colleen envoie un télégramme à Kim, mais elle n’obtiendra jamais de réponse.

Colleen tente de ne pas céder à la panique, elle sait que sa fille est indépendante et probablement occupée durant son périple. Cependant, elle garde en elle un mauvais pressentiment. N’y tenant plus, en décembre 1979, Colleen contacte finalement la police de la Nouvelle-Galles du Sud pour signaler la disparition de Kim.

Les policiers interrogèrent d’abord Gwynneth et Russell, car ils étaient les derniers à avoir vu Kim vivante. Ils expliquèrent qu’ils vivaient temporairement ensemble tous les trois et s’occupaient de retaper la maison de la mère de Russell. Cependant, une tension se produisit entre Kim et Gwynneth à la fin du mois d’août ou au début de septembre, après qu’une dispute éclata à propos d’affaires personnelles. Après cette dispute, Kim quitta l’appartement avec son chien et ne fut plus jamais vue. Gwynneth, qui fut la dernière à l’apercevoir, a déclaré qu’elle croyait que Kim se dirigeait peut‑être vers la région de North Haven, mais elle n’en est pas certaine.

Les recherches ont relevé que Kim n’avait plus utilisé son compte bancaire, n’avait pas obtenu de permis de conduire ni effectué la moindre démarche administrative ou contact depuis sa disparition. Au fil des décennies, le dossier devint une affaire classée “cold case”, mais la police n’a jamais abandonné l’enquête. La Homicide Squad de Victoria réalisa plusieurs relances de l’affaire, notamment en 2012, appelant le public à fournir toute information pouvant éclairer ce mystère de plus de 30 ans.

En 2013, les autorités annoncèrent même une récompense de 100 000 $ pour toute information conduisant à l’arrestation et à la condamnation de responsables liés à sa disparition, convaincues que Kim avait probablement été victime d’un acte criminel ou d’un accident isolé après avoir quitté Melbourne.

Une enquête judiciaire formelle tenue en mars 2015 au Coroners Court of Victoria conclut que Kim est probablement décédée entre la mi-septembre et le 1er octobre 1979, bien que la cause exacte et le lieu de son décès restent inconnus. Le coroner a également établi qu’il n’y avait aucun élément de preuve suggérant qu’elle avait volontairement coupé tout contact avec sa famille ; elle avait, au contraire, toujours maintenu une relation affectueuse avec sa mère avant sa disparition.

Colleen a expliqué combien la disparition de sa fille l’affectait encore : « Je suis pleinement consciente du fait qu’elle est décédée. Ce n’est pas une pensée passagère… c’est toujours là. ».

Etant donné que Gwynneth et Russell étaient les dernières personnes à avoir vu Kim, certains proches se sont interrogés sur leur rôle dans cette histoire. Toutefois, lors de l’enquête coroniale de 2015, les autorités ont conclu qu’il n’existait aucune preuve solide impliquant Gwynneth Clifton ou Russell Triggs dans la disparition de Kim. Ils ont été formellement écartés comme suspects, même si des rumeurs et suspicions persistent dans certains témoignages.

Aujourd’hui encore, la famille de Kim et les forces de l’ordre continuent d’espérer qu’un jour, des témoins ou de nouvelles techniques d’investigation permettront de faire la lumière sur ce qui est arrivé à cette jeune aventurière.

L’affaire Phoenix Coldon : elle quitte sa maison et disparaît.

Née le 23 mai 1988 en Californie, Phoenix Lucille Reeves était la fille de Goldia Reeves. Son père étant absent, elle grandit principalement auprès de sa mère et de son beau-père, Lawrence Coldon. Lorsque Goldia épouse ce dernier, Phoenix adopte à son tour le nom de Coldon. La famille s’installe ensuite à St.Louis, dans l’Etat du Missouri, en raison du travail de Lawrence. Phoenix était scolarisée à la maison et excellait en escrime, jusqu’à devenir championne régionale. Elle jouait également du piano, chantait dans la chorale de l’église et prenait des cours de violon.

Le 18 décembre 2011 commence comme un dimanche ordinaire pour Phoenix. Elle se rend à l’église avec sa mère, comme à son habitude. Après l’office, elles passent ensemble à une épicerie, puis rentrent chez elles. Dans l’après-midi, aux alentours de 14h, Phoenix quitte soudainement le domicile familial au volant de son SUV noir. Son beau-père la voit partir et suppose qu’elle va simplement faire une course ou rendre visite à des amis.

