Candace Newmaker : morte lors d’une thérapie controversée.

Candace Tiara Elmore est née le 19 novembre 1989 à Lincolnton, dans le comté de Lincoln en Caroline du Nord. Elle était la fille biologique de Todd et Angela Elmore, elle avait également une soeur, Chelsea, et un frère, Michael. Les enfants Elmore vivaient dans un foyer dysfonctionnel d’où ils finirent par être retirés par les services sociaux avant d’être séparés. Par la suite, ses parents seront déchus de leurs droits parentaux.

En 1996 Candace se fera adoptée par Jeane Elizabeth Newmaker et changera de nom pour prendre le sien, devenant ainsi Candace Elizabeth Newmaker. Jeane était une femme célibataire qui exerçait en tant qu’infirmière praticienne en pédiatrie. Elle avait toujours voulu avoir un enfant et ne voulait pas attendre d’être mariée pour en avoir un, ce qui la poussera à se tourner vers l’adoption.

Jeane va vite déchanter lorsqu’elle s’aperçoit que la petite Candace ne semble éprouver aucun attachement pour elle, refusant ses câlins et autre marque d’affection. De plus, l’enfant a des comportements qui commencent à l’inquiéter. Selon ses dires, Candace avait froidement tué ses poissons rouge et aimait particulièrement jouer avec des allumettes. Elle était également décrite par Jeane comme ayant un manque d’empathie et pouvant devenir agressive à la maison. Ses professeurs, en revanche, la décrivent comme une petite fille sérieuse, polie, douce et travaillant assidûment. Jeane finira par lui faire consulter un psychiatre, et ce dernier va prescrire un traitement médicamenteux pour la petite fille qui ne fera qu’aggraver la situation.

Au début de l’année 2000, alors qu’elle cherche toujours une solution pour sa fille, Jeane rencontre le psychologue William Gobles. Elle lui explique la situation avec sa fille, et le psychologue lui dit qu’il pense que Candace souffre d’un grave trouble de l’attachement. Il va lui recommander des séances de Rebirthing, que l’on peut traduire par « renaissance » et qui est aussi appelé « thérapie de l’attachement. » Il s’agit d’une thérapie pseudoscientifique très controversée et utilisée sur les enfants adoptés ayant des problèmes de comportement, le but étant d’améliorer la relation de l’enfant avec ses parents adoptifs. Sur les conseils de William Gobles, Jeane et Candace se rendent à Evergreen dans le Colorado en avril 2000, afin de commencer la thérapie d’une durée de deux semaines et facturée 7000$. La thérapie était réalisée par Connell Watkins, une femme ne possédant aucune licence mais pouvant tout de même exercer.

Connell Watkins

Lors des premières séances, Jeane voit des changements positifs chez sa fille qui semble devenir plus douce et qui accepte même de lui faire un câlin. Le 18 avril 2000, Connell Watkins veut mettre en pratique une séance plus intensive de rebirthing, qui doit avoir lieu dans son bureau à son domicile. Watkins commence en douceur, demandant à Candace de dessiner des objets puis elles discutent ensemble. Durant la discussion, Candace se met à bâiller et Watkins lui demande si elle a assez dormi. La fillette lui répond qu’elle a fait un cauchemar dans lequel elle mourait.

Peu après, la thérapie commence. Watkins est aidée par Julie Ponder, une thérapeute conjugale et familiale agréée en Californie ayant récemment déménagé dans le Colorado. Il y avait également deux assistants nommés Brita St Clair et son compagnon Jack McDaniel. Jeane Newmaker assiste également à la séance de thérapie qui est filmée. Candace est entièrement enroulée dans une couverture censée symboliser le ventre de sa mère, elle est également recouverte d’oreillers pour simuler un utérus. On lui explique qu’elle est censée simuler sa naissance pour l’aider à créer un lien avec sa mère adoptive. Les deux thérapeutes et les assistants s’assoient de tout leur poids sur elle et lui disent qu’elle doit se débattre pour se frayer un chemin hors de la couverture afin de renaître.

Une séance de rebirthing ( il ne s’agit pas de Candace )

Au bout de quelques minutes, Candace est toujours incapable de se libérer et elle commence à paniquer. Elle les supplie d’arrêter et leur dit qu’elle ne peut pas respirer, mais personne ne l’écoute. Julie Ponder lui demande « Tu veux renaître ou tu veux rester ici et mourir ? », mais Candace ne parvint pas à lui répondre alors qu’elle appelle à l’aide, suppliant pour qu’on la laisse respirer. Au bout de 20 minutes de torture Candace leur dit qu’elle est en train de mourir, ce à quoi Watkins lui répond : « C’est plus facile de mourir. Il faut beaucoup de courage pour naître. » Terrifiée, l’enfant vomi et défèque à l’intérieur de la couverture sous l’indifférence des adultes. Au bout de 40 minutes Jeane lui demande si elle veut renaître, et Candace répond faiblement « Non. » Ce sera son dernier mot.

Bouleversée par le comportement de sa fille qu’elle interprète comme un refus de renaître, Jeane est invitée à quitter la pièce avec les assistants, laissant Watkins et Ponder seules avec Candace. Elles continuent à lui dire des choses cruelles sans réaliser que la petite fille est inconsciente. Au bout de 70 minutes, la séance prend fin. En ouvrant la couverture, les thérapeutes se rendent compte que la petite fille est immobile dans son vomi. Juste après, Jeane revient dans la pièce et réalise que quelque chose ne va pas avec Candace. Elle lui pratique un massage cardiaque tandis que Watkins appelle le 911. Candace est transportée en urgence à l’hôpital de Denver où elle décède le lendemain.

Le procès de Connell Watkins, Julie Ponder, Jeane Newmaker, Jack McDaniel et Brita St Clair s’ouvre en 2001. Watkins va d’abord affirmé que la mort de Candace était un accident, mais les enregistrements des séances de Candace seront retrouvés et montrés aux jurés, ce qui constituera une preuve suffisante contre elle et les autres accusés. Jack McDaniel tentera de justifier leur indifférence face aux supplications de Candace, disant qu’ils croyaient qu’il s’agissait simplement d’un caprice.

Watkins et Ponder sont reconnues coupables de maltraitance d’enfant ayant entraîné la mort et ont été condamnées à 16 ans de prison. McDaniel et St Clair sont condamnés à 10 ans de mise à l’épreuve ainsi qu’à 1000 heures de travaux d’intérêt généraux. Quant à Jeane Newmaker, elle est condamnée à 4 ans de prison avec sursis. Connell Watkins sera finalement libérée sur parole en 2008, tout en restant sous surveillance et ayant l’interdiction d’exercer auprès des enfants.

Connell Watkins et Julie Ponder
Jack McDaniel et Brita St Clair

La mort de Candace lors d’un rebirthing n’est malheureusement pas un cas isolé. D’autres cas d’enfants décédés lors de thérapies de l’attachement ont été signalés dans les années 1990. Parmi eux, le cas de Krystal Tibbets, trois ans, morte en 1995 après que des thérapeutes aient conseillé à son père adoptif des pratiques similaires à celles utilisées pour Candace. La petite Krystal est morte asphyxiée et son père sera condamné à cinq ans de prison. Sa mère ne sera pas jugée.

L’un des professeur de Candace, profondément touché par sa mort, va militer pour faire interdire cette pratique. Il va d’abord demander l’aide de Jeane, mais celle-ci refusera. La « loi Candace » sera finalement adoptée par l’Etat du Colorado et de la Caroline du Nord en 2001, interdisant ainsi la thérapie du rebirthing.

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