Le meurtre d’Eva Bourseau : retrouvée dans une malle.

Eva Bourseau

Eva Bourseau est née le 5 avril 1992 à Toulouse. Elle est la fille unique de Christophe et Sylvie. A l’âge de trois ans, ses parents se séparent et elle part vivre avec sa mère dans le Lot, où son père vient lui rendre visite toutes les deux semaines. Eva est décrite comme ayant un fort caractère qui s’est manifesté très jeune. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds et disait qu’elle voulait devenir une femme d’affaires. Eva était très proche de sa famille et entretenait également de bonnes relations avec sa belle-mère et les enfants de cette dernière.

A l’adolescence, Eva désire se démarquer et ne pas se fondre dans la masse. «Je pense qu’elle aimait bien ne ressembler à personne. Être à contre-courant.» confie sa belle-mère Christine. Après avoir obtenu son bac, elle s’inscrit en 2011 en première année de japonais à l’Université du Mirail, à Toulouse. L’été qui suit, ses parents lui offre même un voyage au Japon, où elle partira avec une amie. Malheureusement, Eva rate sa première année.

Eva finira par se lier d’amitié avec une certaine Maud, et les deux filles deviennent inséparables. «Ça a été “un coup de foudre amical”», explique Maud. «Ce que je préférais chez elle, c’est vraiment son franc-parler. Je savais que c’était une amie sincère. Elle allait pas te dire: “Ah mais oui… cette robe, elle te va bien…” Non, non! Elle n’avait pas sa langue dans sa poche, donc tu pouvais être honnête avec elle, et elle était honnête avec toi. C’était quelque chose de vrai. Et puis c’était une personne joyeuse, c’était agréable d’être avec elle.»

En 2014, Eva et Maud arrêtent d’aller en cours. Maud fini par se réorienter et part faire ses études dans le sud-est. Ce sera un coup dur pour Eva. « Je pense qu’elle s’est sentie un peu abandonnée. Je saurais pas dire si elle m’en voulait vraiment. Peut-être un peu. Peut-être qu’elle m’en voulait aussi de moi, avoir trouvé ma voie, et pas elle… Je ne sais pas.», admet Maud.

Eva commence à beaucoup sortir le soir et faire souvent la fête. Lorsque Maud lui rend visite pour les vacances de Pâques, Eva lui avoue se droguer de plus en plus. Maud consommait aussi à l’époque, mais avait arrêté après un bad trip. Eva, de son côté, avait rencontré de nouveaux amis et avait essayé le LSD. A partir de mai 2015, elle commence à dealer. Grâce à l’argent qu’elle y gagne, elle compte partir en Nouvelle-Zélande et en Croatie. Lorsque son père lui demande où elle trouve l’argent pour partir, Eva lui répond qu’elle vends des choses. Son père pense à tout, sauf à la drogue. Eva finira par avouer à sa mère qu’elle prend de la drogue occasionnellement, mais Sylvie ne comprend pas ce que sa fille lui raconte, c’est un monde totalement à part pour elle. Sur le coup, elle pense qu’Eva dépanne des amis.

En août 2015, cela fait plusieurs jours qu’Eva ne donne pas de ses nouvelles. Deux de ses amies pensent d’abord qu’Eva boudait après avoir mal prit leurs remarques sur sa consommation de drogue. Mais très vite, ses amis et sa famille commencent à s’inquiéter, surtout qu’Eva avait pour habitude de parler quotidiennement avec ses proches par téléphone ou sur les réseaux sociaux. Cela faisait maintenant une semaine que la jeune femme se faisait silencieuse.

Sonia*, une voisine d’Eva, est persuadée d’avoir déjà entendu des bruits suspects chez Eva très tôt le matin, comme des cris étouffés. Sonia avait prévenu son colocataire Thomas*, ne sachant pas si elle devait appeler la police, et ce dernier ne s’était pas alarmé sur le coup.

Mais depuis plusieurs jours, une odeur nauséabonde a envahi l’immeuble. Et lorsque Thomas a entendu la porte du bas s’ouvrir, des pas lourds passer devant sa porte et grimper jusqu’au studio, il est monté voir. «Et là, je sens l’odeur. Puissance 10.000.» Thomas sonne chez Eva, pas de réponse. «Et là, aucun bruit. Rien du tout. J’entends rien du tout. Ni marcher, ni grincement de parquet, ni même quelqu’un respirer derrière la porte.» Il sent pourtant une présence derrière la porte. Il envoie un texto à l’amie d’Eva : «Y’a quelqu’un chez elle. Je suis allé toquer, ça n’a pas répondu. Je suis sûre que c’est pas elle, faut pas se foutre de ma gueule.» Thomas ne peut rien faire de plus car il doit partir travailler. Lorsqu’il descend au rez-de-chaussé, il se rend compte que la porte d’entrée de l’immeuble est grande ouverte. Or, tous les habitants de l’immeuble ont pour habitude de fermer la porte car n’importe qui peut s’introduire.