Moins de trois heures plus tard, la situation prend une tournure inquiétante. Sa voiture, une Chevrolet Blazer noire de 1999, est retrouvée abandonnée dans une rue d’East St. Louis, un secteur connu pour être particulièrement dangereux. La voiture intrigue immédiatement : elle est laissée en plein milieu de la route, avec les clés sur le contact. A l’intérieur, les effets personnels de Phoenix sont toujours là : ses lunettes, son sac, ses papiers, et même ses chaussures. Mais Phoenix, elle, a disparu. Aucune trace de lutte, aucun signe évident de ce qui a pu se passer. Comme si la jeune femme s’était volatilisée en quelques minutes.

La voiture de Phoenix retrouvée abandonnée.

Lorsque la voiture est découverte, Phoenix n’a pas encore été signalée comme disparue. Le véhicule est donc simplement remorqué, sans être immédiatement relié à une affaire inquiétante. Plus tard en fin de journée, n’ayant aucune nouvelle, la famille tente de joindre Phoenix, sans succès. C’est à ce moment-là qu’ils comprennent que quelque chose ne va pas.

Ils finissent par signaler sa disparition à la police. Mais un élément crucial complique tout : au même moment, ils ignorent encore que sa voiture a déjà été retrouvée et remorquée plus tôt dans la journée. La famille n’aurait appris la découverte du véhicule que lorsqu’un ami, menant ses propres recherches, l’a retrouvé dans une fourrière plusieurs heures plus tard.

L’inquiétude se transforme rapidement en panique. Les recherches s’intensifient : des battues sont organisées et la famille de Phoenix multiplie les appels à témoins. Malheureusement, ils se rendent vite compte qu’il n’y a aucune piste concrète : pas de témoin fiable de ce qui s’est passé après qu’elle a quitté son domicile, pas de trace de lutte, pas d’activité bancaire, téléphonique ou numérique après le 18 décembre 2011.

Au fil de l’enquête, plusieurs zones d’ombre viennent troubler l’image de Phoenix. Derrière le portrait d’une jeune femme discrète et proche des siens, certains éléments montrent une réalité plus complexe. Les enquêteurs découvrent notamment qu’elle aurait pu posséder un second téléphone, inconnu de ses proches. De plus, certaines de ses relations échappent totalement à son cercle familial. Ces détails laissent supposer une vie plus secrète.

Cette ambiguïté alimente une première hypothèse : celle d’une disparition volontaire. Selon cette théorie, Phoenix aurait choisi de partir pour recommencer ailleurs, possiblement sous une autre identité. L’idée d’une double vie renforce cette possibilité. Pourtant, plusieurs éléments viennent fragiliser cette piste. Le fait qu’elle ait laissé derrière elle tous ses effets personnels, y compris ses chaussures, ainsi que l’absence totale d’activité bancaire ou numérique rendent une fuite organisée difficile à envisager.

La thèse d’un acte criminel est largement considérée comme plausible. La découverte de son véhicule abandonné dans un secteur réputé dangereux, avec ses affaires intactes à l’intérieur, suggère qu’il s’est produit quelque chose de soudain. Mais l’absence de traces de lutte, de témoins fiables ou de suspect identifié empêche une conclusion.

Une autre théorie repose sur l’idée d’un rendez-vous. Phoenix aurait quitté son domicile pour rejoindre quelqu’un volontairement. Mais là encore, aucun élément concret ne permet d’identifier cette éventuelle personne, ni de confirmer qu’un tel rendez-vous ait réellement eu lieu. Encore aujourd’hui, la disparition de Phoenix Coldon demeure un mystère.

Mystère à Hokkaidō: la disparition d’Asami Chida.

Née le 12 avril 1984 sur l’île d’Hokkaidō, Asami Chida a grandit entourée de ses parents et de son petit frère. Elève au lycée Muroran Sakae High School, elle était décrite par ses enseignants et ses camarades comme une adolescente brillante et sociable. En parallèle de ses études, elle occupait un emploi à temps partiel dans une boulangerie locale, où elle travaillait notamment à la caisse et se formait à la préparation de boissons.

