Une touriste française disparaît au Japon.

Tiphaine Véron est née le 22 juillet 1982. Cette jeune femme originaire de Poitiers est amoureuse de la culture japonaise depuis plusieurs année, mais elle est également passionnée par la musique et le cinéma. Ses proches la décrivent comme une personne joyeuse et amusante, et ayant un bon contact avec les enfants. Elle travaillait d’ailleurs dans un établissement spécialisé pour enfants handicapés.

Tiphaine Véron

Le 27 juillet 2018, Tiphaine atterrit à l’aéroport international de Tokyo. Cela faisait longtemps qu’elle avait planifié ce voyage, elle était très organisée et avait prévu de passer trois semaines au pays du soleil levant. Elle passe une première nuit dans un hôtel proche de l’aéroport, puis le lendemain elle s’en va pour Nikko, une petite ville de la préfecture de Tochigi, au nord de Tokyo. Elle a pour habitude d’être en contact avec ses proches et d’envoyer des photos.

Mais à partir du 29 juillet, Tiphaine cesse de donner de ses nouvelles. Elle aurait été vue pour la dernière à cette même date vers 10h, alors qu’elle quittait son hôtel, emportant seulement un petit sac avec elle. Elle prévoyait d’aller visiter des temples. Le 30 juillet, c’est le gérant de l’hôtel, ne la voyant pas revenir, qui donne l’alerte. L’ambassade de France au Japon prévient la famille Véron et celle-ci arrive à Nikko le 4 août.

Les dernières images de Tiphaine prises par des caméras de surveillance, avant sa disparition.

On remarque qu’elle a laissé toutes ses affaires dans sa chambre d’hôtel, ce qui montre qu’elle comptait évidemment revenir. La famille s’inquiète d’autant plus que Tiphaine est épileptique. Deux thèses sont alors possibles : la thèse de l’accident, ou celle d’un crime. La police penche pour la thèse de l’accident, car en effet, le 28 juillet 2018, le typhon Jongdari s’est rétrogradé en tempête, ce qui a provoqué des pluies torrentielles qui ont rendu certains chemins dangereux. Et Nikko est une ville exposée aux risques naturels, comme les glissements de terrains. Tiphaine étant partie sans équipement approprié, elle aurait sans doute fait une chute mortelle.

Mais pour la famille de Tiphaine, l’accident ne tient pas. Ils pensent que dans ce cas, on aurait retrouvé des affaires de la jeune femme à certains endroits. Les environs furent fouillés, mais hormis ses affaires restées à l’hôtel, aucun objet appartenant à Tiphaine, ni un quelconque autre indice, ne fut trouvé dans la nature. « L’accident est une piste de confort pour la police », assure Damien Véron, son frère. A son tour, Sibylle, la soeur de Tiphaine, ajoute : « La probabilité que ce soit un accident est de plus en plus minime. Compte tenu des recherches menées par la police et par nous-même, une chute derrière l’hôtel est hautement improbable, l’hôtelier lui-même n’y croit pas. En réalité personne n’y croit, sauf la police ».

Le Shinkyô (« Pont sacré »), le premier endroit que Tiphaine a visité à Nikko.

De plus, Tiphaine avait soigneusement planifié son voyage, et grâce à ses notes qui ont été retrouvées dans sa chambre d’hôtel, on apprend qu’elle prévoyait bien de visiter des musées et des temples le 29 juillet, et non de se rendre sur des sentiers de randonnée. L’hypothèse de la police japonaise reste que Tiphaine aurait sans doute pu tomber dans la rivière qui traverse la ville de Nikko. Mais dans ce cas, comment se fait-il que personne n’ait rien remarqué ? Nikko est une ville touristique très fréquentée, des gens auraient forcément vu quelque chose, surtout en plein jour. De plus, on aurait sûrement retrouvé des effets personnels de Tiphaine aux alentours, ou même son corps échoué quelque part. La famille ne croit pas non plus à une disparition volontaire. Tiphaine était très heureuse à l’idée de faire ce voyage et elle n’avait aucune raison de vouloir disparaître d’elle-même. Et une personne qui prévoit de faire une fugue à l’autre bout du monde ne laisse pas toutes ses affaires et son passeport derrière elle.