Le 3 août 2015, n’y tenant plus, Sylvie rejoint Toulouse en voiture et part d’abord rejoindre une amie d’Eva, Camille*, qui hébergeait la jeune femme avant qu’elle n’emménage au 38 rue Merly. Camille se rend à l’immeuble d’Eva et y rejoint Thomas. Comprenant que quelque chose n’allait vraiment pas, ils appellent les pompiers. Amélie*, une autre amie d’Eva, et prévenue et elle fonce au 38 rue Merly. Lorsqu’elle arrive, les pompiers et la mère d’Eva sont déjà là.

Un pompier monte jusqu’au velux de la chambre d’Eva, et il remarque que la vitre est recouverte d’un papier. Sachant que quelque chose ne va pas, il donne l’ordre d’enfoncer la porte d’Eva. Les pompiers pénètrent d’abord dans le salon, et remarquent que la chambre d’Eva est calfeutrée par du ruban adhésif et qu’un gilet est roulé en bas pour empêcher l’air de passer. Lorsqu’ils enfoncent la porte, ils sont assaillis par une odeur putride. Les pompiers remarquent alors une malle au pied du lit. A l’intérieur, un corps recroquevillé et parsemé de coupures baigne dans un étrange liquide.

Thomas essaie d’entrer dans l’appartement d’Eva, mais un pompier l’en empêche et lui confie qu’ils ont certainement affaire à un homicide. Thomas comprends alors que les cris entendus par Sonia, l’odeur, la porte d’entrée de l’immeuble ouverte et les grincements de plancher prenaient tout leurs sens.

La mère d’Eva s’effondre. Un pompier demande à Amélie et Camille si la jeune femme avait un signe distinctif. Oui, le tatouage d’une chouette dans le dos. Aucun doute possible, il s’agit bien d’Eva.

Christophe Bourseau reçoit un appel de son ex-femme qui se trouve au commissariat. Elle lui annonce que Eva est morte. Christophe et Christine rejoignent Toulouse, sous le choc. Maud, la meilleure amie d’Eva, est également prévenue. A 23h, le capitaine de police Fabrice Sans et le procurer Boyer se retrouvent dans l’appartement. Plusieurs sacs poubelles sont posés à l’entrée, il y a également un pied de biche, un seau rempli d’insectes baignant dans un liquide, des mouches mortes… Fabrice Sans découvre également de la chair brûlée dans la malle.

Le médecin légiste constate que le corps d’Eva est recouvert d’un linge noir et que son visage est méconnaissable tant il est défiguré. A un moment, il se mit à contempler ce qui se trouvait sur la porte de la chambre d’Eva : «Pendant vingt minutes, je suis resté devant. C’était un portant à photos. J’ai vu cette fille. J’ai découvert sa vie. Ses amies. Sa famille. Des photos de fêtes…Pour nous, un corps, c’est un corps. De voir toutes ces photos… Ça me l’a rendue humaine.»

Peu de temps après, Lolita, une voisine d’Eva qui revenait de vacances, découvre ce qui s’est passé au-dessus de chez elle en lisant les nouvelles sur internet. Le nom d’Eva Bourseau tourne en boucle sur toutes les chaînes. Elle dit: «C’était comme un film». Thomas, lui, s’en ait longtemps voulu. Il avait souvent plaisanté avec Sonia sur la possibilité qu’Eva puisse être morte dû à son manque de nouvelle. Aujourd’hui, il regrette : « Mon instinct m’avait agressé toute la semaine et moi, je ne l’ai pas écouté.»

«Quand tout le monde fut parti, raconte Lolita, on s’est retrouvés tous les quatre dans l’immeuble. La clé avait été changée, et tout était fermé. Thomas nous a dit: “On monte pour regarder?” On pouvait regarder sous la porte. On est monté tous les quatre, tout doucement, et on a regardé. On voyait l’appartement, on voyait que quelqu’un avait fouillé.»

Le 5 août 2015, soit deux jours après la découverte du corps d’Eva, un jeune homme se rend au commissariat et assure avoir des informations à livrer sur l’affaire. Il s’appelle Taha Mrani Alaoui, il a 21 ans et est marocain. Dans la soirée du même jour, alors qu’il rentre de sa journée de travail, Zakariya Banouni est arrêté chez lui par les forces de l’ordre.

