Sophie Lionnet : le supplice d’une jeune fille au pair.

Sophie est née le 7 janvier 1996 à Troyes, dans l’Aube. Elle est décrite comme une jeune fille douce, serviable, aimant les animaux et passionnée par le cinéma. Elle possédait un CAP petite enfance, et prévoyait de devenir fille au pair en Angleterre afin d’améliorer son anglais et de s’occuper des enfants.

Sophie Lionnet

En 2015, Sophie fut engagée en tant que fille au pair par Sabrina Kouider, 35 ans, et son compagnon Ouissem Medouni, 40 ans, un couple franco-algériens résidant en Angleterre. Sabrina avait déjà un fils né de sa précédente union avec Mark Walton, le fondateur du groupe Boyzone, et un autre fils né d’un père parisien. Ouissem et Sabrina louaient une belle maison à Southfields, un district de la banlieue sud de Londres. Sabrina, qui se présentait comme styliste de mode, fit tout de suite bonne impression à Sophie, grâce à sa beauté et son attitude décontractée. Ni une ni deux, Sophie saute sur l’occasion et part s’installer avec le couple pour quelques mois.

Ouissem Medouni et Sabrina Kouider

« Je l’ai vue le 31 décembre 2015, juste avant son départ. Pour la première fois, elle rayonnait, heureuse de s’en aller. » raconte sa cousine.

« Je ne connaissais pas ces gens, je ne les avais jamais contactés et ma fille partait vivre chez eux !… C’était flou, comme projet. Je ne voulais pas qu’elle s’en aille comme ça. Le jour de son départ, j’étais un peu fâchée… » dira sa mère, Catherine.

Au début tout semble aller pour le mieux pour la jeune fille, en tout cas c’est ce qu’elle raconte à ses proches. Mais en réalité, Sophie s’est vite rendu compte que ses patrons l’exploitent. Ils ne la payaient que 56 euros par mois, il y avait chaque jour une ambiance glaciale car Sabrina et Ouissem se disputaient fréquemment, et Sabrina passait sa mauvaise humeur sur Sophie. Petit à petit, Sabrina a commencé à accuser la jeune fille de lui voler des bijoux, et d’avoir eu des relations sexuelles avec son ex Mark Walton. Mais bien évidemment, Sophie et Mark Walton ne s’étaient jamais rencontrés, et de plus, l’homme résidait à Los Angeles.

Ces épisodes psychotiques où Sabrina accusait Sophie des pires choses étaient devenus monnaie courante. Elle pensait également que Sophie avait été envoyée par Mark Walton pour l’espionner, et chaque jour, Sabrina devenait de plus en plus agressive envers la jeune fille. Sabrina avait également posé des caméras dans la maison pour la surveiller, et elle lui avait même volé son passeport et la menaçait de la séquestrer si Sophie n’avouait pas les méfaits dont elle était injustement accusée. De plus, le couple avait commencé à affamer leur fille au pair, qui devenait de plus en plus maigre et faible, allant jusqu’à perdre 20kg.

Afin de faire chanter son ex Mark Walton sur sa supposé realtion avec Sophie, Sabrina a commencé à enregistrer les interrogatoires qu’elle faisait subir à la jeune fille, des interrogatoires qui duraient parfois 12 heures par jour, et auxquels Ouissem participait parfois. Dans ces enregistrements audio et vidéo, on peut y voir Sophie terrorisée, amaigrie, tandis que Sabrina lui hurle dessus : « Tu ne retourneras pas en France avant de m’avoir dit la vérité ! » ou encore « Je prie Dieu pour qu’il m’empêche de te toucher et de me salir les mains ! » « Je vais te gâcher la vie comme tu as gâché la mienne !» « Pourquoi m’as-tu fait du café ce matin-là ? Tu l’avais drogué ? »

Environ six mois après son arrivée en Angleterre, Sophie écrit à sa mère Catherine : « Venir ici ne m’a rien apporté de plus qu’un tout petit peu d’expérience. J’aurais dû t’écouter et non mon cœur. Je suis une idiote… » « Je vais rentrer à la maison, mais je n’ai pas encore reçu de réponse. Je travaille beaucoup et le soir je suis épuisée. (…) Elle dit qu’elle n’en a rien à faire de ma famille et m’accuse d’avoir volé un pendentif avec un diamant dessus, mais je n’ai rien à voir avec ça. Je ne comprends rien à ces histoires, pourquoi j’y suis impliquée.»