En septembre 2018, le parquet de Poitiers ouvre une information judiciaire pour enlèvement et séquestration. Le 17 octobre 2018, Sibylle Véron interpelle le président Emmanuel Macron accompagné de Shinzo Abe, le premier ministre japonais. Lors d’une entrevue, elle leur explique que l’avocat de leur famille en France n’a toujours pas reçu le dossier judiciaire de la famille, et s’il serait possible que des policiers français puissent être envoyés au Japon. Selon Sibylle, les deux chefs d’Etats se seraient engagés à ce que les deux pays coopèrent.

Malheureusement, l’enquête piétine et la famille se débrouille essentiellement par ses propres moyens. « Pendant plus d’une année, on a fait énormément de choses », explique Damien. « Je suis allé au Japon au moins 5 mois essentiellement pour faire des enquêtes, des recherches sur le terrain, puisque jamais une enquête, des recherches de grande ampleur sur le terrain n’ont été faites, c’est nous qui les avons financées depuis plus d’un an ». Le choc des cultures se fait rapidement ressentir. « Au Japon, il y a ce fameux phénomène des évaporés, ce qui fait que les Japonais, lorsque les gens disparaissent, ils ne cherchent pas leurs disparus ».

La famille a tenté de géolocaliser le téléphone de Tiphaine, mais cette information reste difficile à obtenir tant qu’il n’y aucune preuve tangible que la disparition de Tiphaine soit liée à un crime, et les compagnies de téléphones n’avaient donc pas le droit de donner ces informations à la police japonaise. Mais grâce à l’aide de Xavier Niel, le fondateur de l’opérateur de téléphonie mobile Free, la famille a pu être mise au courant que le téléphone portable de Tiphaine a été coupé de manière assez brutale : soit on aurait arraché la batterie, soit il aurait été cassé.

« Ce que nous pouvons simplement retenir c’est qu’il y a toujours de trop grandes zones d’ombre. Des témoignages contradictoires, des données sur le téléphone toujours manquantes. De même que des doutes persistent sur le visionnage de certaines caméras. Malgré tout ces problèmes, il n’y a plus d’enquête. D’ailleurs un nouveau témoignage n’a pas été vérifié. Comme il n’y a jamais eu de collaboration judiciaire entre la France et le Japon et que l’envoi de policiers français à Nikko ne semble pas intéresser grand monde… nous allons faire tout ce qu’il faut pour en finir avec ces trous noirs. »

La marche organisée pour Tiphaine le 28 juillet 2019

Un an plus tard, le 28 juillet 2019, la famille de Tiphaine se rend de nouveau à Nikko afin d’organiser une marche pour marquer l’anniversaire de sa disparition. Ils en profitent également pour remercier les habitants de Nikko pour leur aide et leur accueil. « On continue à demander leur soutien, on sait qu’on peut compter sur eux. Nous allons continuer à nous battre, ça fait un an qu’on se bat. » déclare Damien Véron. « On n’abandonnera jamais » ajoute Anne Désert, la mère de Tiphaine.

En novembre 2019, l’association « Unis pour Tiphaine » est créée. La famille tient également une page Facebook intitulée Unis pour Tiphaine Véron. A ce jour, ils continuent de lutter pour la retrouver et pour qu’une enquête s’ouvre au Japon.

Tiffany Whitton : disparue dans un parking.

Tiffany Michelle Whitton est née le 30 janvier 1987 à Marietta, dans l’Etat américain de la Géorgie. Ses parents ont divorcé peu de temps après sa naissance et elle a principalement été élevée par sa mère, Lisa Daniels. Lorsqu’elle était petite, Tiffany était décrite comme une enfant dynamique et enjouée. Mais très vite, elle a commencé à montrer un comportement cleptomane et mythomane : lorsque Tiffany avait deux ans, sa mère trouvait souvent dans son coffre à jouets des objets qui ne lui appartenaient pas, et sa fille lui assurait que c’était la garderie qui les lui avait donnés.