Le 6 mars 2001, Asami n’avait pas cours et devait prendre son service à 13h. Mais à 11h30, Asami a appelé la boulangerie pour demander si le gérant était présent et qu’elle viendrait finalement un peu plus tard, sans préciser la raison. En quittant son domicile en début d’après-midi, elle se rend d’abord dans une supérette pour acheter quelques en-cas, puis elle prend un bus à l’arrêt de Hakucho-dai Chuo. A 12h56, le bus passe près de la boulangerie où travaille Asami, mais elle ne descend pas. A 13h03, Asami descend à l’arrêt Higashimachi Nichome et se dirige vers le centre commercial Muroran Saty, aujourd’hui renommé  Aeon Muroran.

A ce moment-là, une caméra de surveillance filme Asami dans le rayon cosmétiques. Elle apparaît seule, sans signe apparent de détresse. Elle flâne plusieurs minutes dans le magasin, sans rien acheter, puis elle quitte le magasin à 13h26. Cette séquence vidéo est considérée comme l’un des éléments les plus fiables pour retracer ses derniers déplacements.

Les dernières images d’Asami.

A 13h30, deux camarades de classe aperçoivent Asami à l’arrêt de bus près de Muroran Saty et la saluent. Asami aurait ensuite prit un bus jusqu’à l’arrêt Higashi-dori, à proximité de son lieu de travail, où elle arrive à 13h41. Elle a ensuite utilisé son téléphone portable pour prévenir son petit ami qu’elle était arrivée. Son petit ami la rappelle peu après, et Asami lui aurait dit qu’elle ne pouvait pas lui parler pour le moment. Après cela, sa trace s’est brusquement interrompue dans les heures qui ont suivi.

La police a été prévenue lorsque les parents d’Asami n’eurent aucune nouvelle de leur fille. Très tôt dans l’enquête, les autorités ont envisagé la possibilité d’une intervention criminelle et ont lancé des recherches approfondies tout en recueillant de nombreux témoignages. Les collègues d’Asami ont décrit la jeune fille comme étant sérieuse et appréciée de tous.

Cependant, certains d’entre eux ont mentionné le fait que Asami semblait victime d’un « stalker » qui la suivait et l’appelait sur son téléphone. Asami recevait apparemment plusieurs appels anonymes et menaçants chaque jour. Une de ces collègues l’a un jour interrogée à ce sujet, et Asami a répondu que c’était probablement des canulars.

L’employeur d’Asami, qui était le gérant de la boulangerie, a été rapidement pointé du doigt. En effet, plusieurs employés auraient décrit un comportement parfois jugé inapproprié de la part du gérant, et qu’il aurait eu des propos et des comportements déplacés envers des jeunes filles travaillant pour lui, incluant Asami.

Les policiers ont prit cette piste au sérieux et le gérant a été placé sous surveillance. Lorsqu’il est interrogé, il affirme avoir fermé sa boulangerie vers 13h30 ce jour-là en constatant l’absence d’Asami, puis qu’il aurait passé la journée avec sa mère. Les policiers ont envisagé la possibilité d’un enlèvement et ont mobilisé plus de 2000 agents. Ils ont ensuite perquisitionné le domicile et la voiture du gérant de la boulangerie, mais ils n’ont rien trouvé de concluant. Peu après, les accusations ont été abandonnées, faute de preuves. Au fil du temps, de nombreux signalements ont été transmis par des habitants pensant avoir aperçu Asami, sans qu’aucun ne puisse être confirmé par les autorités.

Plusieurs années passent sans aucune avancée dans l’enquête, mais en 2010, un article consacré à Asami publié sur un blog suscite un vif intérêt. L’auteur de cet article prétendait être un ancien détective, et d’après lui, les deuxième et troisième étages de l’immeuble abritant la boulangerie auraient été composés de logements locatifs inoccupés à l’époque des faits, le propriétaire de l’immeuble étant également le gérant de la boulangerie. Sur la base de ces éléments, il a émis l’hypothèse que Asami aurait pu être séquestrée dans une partie de ces locaux, et il déplore que les policiers ne se sont pas intéressés à cette possibilité à l’époque.