En novembre 2016, elle demande à sa mère de l’argent afin de réserver un billet pour rentrer en France. Elle ajoute : « Ils m’ont dit que je pouvais rentrer en novembre, mais le mois touche à sa fin et je ne vois rien venir. Désolée de te déranger avec ça. » Plus tard, Sophie dira à sa mère que Sabrina lui demandait un préavis d’un ou deux mois avant de partir car la mère de famille n’avait pas d’argent pour la payer. Sa mère lui demande de rentrer pour les vacances de Noël, mais Sophie va multiplier les excuses : « Je dois rester aider Sabrina, elle travaille trop je ne peux pas la laisser, elle n’a personne pour me remplacer. » Mais en réalité, c’est Sabrina qui oblige Sophie à trouver des excuses à ses parents, car elle ne veut pas la laisser partir.

Sabrina va commencer à arrêter de donner de l’argent à Sophie et va aller jusqu’à lui confisquer son téléphone portable. Sophie va alors commencer à utiliser l’ordinateur d’une bibliothèque pour contacter ses parents. En février 2017, elle leur écrit : « Je ne peux rien lui dire pour le moment, mais je vais lui parler. (…) Quand elle n’est pas d’humeur, elle me dit que je peux prendre mes affaires et après elle me dit qu’elle est désolée de me parler si mal, qu’elle travaille beaucoup et qu’elle veut m’engager comme modèle pour faire des photos. »

Pendant l’été 2017, Sabrina va appeler Catherine, la mère de Sophie, pour se plaindre de sa fille, lui disant que Sophie traînait avec des hommes plus âgés, qu’elle était paresseuse, et qu’elle avait même agresser ses enfants. Lorsque Sabrina va passer le téléphone à Sophie pour parler à sa mère, la jeune fille est en larmes, mais elle ne dira rien. Catherine va insister pour que Sabrina lui renvoie sa fille en France, mais Sabrina dira qu’elle n’a pas d’argent pour lui payer son billet. En août 2017, Catherine envoie de l’argent à sa fille pour payer son billet d’avion, mais Sabrina appellera à nouveau la mère de Sophie pour lui dire qu’elle décalait son retour en France.

 « On s’est dit que si ça continuait, on s’organiserait pour aller à Londres. Financièrement, c’était dur pour nous. J’avais été licenciée après un long arrêt maladie, seul mon compagnon travaillait. Il n’y avait personne pour garder mon petit garçon. C’était compliqué. Jamais on n’aurait pu imaginer ce qu’il se passait. Je faisais confiance à Sabrina. » raconte Catherine.

Sabrina et Ouissem vont commencer à être violents physiquement et vont battre la jeune fille à la moindre occasion, en plus de continuer leurs interrogatoires musclés où Sophie était insultée et malmenée. Le 18 septembre 2017, après des mois de torture, Sophie craque et avoue ces crimes imaginaires, espérant avoir la paix. Mais le couple va alors l’emmener dans la salle de bain, et la noyer dans la baignoire.

Le 20 septembre 2017, un voisin appelle les policiers car une épaisse fumée se dégage depuis plusieurs heures du jardin de Sabrina Kouider et Ouissem Medouni. Quand les policiers sont arrivés, ils ont vu que Ouissem avait fait un barbecue avec du poulet, mais la fumée noire qui s’en dégageait était tellement épaisse que les policiers ont tout de suite penser que c’était anormal. Et parmi les cendres, ils ont pu découvrir un nez et une main. Très calme, Ouissem dira qu’il avait simplement fait brûler un mouton, ce qui expliquait l’épaisse fumée. Lorsque Sabrina se fera interrogée ce même soir, elle dira qu’elle ne sait pas où se trouve sa fille au pair, et qu’elle est sans doute partie avec Mark Walton.

Ouissem Medouni et Sabrina Kouider seront rapidement mis en examen pour meurtre et placés en détention. Ils vont reconnaître avoir voulu faire disparaître le corps de Sophie mais nient l’avoir tuée. Le cadavre de Sophie, qui avait été mit dans une valise avant d’être brûlé, avait été calciné au point qu’il fut difficile de détermine le sexe. L’autopsie révélera quatre côtes cassées, des hématomes aux bras, au dos, à la poitrine, ainsi que des fractures au sternum et à la mâchoire.

Lors de leur procès le 19 mars 2018, Sabrina et Ouissem nient les accusations et plaident non coupable. Sabrina dira même : « Elle était très, très heureuse. Elle ne voulait pas aller dans sa famille». Comme quoi elle aurait empêché Sophie de se rendre chez sa famille à Noël 2016, elle répond : «Elle ne l’a pas demandé parce que nous avions des moments formidables. Elle s’amusait. (…) Je pense que c’est le meilleur Noël que nous ayons jamais eu». Sabrina Kouider ajoute que Sophie aurait pu partir quand elle le voulait, qu’elle était toujours payée et qu’elle avait même eu droit à des extras.