Cela ne fit que s’aggraver à l’âge adulte, en plus du fait que Tiffany devenait de plus en plus rebelle. Prévoyant de devenir vétérinaire, elle abandonne finalement ses études au lycée. Alors qu’elle est encore adolescente, elle tombe enceinte et met son enfant à l’adoption. Elle eut un autre enfant en 2008, une fille, et c’est également à cette période qu’elle commença à prendre de la drogue en plus de continuer à voler dans les magasins.

En mars 2011, Tiffany est arrêtée et inculpée pour invasion de domicile. Elle a déclaré qu’elle voulait simplement récupérer de l’argent qui lui avait été volé, et la police a directement soupçonné qu’il s’agissait d’un paiement pour des médicaments que la victime ne lui aurait pas livré. Tiffany se serait également faite quitter par son compagnon de l’époque pour infidélité et virée par sa colocataire Sheila Fuller pour vol.

Tiffany fit un court séjour en prison en 2012. Sa mère Lisa Daniels, qui élevait la fille de Tiffany, tenta de la ramener à la raison en lui posant un ultimatum : tant qu’elle ne se sera pas prise en main, Tiffany n’aura plus le droit de voir de sa fille. A sa sortie de prison, la jeune femme entra dans un centre de désintoxication, et finira par trouver un emploi dans un IHOP à Marietta, en Georgie.

Peu après que sa colocataire l’ait expulsée, Tiffany fit la rencontre d’Ashley Caudle avec qui elle commença une relation amoureuse. Tous deux commencèrent à se droguer ensemble, notamment avec de la méthamphétamine et de l’héroïne, à laquelle Tiffany devint accro. La relation entre Tiffany et Ashley était explosive, la police fut même appelée à cause d’une dispute qui aurait dégénéré dans un motel. Peu après, alors qu’ils s’étaient installés dans un parc à caravanes, ils furent expulsés à cause de leurs bagarres et disputes incessantes.

Ashley Caudle

Les déboires de Tiffany commencèrent à se répercuter à son travail, elle arrivait souvent en retard et se présentait avec des marques d’aiguilles sur ses bras. Elle fut également filmée par des caméras de sécurité en train de voler dans l’IHOP. Lisa Daniels fini par couper tout contact avec sa fille.

Tiffany, Ashley et la fille de ce dernier finirent par s’installer dans une maison à Powder Springs. Dans la nuit du 12 septembre 2013, ils se sont rendus chez un ami, Stephen Weinstein, pour se droguer. Le 13 septembre à 1h du matin, ils se rendirent au Walmart de Marietta où ils firent leurs courses. Sur les caméras de surveillance, nous voyons Tiffany se promener avec son chariot puis enlever des vêtements pour les replacer. Les agents qui visionnaient les images des caméras ont commencé à croire que Tiffany cachaient des vêtements volés, comme elle l’avait déjà fait auparavant.

Les dernières images de Tiffany dans un Walmart

A 2h du matin, Tiffany voulait continuer de faire les courses, mais Ashley lui répondit qu’il devait aller ailleurs. Après que Ashley ait payé ses achats, Tiffany abandonne son chariot et se dirige vers la sortie. C’est à ce moment-là que des agents de sécurité se sont présentés à elle, la soupçonnant d’avoir volé des vêtements. Ashley s’arrête devant les portes de sortie et Tiffany l’appelle sans qu’il lui réponde. Un agent se mit à agripper la sangle de son sac à main, et c’est alors que Tiffany aurait lâché son sac et retiré ses tongs pour courir jusqu’au parking. Ni Ashley ni les agents de sécurité ne la suivirent.

Peu après, Ashley serait sorti du magasin pour chercher Tiffany sur le parking après avoir récupéré le sac à main de la jeune femme. Il n’entra pas dans son camion car il y cachait de la drogue et craignait d’être arrêté. Ne trouvant pas sa compagne, il alla chercher dans les magasins voisins jusqu’au IHOP où elle avait travaillé. L’ancienne colocataire de Tiffany, Sheila Fuller, croisa la route d’Ashley, assis sur le banc extérieur d’un restaurant, seul, à 2h du matin. Ashley lui expliqua qu’il avait perdu la trace de Tiffany, et Sheila lui demanda alors comment il comptait la trouver en restant assis sur un banc. L’homme lui répondit qu’il attendait que des amis devaient venir le chercher.1h30 plus tard, Stephen Weinstein récupéra Ashley en voiture.