En 2011, la chaîné de télévision TV Asahi a consacré une épisode à la disparition d’Asami, où ils ont interviewé le gérant de la boulangerie, qui avait demandé à ce que son identité soit préservée. Dans cette interview, il a expliqué que sa boulangerie avait fermée peu après la disparition d’Asami et qu’il travaillait désormais dans un restaurant. Il a à nouveau nié toute implication dans la disparition d’Asami, précisant qu’il n’avait jamais eu de comportements déplacés envers elle et qu’il n’a jamais été obsédé par les jeunes filles.

En 2016, le département de la police de Muroran a affirmé qu’ils poursuivaient leur enquête. Plus de deux décennies après les faits, la disparition d’Asami Chida reste un mystère.

Un petit garçon disparaît en Grèce : l’affaire Ben Needham.

Ben Needham est un enfant britannique né le 29 octobre 1989 à Boston, dans le Lincolnshire. Il est le fils de Kerry Needham et de Simon Ward. Kerry est devenue mère très jeune : elle n’avait que 17 ans au moment de sa naissance, et son couple avec Simon était instable. Ils se séparent peu après la naissance de leur fils, et bien que Kerry ait la garde, Simon est resté impliqué et a entretenu un lien avec Ben. 

La famille de Kerry est originaire du South Yorkshire, près de Sheffield. Ses parents, Eddie et Christine Needham, sont les grands-parents maternels de Ben. Au début des années 1990, ils décident de quitter l’Angleterre pour s’installer sur l’île grecque de Kos, où ils espèrent commencer une nouvelle vie.

En avril 1991, Kerry rejoint ses parents à Kos avec Ben, alors âgé d’environ 18 mois. La famille vit dans des conditions assez simples : les grands-parents résident dans une caravane près d’une oliveraie tandis qu’ils rénovent une vieille ferme dans la région d’Iraklise. Kerry travaille dans un hôtel local, et Ben est souvent gardé par ses grands-parents pendant la journée.

Nous sommes le matin du 24 juillet 1991. La journée commence normalement. Le temps est chaud et ensoleillé. Eddie travaille sur la rénovation de la ferme avec des ouvriers locaux tandis que Christine s’occupe de Ben. L’enfant joue dehors près de la maison, dans un espace ouvert où se trouvent des outils, des matériaux de construction et quelques poules. Entre 9h et 9h30, Christine laisse Ben jouer près de la maison pendant qu’elle entre brièvement à l’intérieur pour s’occuper de tâches ménagères. A ce moment-là, le petit garçon se trouve encore dans la cour ou à proximité.

Quelques minutes plus tard, Christine ressort pour vérifier où se trouve son petit-fils. Ben n’est plus là.

Le lieu où Ben a disparu. (Photo : Phil Harris)

Pensant d’abord qu’il s’est simplement éloigné pour jouer, la famille commence à chercher autour de la maison, dans les champs voisins et près des bâtiments agricoles. Mais malgré leurs recherches rapides, aucune trace du petit garçon n’est retrouvée. Lorsque Kerry termine son travail et apprend la disparition de son fils, elle revient immédiatement sur les lieux. Très vite, la police grecque est alertée et les recherches commencent autour de la ferme et dans les environs du village.

Plusieurs témoignages émergent au cours de la journée : certains habitants affirment avoir aperçu un homme inconnu avec un petit garçon blond près d’une ferme voisine peu après la disparition, tandis qu’un autre témoin déclare avoir vu un homme passer en moto avec un enfant correspondant à la description de Ben. Toutefois, ces témoignages ne permettent pas d’identifier clairement une personne suspecte. Des habitants du village, des touristes et la police grecque participent aux premières recherches, fouillant les oliveraies, les champs, les puits et les routes voisines, mais malgré l’ampleur des efforts entrepris ce jour-là, aucun indice n’est découvert et le petit Ben demeure introuvable.

Au fil des jours, l’enquête s’élargit. Les ports et l’aéroport de Kos sont surveillés et les autorités envisagent de plus en plus la possibilité d’un enlèvement, potentiellement par un touriste qui aurait quitté l’île peu après les faits. Simon, le père de Ben, fait même le voyage jusqu’à l’île de Kos pour participer aux recherches et soutenir la famille. Malgré des recherches intensives et l’attention médiatique croissante, aucun élément n’est découvert, et la disparition de Ben devient progressivement l’un des cas d’enfants disparus les plus médiatisés au Royaume-Uni.

