Une touriste française disparaît au Japon.

Tiphaine Véron est née le 22 juillet 1982. Cette jeune femme originaire de Poitiers est amoureuse de la culture japonaise depuis plusieurs année, mais elle est également passionnée par la musique et le cinéma. Ses proches la décrivent comme une personne joyeuse et amusante, et ayant un bon contact avec les enfants. Elle travaillait d’ailleurs dans un établissement spécialisé pour enfants handicapés.

Tiphaine Véron

Le 27 juillet 2018, Tiphaine atterrit à l’aéroport international de Tokyo. Cela faisait longtemps qu’elle avait planifié ce voyage, elle était très organisée et avait prévu de passer trois semaines au pays du soleil levant. Elle passe une première nuit dans un hôtel proche de l’aéroport, puis le lendemain elle s’en va pour Nikko, une petite ville de la préfecture de Tochigi, au nord de Tokyo. Elle a pour habitude d’être en contact avec ses proches et d’envoyer des photos.

Mais à partir du 29 juillet, Tiphaine cesse de donner de ses nouvelles. Elle aurait été vue pour la dernière à cette même date vers 10h, alors qu’elle quittait son hôtel, emportant seulement un petit sac avec elle. Elle prévoyait d’aller visiter des temples. Le 30 juillet, c’est le gérant de l’hôtel, ne la voyant pas revenir, qui donne l’alerte. L’ambassade de France au Japon prévient la famille Véron et celle-ci arrive à Nikko le 4 août.

Les dernières images de Tiphaine prises par des caméras de surveillance, avant sa disparition.

On remarque qu’elle a laissé toutes ses affaires dans sa chambre d’hôtel, ce qui montre qu’elle comptait évidemment revenir. La famille s’inquiète d’autant plus que Tiphaine est épileptique. Deux thèses sont alors possibles : la thèse de l’accident, ou celle d’un crime. La police penche pour la thèse de l’accident, car en effet, le 28 juillet 2018, le typhon Jongdari s’est rétrogradé en tempête, ce qui a provoqué des pluies torrentielles qui ont rendu certains chemins dangereux. Et Nikko est une ville exposée aux risques naturels, comme les glissements de terrains. Tiphaine étant partie sans équipement approprié, elle aurait sans doute fait une chute mortelle.

Mais pour la famille de Tiphaine, l’accident ne tient pas. Ils pensent que dans ce cas, on aurait retrouvé des affaires de la jeune femme à certains endroits. Les environs furent fouillés, mais hormis ses affaires restées à l’hôtel, aucun objet appartenant à Tiphaine, ni un quelconque autre indice, ne fut trouvé dans la nature. « L’accident est une piste de confort pour la police », assure Damien Véron, son frère. A son tour, Sibylle, la soeur de Tiphaine, ajoute : « La probabilité que ce soit un accident est de plus en plus minime. Compte tenu des recherches menées par la police et par nous-même, une chute derrière l’hôtel est hautement improbable, l’hôtelier lui-même n’y croit pas. En réalité personne n’y croit, sauf la police ».

Le Shinkyô (« Pont sacré »), le premier endroit que Tiphaine a visité à Nikko.

De plus, Tiphaine avait soigneusement planifié son voyage, et grâce à ses notes qui ont été retrouvées dans sa chambre d’hôtel, on apprend qu’elle prévoyait bien de visiter des musées et des temples le 29 juillet, et non de se rendre sur des sentiers de randonnée. L’hypothèse de la police japonaise reste que Tiphaine aurait sans doute pu tomber dans la rivière qui traverse la ville de Nikko. Mais dans ce cas, comment se fait-il que personne n’ait rien remarqué ? Nikko est une ville touristique très fréquentée, des gens auraient forcément vu quelque chose, surtout en plein jour. De plus, on aurait sûrement retrouvé des effets personnels de Tiphaine aux alentours, ou même son corps échoué quelque part. La famille ne croit pas non plus à une disparition volontaire. Tiphaine était très heureuse à l’idée de faire ce voyage et elle n’avait aucune raison de vouloir disparaître d’elle-même. Et une personne qui prévoit de faire une fugue à l’autre bout du monde ne laisse pas toutes ses affaires et son passeport derrière elle.

En septembre 2018, le parquet de Poitiers ouvre une information judiciaire pour enlèvement et séquestration. Le 17 octobre 2018, Sibylle Véron interpelle le président Emmanuel Macron accompagné de Shinzo Abe, le premier ministre japonais. Lors d’une entrevue, elle leur explique que l’avocat de leur famille en France n’a toujours pas reçu le dossier judiciaire de la famille, et s’il serait possible que des policiers français puissent être envoyés au Japon. Selon Sibylle, les deux chefs d’Etats se seraient engagés à ce que les deux pays coopèrent.

Malheureusement, l’enquête piétine et la famille se débrouille essentiellement par ses propres moyens. « Pendant plus d’une année, on a fait énormément de choses », explique Damien. « Je suis allé au Japon au moins 5 mois essentiellement pour faire des enquêtes, des recherches sur le terrain, puisque jamais une enquête, des recherches de grande ampleur sur le terrain n’ont été faites, c’est nous qui les avons financées depuis plus d’un an ». Le choc des cultures se fait rapidement ressentir. « Au Japon, il y a ce fameux phénomène des évaporés, ce qui fait que les Japonais, lorsque les gens disparaissent, ils ne cherchent pas leurs disparus ».

La famille a tenté de géolocaliser le téléphone de Tiphaine, mais cette information reste difficile à obtenir tant qu’il n’y aucune preuve tangible que la disparition de Tiphaine soit liée à un crime, et les compagnies de téléphones n’avaient donc pas le droit de donner ces informations à la police japonaise. Mais grâce à l’aide de Xavier Niel, le fondateur de l’opérateur de téléphonie mobile Free, la famille a pu être mise au courant que le téléphone portable de Tiphaine a été coupé de manière assez brutale : soit on aurait arraché la batterie, soit il aurait été cassé.

« Ce que nous pouvons simplement retenir c’est qu’il y a toujours de trop grandes zones d’ombre. Des témoignages contradictoires, des données sur le téléphone toujours manquantes. De même que des doutes persistent sur le visionnage de certaines caméras. Malgré tout ces problèmes, il n’y a plus d’enquête. D’ailleurs un nouveau témoignage n’a pas été vérifié. Comme il n’y a jamais eu de collaboration judiciaire entre la France et le Japon et que l’envoi de policiers français à Nikko ne semble pas intéresser grand monde… nous allons faire tout ce qu’il faut pour en finir avec ces trous noirs. »

La marche organisée pour Tiphaine le 28 juillet 2019

Un an plus tard, le 28 juillet 2019, la famille de Tiphaine se rend de nouveau à Nikko afin d’organiser une marche pour marquer l’anniversaire de sa disparition. Ils en profitent également pour remercier les habitants de Nikko pour leur aide et leur accueil. « On continue à demander leur soutien, on sait qu’on peut compter sur eux. Nous allons continuer à nous battre, ça fait un an qu’on se bat. » déclare Damien Véron. « On n’abandonnera jamais » ajoute Anne Désert, la mère de Tiphaine.

En novembre 2019, l’association « Unis pour Tiphaine » est créée. La famille tient également une page Facebook intitulée Unis pour Tiphaine Véron. A ce jour, ils continuent de lutter pour la retrouver et pour qu’une enquête s’ouvre au Japon.

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