
Céline est née le 23 mai 1976 à Besançon, dans le département du Doubs, en Bourgogne-Franche-Comté. Ses parents sont Bernard et Martine Figard, et elle a également deux frères et une soeur. Ses proches la décrivent comme une jeune fille sociable, intelligente, ouverte au monde et appréciée. Elle étudiait la comptabilité au lycée du Grand Chênois à Montbéliard.
Au début des années 1990, Céline a effectué un premier voyage au Royaume-Uni qui l’a marquée. Elle prit alors la décision de s’installer temporairement en Angleterre, notamment car elle souhaitait améliorer sa maîtrise de l’anglais, langue indispensable pour ses études et sa future carrière. Durant l’été 1995, Céline quitte la France pour commencer son voyage. Elle avait déjà des contacts familiaux sur place : son cousin Jean-Marc travaillait dans un hôtel à Fordingbridge, situé dans le Hampshire, et elle pouvait donc y trouver facilement un job d’été pour financer son séjour et acquérir de l’expérience. Céline rentre en France à la fin de l’été, mais avec l’objectif de retourner en Angleterre pour passer Noël avec son cousin et y rester quelques jours.
Le 18 décembre 1995, comme prévu, Céline s’en va rejoindre l’Angleterre pour les fêtes de Noël. A cette période, la France est paralysée par les grandes grèves de l’hiver 1995, perturbant fortement le trafic ferroviaire. Ses parents organisent alors son trajet autrement : un ami de la famille, chauffeur routier, accepte de la conduire jusqu’à la côte française afin qu’elle puisse traverser la Manche.
Le lendemain, le 19 décembre, Céline arrive à Ashford, dans le Kent, après avoir emprunté l’Eurotunnel. Son objectif est clair : rejoindre son cousin Jean-Marc Figard à Fordingbridge, dans le Hampshire, où elle avait déjà travaillé quelques mois pendant l’été. Une fois arrivée en Angleterre, un autre chauffeur routier français, Roger Bouvier, accepte de la prendre en charge jusqu’à l’aire de service de Chieveley, près de Newbury, dans le Berkshire, un important carrefour autoroutier situé à la jonction de la M4 et de l’A34.

Le trajet se déroule normalement. D’après Roger, Céline est détendue et enthousiaste à l’idée de retrouver une partie de sa famille en Angleterre. Lorsqu’ils arrivent à Chieveley Services dans l’après-midi du 19 décembre 1995, il ne lui reste qu’environ 60 kilomètres à parcourir pour rejoindre Fordingbridge. Céline tente alors de téléphoner à son cousin afin qu’il vienne la chercher, mais compose un mauvais numéro et ne parvient pas à le joindre.
C’est à ce moment qu’un chauffeur britannique au volant d’un camion Mercedes blanc avec une remorque réfrigérée Thermo King s’approche d’eux. L’homme propose de conduire Céline jusqu’à Salisbury, ville située non loin de sa destination finale. Roger éprouve immédiatement une certaine méfiance envers le conducteur. Plus tard, il expliquera aux enquêteurs qu’il ressentait quelque chose d’étrange chez cet homme sans parvenir à définir précisément pourquoi. Malgré ses réserves, il laisse finalement Céline monter dans le camion. Il est environ 16h30 lorsqu’elle quitte l’aire de service. Ce sera la dernière fois que Céline sera vue vivante.
Lorsque Jean-Marc constate que sa cousine n’arrive pas à Fordingbridge dans la soirée, l’inquiétude commence à grandir. Très rapidement, la disparition est signalée à la police britannique. Dans les jours suivants, l’affaire prend une ampleur nationale au Royaume-Uni. Les enquêteurs diffusent massivement la photographie de Céline ainsi qu’un portrait-robot du chauffeur réalisé grâce au témoignage de Roger Bouvier. Les autorités décrivent un homme blanc âgé d’environ 30 à 35 ans, aux cheveux clairs, portant une barbe en collier sans moustache, conduisant un poids lourd Mercedes blanc tirant une remorque grise réfrigérée.


Au départ, les policiers espèrent encore retrouver Céline en vie. Mais très vite, l’absence totale de nouvelles et le silence du chauffeur routier inquiètent les enquêteurs. Le 26 décembre, soit une semaine après la disparition, la police déclare publiquement craindre qu’elle ait été enlevée. Plus de cent enquêteurs issus de plusieurs forces de police sont mobilisés. Bernard Figard, le père de Céline, se rend lui-même en Angleterre pour participer aux appels à témoins et supplier toute personne ayant vu sa fille ou le camion de se manifester.
Le 29 décembre 1995, l’enquête bascule dans l’horreur. En bordure de l’A449, près du village de Hawford dans le Worcestershire, un automobiliste s’arrête sur une aire pour changer un essuie-glace. A quelques mètres de la route, il découvre le corps nu d’une jeune femme abandonné dans un fossé. Le lendemain, les autorités confirment qu’il s’agit bien de Céline.
L’autopsie révèle une extrême violence. Céline a été étranglée et frappée à la tête avec un objet contondant. Les médecins légistes ne parviennent pas à déterminer laquelle des blessures a provoqué la mort. Les enquêteurs estiment également qu’elle a probablement subi une agression sexuelle peu avant son décès. D’après les premiers éléments médico-légaux, son corps n’aurait été déposé sur les lieux que depuis environ 24 heures, laissant penser que son meurtrier l’avait gardée avec lui pendant plusieurs jours après sa mort.
La découverte du corps de Céline provoque une onde de choc au Royaume-Uni comme en France. En quelques jours, l’affaire devient l’une des plus importantes enquêtes criminelles britanniques de la fin des années 1990. La police mobilise des moyens considérables afin d’identifier le chauffeur aperçu à Chieveley Services.