Pendant plus de 20 ans, la disparition de Ben Needham est principalement associée à la théorie d’un enlèvement. Cependant, au milieu des années 2010, une autre hypothèse gagne en crédibilité : celle d’un accident tragique survenu sur le chantier de la ferme familiale le jour de sa disparition.

La disparition de Ben a profondément bouleversé la vie de Kerry. Dans les années qui ont suivi, elle a traversé une période extrêmement difficile marquée par la dépression et un profond sentiment de culpabilité. Elle a raconté qu’elle se réveillait parfois la nuit en pensant entendre son fils pleurer et allait dans sa chambre pour faire semblant de le bercer.

Quelques années après la disparition de son fils, Kerry donne naissance à une fille, Leighanna, la demi-sœur de Ben, née d’une relation ultérieure. La naissance de Leighanna a été encouragée par son entourage, qui pensait qu’avoir un autre enfant pourrait l’aider à surmonter le traumatisme. Cependant, Kerry a expliqué que cette période restait extrêmement difficile pour elle.

Leighanna a grandi en sachant que son frère avait disparu. Devenue adulte, elle a souvent soutenu publiquement sa mère dans la recherche de Ben, participant à des campagnes médiatiques et appels à témoins pour tenter de relancer l’enquête. Elle s’est aussi exprimée dans plusieurs interviews sur l’impact qu’a eu cette disparition sur leur famille.

Eddie et Christine, les grands-parents maternels de Ben, ont toujours exprimé un sentiment de culpabilité profonde depuis la disparition de leur petit-fils. Ayant la responsabilité de Ben le matin du 24 juillet 1991, ils se reprochent de ne pas avoir vu l’enfant disparaître et de ne pas avoir pu empêcher le drame. Dans de nombreuses interviews, ils racontent les nuits d’angoisse et les longues recherches désespérées, affirmant que cette culpabilité les a marqués à vie, tout en soulignant qu’ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour retrouver Ben.

En 2016, de nouveaux témoignages sont transmis à la police britannique et aux autorités grecques. Des ouvriers ayant travaillé sur le chantier près du village d’Iraklise, sur l’île de Kos, affirment qu’un conducteur de pelleteuse aurait accidentellement heurté un enfant pendant des travaux ce jour-là. Selon ces témoignages, l’enfant aurait pu être tué sur le coup sans que le conducteur ne s’en rende immédiatement compte, alors que la machine déplaçait de la terre et des gravats autour de la ferme.

Le conducteur évoqué dans ces déclarations est Konstantinos Barkas, un ouvrier local qui travaillait sur le chantier en juillet 1991. Selon certains témoins, Barkas aurait plus tard confié à des proches qu’il pensait avoir accidentellement frappé un enfant avec la pelleteuse, croyant sur le moment avoir heurté un objet ou un animal. Cette nouvelle a été anéantissante pour Kerry : « Ce qu’ils ont dû m’annoncer était la dernière chose qu’ils auraient voulu me dire. Ils pensent que mon Ben pourrait être mort et enterré. […] Mon instinct maternel m’a toujours dit qu’il était vivant. Et si je m’étais trompée depuis tout ce temps ? »

A la suite de ces informations, la police britannique et grecque lance de nouvelles fouilles en 2016 sur le site de la ferme et dans les champs environnants. Des excavations importantes sont réalisées pour rechercher des restes humains ou des objets appartenant à Ben. Lors de ces recherches, des fragments d’os appartenant à un jeune enfant sont découverts, mais les analyses ADN ne permettent pas de confirmer qu’il s’agit de Ben.

Malgré l’absence de preuve définitive, les enquêteurs britanniques estiment aujourd’hui que l’hypothèse de l’accident est l’explication la plus probable. Selon cette théorie, Ben aurait pu s’approcher de la zone de travaux pendant qu’il jouait autour de la ferme et aurait été accidentellement heurté par la machine. Son corps aurait ensuite été enseveli involontairement sous les décombres déplacés par l’excavatrice.

Kerry a déclaré qu’elle acceptait finalement la possibilité de cet accident, tout en continuant d’espérer qu’un jour la vérité complète sur ce qui est arrivé à Ben sera établie. Simon Ward reste également impliqué dans l’affaire et continue de demander que toute la lumière soit faite sur ce qui est arrivé à son fils. Malgré les nouvelles pistes explorées, le mystère entourant la disparition de Ben Needham reste officiellement non résolu.