Puis, elle va commencer à blâmer la jeune fille : « Sophie me rendait folle! Elle agissait de manière malfaisante (…) elle jouait la victime ! (…) C’était moi la prisonnière (…) pendant que Sophie se baladait avec Mark Walton !» « Je n’ai pas tué Sophie ! Je traitais bien Sophie, je la respectais ! » plaide-t-elle devant le juge. Au cours de leur procès, Sabrina et Ouissem vont ensuite rejeter la faute l’un sur l’autre : « Sabrina m’a réveillé, probablement vers 01h30. Elle disait que Sophie ne respirait pas », raconte Ouissem au tribunal. Il affirme avoir tenté de réanimer en vain la jeune fille, puis avoir enveloppé Sophie dans un draps blanc et l’avoir mise à l’intérieur d’une valise pour ne pas que les enfants la voient. Lorsqu’on lui demande pourquoi il n’a pas prévenu les secours, il répond que c’était à nouveau pour protéger les enfants. Ouissem ajoute que c’est Sabrina qui aurait insisté pour brûler le corps de Sophie.

Ouissem accuse alors sa compagne devant le tribunal : « C’est toi qui l’as fait ! Tu as mis sa tête dans l’eau !» . En ce qui concerne les interrogatoires auxquels il participait, il répond qu’il pensait que Sophie menaçait la sécurité de leur famille et qu’il voulait connaître la vérité : « J’avais à l’esprit l’histoire selon laquelle Sophie emmenait (un des garçons) auprès d’un pédophile.» « Parfois les mots que j’ai utilisés étaient horribles et je le regrette.»

« Les souffrances et la torture que vous lui avez infligées avant sa mort étaient prolongées et sans pitié » leur déclare le juge Nicholas Hilliard. « Je suis certain (…) que vous avez tous les deux torturé Sophie dans la baignoire (…) en la menaçant de la noyer si elle ne vous fournissait pas les informations que vous souhaitiez et qu’elle ne pouvait fournir parce qu’elles n’existent pas. »

Mark Walton, l’ex compagnon de Sabrina, va venir exprès à Londres pour témoigner contre elle au procès : « C’est une femme très intelligente, calculatrice, manipulatrice, capable, en l’espace de quelques secondes, de devenir assez effrayante. » « Elle parlait avec un doux accent français et tout d’un coup elle changeait de ton, s’énervait, parlait très fort et ne se souciait pas de l’endroit où nous étions. » Il a ensuite expliqué qu’à l’époque où il était en couple avec Sabrina, elle avait déjà renvoyé plusieurs nounous car elle les soupçonnait de le draguer, de voler ou de maltraiter leur fils. Elle avait également appelé la police plusieurs fois car elle avait vu les photos d’une autre femme sur le téléphone de Mark.

Et alors qu’elle était enceinte de lui, Sabrina avait disparu avant de le recontacter plus tard pour lui dire qu’elle avait perdu le bébé, et qu’elle se trouvait chez de la famille à Paris. En réalité, elle avait accouché seule aux Etats-Unis, et Mark ne su que plus tard qu’il avait un enfant qu’il croyait perdu. Lorsqu’il avait cessé de lui verser une pension après leur séparation en 2013, Sabrina l’avait accusé de pédophilie et de maltraitance, avant d’afficher ces diffamations sur les réseaux sociaux dans le but de le discréditer. Mark a également démenti avoir été en contact avec Sophie Lionnet.

Le père du second enfant de Sabrina, un certain Anthony François, va également être entendu : « Elle pouvait être adorable comme elle pouvait être détestable. Elle criait souvent et devenait agressive. Son attitude était incompréhensible.»

L’avocat de Sabrina a tenté de plaidé la maladie mentale de sa cliente, car la jeune femme souffrirait de troubles délirants. Pour Ouissem, son avocat le décrit comme un homme mentalement faible, ayant été endoctriné par sa compagne.

Le 24 mai 2018, Sabrina et Ouissem sont reconnus coupables du meurtre de Sophie, et le 26 juin suivant ils sont condamnés à la prison à vie avec une peine de sûreté de trente ans. Un an plus tard, en mai 2019, le couple a fait appel pour revoir leur peine, mais cette demande a été rejetée, et leur condamnation est donc maintenue.

Même si la famille de Sophie est satisfaite du verdict, cela ne change rien à leur douleur : « Tous les matins je viens ouvrir les volets de sa chambre » dit sa mère. « J’ai donné son lit à une association il n’y a pas longtemps. Peut-être qu’un jour, je mettrai autre chose, dans cette pièce. Mais pour l’instant, il reste les posters. Les souvenirs. Le papier peint. C’est elle qui l’avait choisi. Et il restera, ce papier.»  » « On ne peut pas oublier ça, vous savez. »

A sa mort, Sophie avait 21 ans. Elle a été inhumée le 8 juin 2018 et repose dans une sépulture familiale au cimetière de Sens.

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