Les jours passèrent. La mère de Tiffany n’était pas étonnée de ne pas avoir des nouvelles de sa fille aussi longtemps. Mais la grand-mère de la jeune femme a commencé à sentir que quelque chose ne va pas. « Ma mère a commencé à s’inquiéter« , explique Lisa Daniels. « Elle pensait que quelque chose était arrivé à Tiffany. Je lui ai dit « Enfin, tu la connais. Elle ne nous contactera sûrement pas si elle n’a pas besoin d’aide. » Plus tard, Lisa Daniels dénoncera également le comportement suspect d’Ashley Caudle : « Ca n’a pas de sens qu’il ne sache pas où elle se trouve et qu’il ne l’ai plus jamais revue. Il sait ce qu’il lui est arrivé et il sait où elle est. » En effet, après la disparition de Tiffany, l’homme n’a jamais prévenu la famille de la jeune femme, ni la police. La mère de Tiffany pense que sa fille est allée se réfugier à la voiture d’Ashley après s’être échappée du magasin. Ashley l’aurait rejoins, ils se seraient disputé et il l’aurait tuée. Ou alors, elle aurait fait une overdose et il l’aurait laissée.

Au grand malheur de Lisa, le détective qui traitait l’affaire ne semblait pas prendre cette disparition au sérieux. Compte tenu du passé de Tiffany, il disait que sa fille reviendrait de son plein gré, ou qu’elle recevrait de ses nouvelles lorsqu’elle se fera de nouveau arrêtée. Le cas de Tiffany fut alors réaffecté à un autre détective, Jonnie Moeller, qui a rapidement compris que ce cas avait quelque chose d’inquiétant. Grâce à l’implication de Moeller, quelques mois plus tard, une équipe de travail multi-juridictionnel chargée de l’application des lois sur les drogues a fait une descente dans la maison de Powder Spring. Il y trouvèrent de la méthamphétamine, des seringues usagées, des armes à feu et de la marijuana. Ashley Caudle et huit autres personnes furent arrêtés. La fille de Caudle fut confiée aux services sociaux.

Même s’il n’existe aucune preuve concrète pour accuser Ashley de la disparition de Tiffany, certains éléments font qu’il reste le principal suspect. En effet, dans son premier récit, Ashley déclare avoir essayé de joindre Tiffany sur son téléphone lorsqu’elle s’est enfuie sur le parking. Ce qui n’est pas logique, car il avait avec lui le sac de Tiffany, dans lequel se trouvait son téléphone. De plus, les enregistrements téléphoniques d’Ashley ne montrent aucun appel au numéro de la jeune femme. Mais Ashley met en avant un autre suspect : un ancien petit ami de Tiffany, également accro aux drogues, était resté sur le parking après que Ashley et Stephen Weinstein soient rentrés chez eux, le soir de la disparition. En décembre 2013, la police intervient à 4h du matin à cause de l’homme qui, dans un état psychotique, avait commencé à donner des coups de pieds dans les portes des maisons en hurlant qu’il était poursuivi par des hommes armés qui voulaient venger une femme à qui il aurait fait du mal.

En juillet 2014, un mandat de perquisition est exécuté chez la mère de Caudle, ils fouillèrent à l’aide de chiens renifleurs, mais rien ne fut trouvé en lien avec la disparition de Tiffany. En 2015, Ashley Caudle est condamné pour possessions de drogues et d’armes à feu illégales.

A ce jour, on ne sait toujours pas ce qui est arrivé à Tiffany Whitton, cette nuit du 13 septembre 2013. A chaque anniversaire de la disparition de Tiffany, sa famille et ses proches participent à un lâcher de ballons dans le ciel. Lisa Daniels gère également la page facebook « Find Tiffany Whitton». « Indépendamment de ce qu’elle a pu faire, de son style de vie, elle mérite d’être retrouvée», dit-elle. «Elle est la fille de quelqu’un, la mère de quelqu’un, la sœur de quelqu’un et mérite d’être trouvée. Elle mérite justice. »

Le mystère de l’inconnue d’Isdal.