L’affaire Tabitha Tuders : disparue sur le chemin de l’école.

Tabitha Danielle Tuders est née le 15 février 1990 et vivait à East Nashville, dans l’Etat américain du Tennessee. Ses parents sont Bo et Debra Tuders, et elle était la plus jeune d’une fratrie de trois enfants. Ses proches la décrivent comme une jeune fille dynamique, aimant faire rire les autres et chanter.

Le 29 avril 2003, Debra se réveille à 5h du matin pour aller travailler. Son mari et sa fille dorment encore. Un peu plus tard, Bo a réveillé Tabitha pour qu’elle se prépare pour l’école et il a ensuite quitté le domicile à 7h du matin pour partir à son tour au travail. Tabitha avait pour habitude de partir à 7h15 pour rejoindre son arrêt de bus, situé à cinq minutes à pied de son domicile, et c’est ce qu’elle aurait fait ce matin-là.

Debra rentre du travail à 13h et il était prévu que sa fille soit à la maison pour 16h. Les minutes passent, puis les heures. 16h arrive, et Tabitha n’est toujours pas rentrée, ce qui est totalement inhabituel. Debra se rend à l’arrêt de bus, mais Tabitha ne s’y trouve pas. Elle ne croise pas non plus sa fille sur le chemin du retour. De plus en plus alarmée, elle décide alors de se rendre à l’établissement scolaire de Tabitha. C’est là qu’elle apprend une information glaçante : sa fille ne s’est jamais présentée à l’école ce jour-là. La police sera prévenue aux alentours de 18h.

Les premières recherches se concentrent sur le quartier d’East Nashville. Les policiers interrogent les voisins, vérifient les rues avoisinantes et cherchent d’éventuels témoins. Très vite, les enquêteurs réalisent qu’aucun camarade de classe ni aucun chauffeur de bus ne se souvient avoir vu la jeune fille ce matin-là.

Selon les autorités, il n’y a alors aucune preuve d’enlèvement forcé, mais aucune indication non plus laissant penser à une fugue. Les parents de Tabitha rejettent immédiatement cette hypothèse. Debra déclarera plus tard dans une interview : « Ma fille ne serait jamais partie sans nous le dire. Elle avait peur du noir, elle ne serait jamais partie seule. » Bo ajoute également que Tabitha n’avait aucune raison de fuguer, elle n’avait pas manifesté de mal-être particulier, et elle n’avait emporté ni vêtements supplémentaires ni effets personnels.

Dans les semaines qui suivent, les enquêteurs se concentrent sur un homme vivant non loin du domicile familial, décrit par certains habitants comme ayant eu un comportement inapproprié avec des mineures. Une perquisition est menée et son ordinateur est saisi. Cependant, aucune preuve directe ne permet de l’inculper dans la disparition de Tabitha. Les recherches s’intensifient. Des bénévoles parcourent les bois et terrains vagues des environs, des battues sont organisées. La police qualifiera rapidement l’affaire de disparition suspecte.

L’affaire prend progressivement une dimension nationale. En 2005, une rumeur attire l’attention : un témoin affirme que Tabitha aurait été vue au Moyen-Orient, possiblement victime d’un réseau d’exploitation. Ces informations déclenchent des vérifications approfondies. Toutefois, les autorités préciseront ne disposer d’aucune preuve confirmant qu’elle ait quitté le territoire américain.

Le Federal Bureau of Investigation est sollicité afin d’examiner la crédibilité des témoignages. Des échanges sont menés avec des agences fédérales et internationales, notamment pour vérifier d’éventuels signalements correspondant à l’âge et au signalement physique de Tabitha.

Cependant, l’enquête se heurte rapidement à un problème : l’absence de preuve matérielle. Aucun document de voyage, aucun enregistrement de passage frontalier, aucune trace administrative ne permet d’étayer l’hypothèse d’une sortie du territoire. Les témoignages à l’origine de la rumeur s’avèrent imprécis et impossibles à corroborer. Rien ne permet d’affirmer qu’elle se trouve à l’étranger.