C’est à l’université que Taha rencontre Zakariya Banouni, en 2014. Taha avait trois ans de plus que Zakariya, et tous deux étaient de brillants étudiants en mathématiques. Zakariya commence à se faire initier par son ami aux drogues : LSD, MDMA, champignons hallucinogènes… C’est début 2015 que les deux hommes font la connaissance d’Eva. Tous se fournissent en drogue auprès du même dealer, Guillaume.

Au commissariat, Taha affirme Zakariya était venu le voir, paniqué, en lui disant : « Mec, j’ai vraiment fait de la merde, j’ai tué Eva. » Taha dit ensuite qu’il ne s’est pas exactement ce qui s’est passé entre Zak et Eva, il savait juste qu’ils s’étaient disputé et que Zakariya avait frappé la jeune femme au visage avec un poing américain. Il prétend également qu’Eva avait 6000 euros de dette envers leur dealer.

Lorsque l’avocat Me Jonathan Bomstain rencontre Zakariya dans les geôles du commissariat, il ne faut pas longtemps pour que le jeune homme lui avoue tout. «Il me raconte tellement de choses, de façon spontanée… On sent que ça sort des tripes. C’est comme si on avait mis toutes les nuances du désespoir humain dans un pot. Et en même temps, du soulagement.»

Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2015, Taha et Zakariya étaient allés chez Eva dans le but de lui voler la drogue achetée à leur dealer et prendre de l’argent afin que Taha rembourse ses dettes. Mais Eva était chez elle et ne semblait pas décidée à partir dans la soirée. Ils sonnent une première fois chez la jeune femme, où ils passent la soirée à se droguer tous les trois et à regarder des documentaires. Puis ils repartent. Alors qu’ils s’éloignent du domicile d’Eva, ils décident de terminer ce qu’ils avaient prévu et retournent sur leurs pas. Taha sonne à nouveau chez Eva, prétextant avoir oublié ses clefs. Eva leur ouvre, ils remontent.

C’est Zakariya qui a frappé le premier. Il l’a frappée jusqu’à ce qu’elle s’effondre. Tandis que Zak la maintenait au sol, Taha lui a demandé où se trouvait l’argent, Eva lui répond qu’il est derrière le fauteuil. Taha ne le trouve pas et frappe alors Eva au crâne avec son pied de biche. Il fini par trouver l’argent derrière le canapé, et c’est là que Zak remarque que la jeune femme ne respire plus.

Taha décide de s’inspirer d’une scène de la série Breaking Bad où les dealers dissolvent des corps dans de l’acide. Ils achètent plusieurs bidons d’acide chlorhydrique ainsi qu’une malle où ils plient le corps d’Eva pour le faire rentrer. Pendant une semaine, les deux hommes reviennent tous les jours pour contrôler l’état de décomposition du corps. Puis ils découvrent les articles de presse qui parlent du meurtre de la jeune femme.

Durant leurs premières gardes à vue, les deux hommes ont des attitudes et des propos incohérents. Le dealer Guillaume affirmera que Eva n’avait aucune dette envers lui, contrairement à Taha. Pendant ce temps, la presse se déchaîne. Le profil de ces deux étudiants brillants qui commettent l’irréparable fascine. De plus, Zakariya était déjà apparu dans la presse locale : alors qu’il était au lycée, il avait remporté un prix aux olympiades scientifiques avec deux amis, pour l’invention d’une main articulée traduisant la langue des signes. Une photo où l’on voyait le jeune homme souriant accompagnait l’article :

Zakariya en chemise bordeaux, aux côtés de ses amis et de son professeur.

A l’automne 2016, Taha et Zakariya doivent revenir sur les lieux du crime pour une reconstitution. Mais les deux accusés ne sont pas d’accord sur le déroulement des faits. Taha affirme que Eva se trouvait par terre sur le dos tandis que Zakariya se tenait sur elle ; sa version correspond aux constatations médico-légales. Mais dans la version de Zak, Eva est sur le ventre tandis qu’il lui maintient les bras derrière le dos, mais ça ne correspond pas à l’autopsie.

Taha (à gauche en noir) et Zakariya (à droite en gris) lors de la reconstitution.

Le 21 décembre 2018, le verdict tombe : Taha Mrani Alaoui et Zakariya Banouni ont été condamnés respectivement à 30 et 25 ans de réclusion criminelle.

(*) Certains prénoms ont été changés afin de préserver l’anonymat.

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