Nous sommes le 29 novembre 1970 en Norvège. Ce jour là, un père et ses enfants font une randonnée dans la vallée d’Isdal autour du mont Ulriken. Alors qu’ils entrent dans une clairière en plein coeur de la forêt, ils font une terrible découverte. Caché entre les rochers se trouve le cadavre à moitié calciné d’une femme nue. Lorsque les policiers arrivent sur les lieux, ils découvrent non loin du corps un parapluie, des bouteilles en plastique fondues, une verre, une cuillère en argent, des bouts de vêtements, une bouteille d’alcool, un morceau de plastique endommagé ressemblant à un passeport. Les étiquettes de ses vêtements ont été coupées, le fond des bouteilles en plastique a été gratté, et on trouve également un peu de pétrole sous le corps. Le cadavre dégage une odeur pestilentielle, laissant supposer qu’il se trouve ici depuis plusieurs jours.

Lors de l’autopsie, on constate que la femme a ingéré plus d’une cinquantaine de somnifères dans les heures qui ont précédé sa mort, elle n’aurait jamais eu d’enfants et on constate également la présence d’un bleu dans son cou. Peu après, deux valises appartenant à cette femme sont retrouvées consignées à la gare de Bergen. A l’intérieur se trouve plusieurs lunettes de soleil (sur l’une d’elle on découvre une empreinte digitale concordant avec le corps), une perruque, des cuillères en argent semblables à celle trouvée près du corps, une ordonnance dont la date et le nom du médecin ont été effacés… Un sac provenant du magasin de chaussures Oscar Rørtvedt dans la ville de Stavanger est également trouvé, ainsi qu’un carnet contenant des codes étranges, tel que « 11 M 16 ML ».

Lorsque les enquêteurs se rendent à la boutique de chaussure, le fils du gérant dit qu’il se souvient d’une femme étrangère venue trois semaines plus tôt pour acheter des bottes en caoutchouc bleues, ces mêmes bottes qui ont été trouvées près du cadavre. Il la décrit comme étant une femme de taille moyenne, avec des yeux bruns, des cheveux noirs, de jolies jambes. Il ajoute que la femme semblait hésitante, elle mettait du temps à se décider et ne parlait pas très bien anglais. Ce témoignage va permettre d’établir un portrait-robot.

Portrait robot

Les enquêteurs vont commencer à retracer son parcours en commençant par l’hôtel Saint Svithun, où elle s’est enregistrée sous le nom de Finella Lorck et prétendait venir de Belgique. Par la suite, on découvre qu’entre mars et novembre, cette femme a séjourné dans plusieurs hôtels à travers l’Europe et la Norvège sous différentes identités. Avec ces faux noms, cette perruque et ces mystérieux codes écrits dans le carnet, la police pense avoir affaire à une espionne.

Petit à petit, l’étrange voyage de cette femme prend forme grâce aux témoignages. Elle aurait voyagé en Allemagne, en France, en Suisse, en Suède et en Norvège. Fin octobre, elle aurait prit un avion depuis Paris pour attérir en Norvège, où elle a séjourné à Stavanger, Olso, Trondheim et Bergen. Elle aurait été vue pour la dernière fois le 23 novembre 1970 alors qu’elle quittait l’hôtel Hordaheimen où elle réglait le montant de sa chambre, avant de prendre un taxi pour la mener à la gare de Bergen où ses valises furent retrouvées.

Le personnel de l’hôtel la décrivit comme une femme ayant entre 30 et 40 ans, environ 1m64, bronzée, des hanches larges. Ils précisent qu’elle sortait rarement de sa chambre, qu’elle avait une mine sombre et semblait méfiante. Les témoins qui ont croisé sa route à travers son voyage ont rapporté qu’elle parlait plusieurs langues, dont l’allemand, le français, l’anglais et le néerlandais. Elle prétendait être née entre 1943 et 1945, et selon où elle se trouvait elle disait soit qu’elle voyageait, soit qu’elle rendait visite à de la famille. Elle disait à qui voulait l’entendre qu’elle était décoratrice, secrétaire ou antiquaire. Des employés disent l’avoir vu parler à des hommes dans plusieurs langues. Des analyses de son écriture nous apprennent également qu’elle aurait pu être scolarisée en France ou en Belgique.