L’absence de scène de crime identifiée et de preuve matérielle initiale constitue l’un des principaux obstacles. En 2003, les caméras de surveillance étaient peu répandues dans les quartiers résidentiels, et sans enregistrements vidéo, sans ADN exploitable, sans témoin direct, les enquêteurs manquent d’éléments tangibles.

Au fil des années, certaines pistes sont réexaminées des avancées technologiques, notamment en matière d’analyse numérique et génétique. Toutefois, aucune avancée majeure n’a été annoncée publiquement.

Dans les années qui ont suivi, Bo et Debra Tuders ont multiplié les interviews afin de maintenir l’attention médiatique autour de l’affaire. A plusieurs reprises, Debra a expliqué que le plus difficile n’était pas seulement l’absence, mais l’incertitude permanente : « On ne sait pas quoi penser. On ne sait pas si elle souffre, si elle est en sécurité, si elle est encore en vie. »

Les faux signalements, fréquents dans les affaires très médiatisées, ont représenté une charge psychologique importante pour la famille de Tabitha. De plus, la montée d’Internet et des forums consacrés aux affaires criminelles a également contribué à la multiplication des théories. Certaines évoquaient un enlèvement organisé, d’autres impliquaient des suspects non confirmés.

Plus de vingt ans après sa disparition, Tabitha Tuders reste introuvable. Son dossier est toujours ouvert et les autorités continuent de rechercher tout indice pouvant faire avancer l’enquête.

La disparition d’une mère et sa fille : l’affaire Liu Huijun.

Liu Huijun était une femme âgée de 37 ans qui vivait à Yuanlin, dans la région de Changhua, à Taiwan. Elle est décrite comme une femme attentionnée, discrète et réservée.

Liu était également une femme ambitieuse et indépendante, qui souhaitait poursuivre ses études et réaliser ses rêves. Selon plusieurs témoignages, Liu dut renoncer à ses projets pour se plier à un mariage arrangé par sa mère. Elle retourna donc dans sa ville natale et épousa un homme plus âgé, ce qui marqua le début d’une vie familiale complexe.

Son mari était un homme violent et alcoolique, ce qui conduisit à un premier divorce. Cependant, dans un contexte très conservateur où le divorce était fortement stigmatisé, ils se sentirent obligés de se remarier. Le couple eut plusieurs enfants, dont la plus jeune, une fille, qui disparaîtra plus tard avec Liu.

Le 19 janvier 2008, le couple eut une nouvelle dispute. La dispute a reprit le lendemain, tout aussi virulente. N’y tenant plus, Liu a prit sa plus jeune fille, monta sur son scooter et quitta le domicile entre 14h et 15h. Liu avait pour habitude de se réfugier chez sa mère lorsque les disputes dégénéraient, et son mari pensa donc qu’elle était allée se calmer avant de revenir. Mais ne la voyant pas revenir, il se rendit chez sa belle-mère, qui lui révéla que Liu n’était jamais venue. Il tenta alors de la joindre, mais son téléphone portable était éteint. Inquiet, il se rendit finalement au poste de police pour signaler la disparition de sa femme et de leur fille.

Pendant ce temps, au Yuanlin Finance Building, un immeuble de bureaux qui contient également des unités résidentielles, un gardien de surveillance trouve une paire de chaussures de femme jetée devant la cage d’escalier, ainsi qu’un manteau rouge et une autre paire de chaussure abandonnés dans l’ascenseur. Il en informe le gérant de l’immeuble qui décide de voir les images de vidéosurveillance.

Le bâtiment où Liu a été vue pour la dernière fois.

Sur les images du 20 janvier, on y voit une femme et une petite fille entrer dans l’asenseur. Elles seront identifiées comme étant Liu et sa plus jeune fille. Elles ont l’air calmes, voire neutre. Pendant l’ascension vers le 11ᵉ étage, Liu commence à retirer son manteau rouge et celui de sa fille. Elle retire également les chaussures de sa fille puis les siennes.

Ses gestes sont lents, elle ne semble pas pressée, ce qui laisse penser à un acte délibéré. On y voit ensuite Liu prendre sa fille dans ses bras. Après être sorties de l’ascenseur au 11ᵉ étage, Liu et sa fille se dirigent vers une cage d’escalier secondaire plutôt que de suivre les couloirs principaux. Cette cage d’escalier mène en partie au toit et à des zones peu accessibles ou rarement surveillées par les caméras.

