Le mystère de l’inconnue d’Isdal.

Nous sommes le 29 novembre 1970 en Norvège. Ce jour là, un père et ses enfants font une randonnée dans la vallée d’Isdal autour du mont Ulriken. Alors qu’ils entrent dans une clairière en plein coeur de la forêt, ils font une terrible découverte. Caché entre les rochers se trouve le cadavre à moitié calciné d’une femme nue. Lorsque les policiers arrivent sur les lieux, ils découvrent non loin du corps un parapluie, des bouteilles en plastique fondues, une verre, une cuillère en argent, des bouts de vêtements, une bouteille d’alcool, un morceau de plastique endommagé ressemblant à un passeport. Les étiquettes de ses vêtements ont été coupées, le fond des bouteilles en plastique a été gratté, et on trouve également un peu de pétrole sous le corps. Le cadavre dégage une odeur pestilentielle, laissant supposer qu’il se trouve ici depuis plusieurs jours.

Lors de l’autopsie, on constate que la femme a ingéré plus d’une cinquantaine de somnifères dans les heures qui ont précédé sa mort, elle n’aurait jamais eu d’enfants et on constate également la présence d’un bleu dans son cou. Peu après, deux valises appartenant à cette femme sont retrouvées consignées à la gare de Bergen. A l’intérieur se trouve plusieurs lunettes de soleil (sur l’une d’elle on découvre une empreinte digitale concordant avec le corps), une perruque, des cuillères en argent semblables à celle trouvée près du corps, une ordonnance dont la date et le nom du médecin ont été effacés… Un sac provenant du magasin de chaussures Oscar Rørtvedt dans la ville de Stavanger est également trouvé, ainsi qu’un carnet contenant des codes étranges, tel que « 11 M 16 ML ».

Lorsque les enquêteurs se rendent à la boutique de chaussure, le fils du gérant dit qu’il se souvient d’une femme étrangère venue trois semaines plus tôt pour acheter des bottes en caoutchouc bleues, ces mêmes bottes qui ont été trouvées près du cadavre. Il la décrit comme étant une femme de taille moyenne, avec des yeux bruns, des cheveux noirs, de jolies jambes. Il ajoute que la femme semblait hésitante, elle mettait du temps à se décider et ne parlait pas très bien anglais. Ce témoignage va permettre d’établir un portrait-robot.

Portrait robot

Les enquêteurs vont commencer à retracer son parcours en commençant par l’hôtel Saint Svithun, où elle s’est enregistrée sous le nom de Finella Lorck et prétendait venir de Belgique. Par la suite, on découvre qu’entre mars et novembre, cette femme a séjourné dans plusieurs hôtels à travers l’Europe et la Norvège sous différentes identités. Avec ces faux noms, cette perruque et ces mystérieux codes écrits dans le carnet, la police pense avoir affaire à une espionne.

Petit à petit, l’étrange voyage de cette femme prend forme grâce aux témoignages. Elle aurait voyagé en Allemagne, en France, en Suisse, en Suède et en Norvège. Fin octobre, elle aurait prit un avion depuis Paris pour attérir en Norvège, où elle a séjourné à Stavanger, Olso, Trondheim et Bergen. Elle aurait été vue pour la dernière fois le 23 novembre 1970 alors qu’elle quittait l’hôtel Hordaheimen où elle réglait le montant de sa chambre, avant de prendre un taxi pour la mener à la gare de Bergen où ses valises furent retrouvées. Le personnel de l’hôtel la décrivit comme une femme ayant entre 30 et 40 ans, environ 1m64, bronzée, des hanches larges. Ils précisent qu’elle sortait rarement de sa chambre, qu’elle avait une mine sombre et semblait méfiante. Les témoins qui ont croisé sa route à travers son voyage ont rapporté qu’elle parlait plusieurs langues, dont l’allemand, le français, l’anglais et le néerlandais. Elle prétendait être née entre 1943 et 1945, et selon où elle se trouvait elle disait soit qu’elle voyageait, soit qu’elle rendait visite à de la famille. Elle disait à qui voulait l’entendre qu’elle était décoratrice, secrétaire ou antiquaire. Des employés disent l’avoir vu parler à des hommes dans plusieurs langues. Des analyses de son écriture nous apprennent également qu’elle aurait pu être scolarisée en France ou en Belgique.

La gare de Bergen, où les valises de l’inconnue furent retrouvées.

Pour en revenir au pourquoi du comment, on pense d’abord à un suicide à cause de tous ces somnifères retrouvés dans son organisme. Mais tous les enquêteurs ne sont pas convaincus. Plusieurs théories voient le jour. Dans le contexte de l’époque où on était en pleine guerre froide, et à en juger par ses fausses identités et faux passeports, on pense que cette femme était bien une espionne. De plus, ses déplacements correspondent à des essais de missiles norvégiens top-secrets, et un témoin affirme l’avoir aperçue en train d’observer des essais militaires à Stavanger. De plus, entre les années 1960-1970, la Norvège a connu diverses disparitions mystérieuses à proximité d’installations militaires.

 « Personnellement, je suis convaincu qu’il s’agit d’un meurtre. Elle avait plusieurs identités, elle utilisait des codes, portait des perruques, voyageait de ville en ville, et changeait d’hôtel après quelques jours. C’est ce que les policiers appellent un comportement conspirateur. De plus, ses voyages en Europe ont dû lui coûter de l’argent. Où a-t-elle trouvé cet argent si personne ne lui fournissait ? » déclare Knut Haavik, un reporter local spécialisé dans le crime.

32 ans plus tard, soit en 2002, un témoignage d’un homme fait surface : le 24 novembre 1970, alors âgé de 26 ans, il était en train de faire une randonnée dans la vallée d’Isdal. C’était en fin d’après-midi et il commençait à faire sombre. Il aurait alors croisé la route d’une femme habillée d’une manière inadaptée pour une randonnée en montagne. Elle semblait terrifiée et était suivie de près par deux hommes en noir d’apparence étrangère. Après la découverte du corps, ce témoin a reconnu la femme sur le portrait-robot mais un policier lui aurait dit : « Oubliez-la, elle a été liquidée. L’affaire ne sera jamais résolue ».

A ce jour, on se pose encore beaucoup de questions sur son existence, mais la théorie la plus plausible reste celle d’une espionne oeuvrant dans le contexte de la guerre froide. Cette femme qu’on appelle désormais l’Inconnue d’Isdal est enterrée le 5 février 1971 au cimetière de Møllendal à Bergen, sous une pierre tombale sans nom et dans un cercueil qui ne se décompose pas, afin que le mystère sur son identité puisse être percé un jour.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s