Les enquêteurs savent qu’ils disposent de peu d’éléments. Le meurtrier semble être un routier habitué aux grands axes britanniques, capable de traverser plusieurs comtés sans attirer l’attention. Très rapidement, les forces de l’ordre commencent à passer au crible les enregistrements d’autoroutes, les tickets de péage, les stations-service et les aires de repos fréquentées par les poids lourds.
Le témoignage de Roger Bouvier devient central dans l’enquête. Le chauffeur français décrit un homme calme, relativement discret, au regard froid. Grâce à son récit, un portrait-robot est diffusé dans tout le pays. Les médias britanniques relaient massivement l’affaire. Des émissions spéciales sont consacrées à la disparition de Céline et des milliers d’appels affluent vers les services de police.
Pendant ce temps, les experts médico-légaux examinent minutieusement le corps de la jeune Française ainsi que les vêtements retrouvés à proximité. Plusieurs traces biologiques sont isolées. Pour les enquêteurs, l’espoir repose désormais sur l’ADN. Mais en 1995, les bases de données génétiques sont encore limitées.
La police décide alors de lancer une opération sans précédent. Des milliers de chauffeurs routiers sont invités à fournir volontairement un échantillon salivaire afin d’être comparés aux traces retrouvées sur la scène de crime. L’opération est immense. Des barrages sont installés sur certaines routes stratégiques et les enquêteurs interrogent méthodiquement des conducteurs venus de tout le Royaume-Uni.
Malgré cette mobilisation exceptionnelle, l’enquête semble piétiner pendant plusieurs mois. Puis un nom attire l’attention des policiers : Stuart Campbell Morgan. Morgan est un chauffeur routier gallois âgé de 37 ans au moment des faits. Il travaille régulièrement sur les axes empruntés par les poids lourds dans le sud de l’Angleterre. Physiquement, il correspond au portrait diffusé par la police. Plus troublant encore, il conduit un camion très similaire à celui décrit par Roger Bouvier : un Mercedes blanc équipé d’une remorque réfrigérée.

Lorsque les enquêteurs interrogent Morgan, celui-ci nie toute implication. Il affirme ne jamais avoir rencontré Céline Figard et prétend ne rien savoir de l’affaire. Pourtant, plusieurs incohérences apparaissent rapidement dans ses déclarations. Des analyses scientifiques menées dans son camion révèlent alors des éléments accablants : des traces de sang appartenant à Céline sont découvertes à l’intérieur du véhicule. Les experts retrouvent également des fibres et différents indices matériels reliant directement la jeune femme au poids lourd de Morgan.
Mais c’est surtout l’ADN qui va faire basculer l’enquête, car les prélèvements effectués sur le corps de Céline correspondent au profil génétique de Stuart Morgan. Face à ces résultats, le chauffeur routier est arrêté puis inculpé pour enlèvement, viol et meurtre.
Le procès s’ouvre en octobre 1996 devant la Crown Court de Winchester. Pendant plusieurs semaines, les jurés découvrent le parcours de Céline, les circonstances de sa disparition et les conclusions glaçantes des experts médico-légaux. L’accusation soutient que Morgan a profité de la vulnérabilité de la jeune Française, seule sur une aire d’autoroute à la tombée de la nuit, avant de l’agresser sexuellement puis de la tuer dans son camion.
Les débats sont particulièrement éprouvants pour la famille Figard, présente durant les audiences. Stuart Morgan, de son côté, continue de nier les faits. Ses avocats tentent de remettre en cause certaines preuves scientifiques et suggèrent que les traces ADN auraient pu être transférées accidentellement. Mais l’accumulation des preuves finit par convaincre les jurés de sa culpabilité.
Le 18 octobre 1996, après plusieurs heures de délibération, Stuart Morgan est reconnu coupable du meurtre de Céline Figard. Le juge le condamne à la prison à perpétuité. Malgré sa condamnation, Morgan continuera pendant des années à proclamer son innocence depuis sa cellule.
En janvier 1996, le corps de Céline a été rapatrié en France pour recevoir une sépulture digne. Elle est enterrée à Scey-sur-Saône-et-Saint-Albin.
Plus de trente ans après les faits, l’affaire Céline Figard reste l’un des crimes les plus marquants des années 1990 au Royaume-Uni. Son meurtre a profondément choqué l’opinion publique britannique et française, notamment en raison des circonstances glaçantes de sa disparition et de l’immense traque policière qui a suivi. L’enquête a également marqué un tournant dans l’utilisation des analyses ADN à grande échelle au Royaume-Uni.
































