C’est à partir de ce moment qu’elles disparaissent complètement du champ des caméras. Les caméras de surveillance du hall ne les montrent plus après ce pas hors de l’ascenseur. Aucun enregistrement ne les capte dans la rue, ni dans les commerces alentour.

Les dernières images de Liu Huijun et sa fille.

Des sources mentionnent que le 28 janvier, un agent de sécurité qui travaillait dans l’immeuble a remarqué un scooter garé juste à l’entrée du parking. L’agent de sécurité, qui connaissait chaque véhicule et leur propriétaire, n’a pas reconnu le scooter, qui était garé ici depuis plusieurs jours et dont les clés étaient toujours sur le contact. Il a donc appelé la police pour signaler ce stationnement gênant.

Lorsqu’ils vérifient la plaque d’immatriculation du véhicule, les agents apprennent que le scooter est au nom de Liu Huijun, signalée disparue depuis le 20 janvier. Peu après, le mari de Liu s’est manifesté après avoir vu les informations sur l’incident. La police va lui montrer les images de vidéosurveillance de l’ascenseur, et il va formellement reconnaitre sa femme et leur fille.

Suite à cela, les autorités lancent des recherches approfondies. L’immeuble est inspecté dans son intégralité : escaliers, couloirs, étages, caves, locaux techniques. Le toit est également fouillé. Les enquêteurs cherchent à écarter toute hypothèse d’accident ou de chute, mais aucun indice n’est découvert. Les policiers interrogent les habitants, mais là encore, aucun témoin ne se manifeste. Personne ne se souvient avoir vu Liu Huijun quitter l’immeuble ou monter dans un véhicule.

Les autorités examinent les enregistrements de vidéosurveillance accessibles dans le quartier. Là encore, aucune image ne permet d’identifier Liu Huijun, ni de reconstituer un itinéraire après sa dernière apparition connue. On n’entendra plus jamais parler de Liu, ni de sa fille.

Plusieurs théories ont été évoquées au fil des années. Certains ont envisagé un accident survenu dans une zone non couverte par les caméras. Cette piste a été rapidement examinée, notamment par l’inspection du toit et des parties techniques de l’immeuble. Aucune trace d’une chute ou d’un incident n’ayant été découverte, cette hypothèse n’a jamais donné suite.

La théorie du suicide a également été évoquée en raison du comportement de Liu Huijun dans l’ascenseur. On la voit retirer son manteau puis ses chaussures, sans signe visible de contrainte. Dans certaines cultures asiatiques, enlever ses chaussures peut être associé à un départ définitif. Cette interprétation a conduit certains à envisager un suicide. Toutefois, aucun élément concret, comme la découverte d’un corps ou d’un message, ne permet de confirmer cette hypothèse, qui reste donc incertaine.

Un départ volontaire a également été envisagé. Certains éléments de la vie personnelle de Liu Huijun ont alimenté cette hypothèse, notamment le fait qu’elle se trouvait dans un mariage arrangé décrit comme conflictuel, et le fait qu’elle venait de quitter le foyer familial suite à une dispute avec son mari. Toutefois, l’absence de préparation apparente, le manque d’activité sur les comptes bancaires et le silence total du téléphone de Liu Huijun rendent cette théorie peu plausible.

Par ailleurs, selon les informations disponibles, Liu Huijun était mère de plusieurs enfants. Dans ce contexte, l’idée d’un départ volontaire en n’emmenant qu’un seul d’entre eux est difficile à comprendre. Rien ne permet d’expliquer pourquoi elle aurait laissé ses autres enfants derrière elle, ni dans quelles conditions une telle décision aurait été prise. On peut également se demander pourquoi elle a choisi d’entrer dans ce bâtiment, alors qu’aucun lien connu ne l’y rattachait.

Une autre théorie suggère l’intervention d’une tierce personne dans l’angle mort des caméras. Cette hypothèse repose principalement sur le caractère soudain de la disparition et sur l’impossibilité de retracer un parcours de sortie. Là encore, aucun témoin ni élément matériel ne vient la confirmer, et aucune preuve d’un acte criminel n’a été rendue publique.

Quelques secondes hors de portée des caméras ont suffi à effacer Liu Huijun de toutes traces. Malgré des recherches intensives, la disparition de Liu et sa fille reste un mystère total.