La gare de Bergen, où les valises de l’inconnue furent retrouvées.

Pour en revenir au pourquoi du comment, on pense d’abord à un suicide à cause de tous ces somnifères retrouvés dans son organisme. Mais tous les enquêteurs ne sont pas convaincus. Plusieurs théories voient le jour. Dans le contexte de l’époque où on était en pleine guerre froide, et à en juger par ses fausses identités et faux passeports, on pense que cette femme était bien une espionne. De plus, ses déplacements correspondent à des essais de missiles norvégiens top-secrets, et un témoin affirme l’avoir aperçue en train d’observer des essais militaires à Stavanger. De plus, entre les années 1960-1970, la Norvège a connu diverses disparitions mystérieuses à proximité d’installations militaires.

 « Personnellement, je suis convaincu qu’il s’agit d’un meurtre. Elle avait plusieurs identités, elle utilisait des codes, portait des perruques, voyageait de ville en ville, et changeait d’hôtel après quelques jours. C’est ce que les policiers appellent un comportement conspirateur. De plus, ses voyages en Europe ont dû lui coûter de l’argent. Où a-t-elle trouvé cet argent si personne ne lui fournissait ? » déclare Knut Haavik, un reporter local spécialisé dans le crime.

32 ans plus tard, soit en 2002, un témoignage d’un homme fait surface : le 24 novembre 1970, alors âgé de 26 ans, il était en train de faire une randonnée dans la vallée d’Isdal. C’était en fin d’après-midi et il commençait à faire sombre. Il aurait alors croisé la route d’une femme habillée d’une manière inadaptée pour une randonnée en montagne. Elle semblait terrifiée et était suivie de près par deux hommes en noir d’apparence étrangère. Après la découverte du corps, ce témoin a reconnu la femme sur le portrait-robot mais un policier lui aurait dit : « Oubliez-la, elle a été liquidée. L’affaire ne sera jamais résolue ».

A ce jour, on se pose encore beaucoup de questions sur son existence, mais la théorie la plus plausible reste celle d’une espionne oeuvrant dans le contexte de la guerre froide. Cette femme qu’on appelle désormais l’Inconnue d’Isdal est enterrée le 5 février 1971 au cimetière de Møllendal à Bergen, sous une pierre tombale sans nom et dans un cercueil qui ne se décompose pas, afin que le mystère sur son identité puisse être percé un jour.

L'affaire Natalee Holloway : disparue en voyage scolaire.

Natalee Ann Holloway est née le 21 octobre 1986 à Clinton, dans l’Etat américain du Mississippi. Ses parents sont David et Elizabeth Holloway, et elle a un frère cadet nommé Matthew. Alors que Natalee est encore enfant, ses parents divorcent et sa mère se remarie à un certain George Twitty. Par la suite, la famille déménage dans l’Alabama au début des années 2000, s’installant dans la ville de Mountain Brooks.

Natalee était considérée comme une élève brillante et populaire. Elle excellait dans ses activités extrascolaires et avait beaucoup d’amis. Elle fut diplômée du lycée de Mountain Brooke en mai 2005. Elle réussit à décrocher une bourse grâce à ses excellentes notes et comptait intégrer l’université d’Alabama afin de suivre des études de médecine. Pour fêter leurs diplômes, Natalee et d’autres élèvent avaient prévu de faire un voyage scolaire sur l’île d’Aruba. Le 26 mai 2005, c’est plus de 100 élèves et 7 accompagnateurs qui arrivent à Aruba.

Natalee (à gauche) avec des amies

Les adolescents faisaient la fête et consommaient beaucoup d’alcool. Tout le monde passait un bon moment et les étudiants menaient parfois la vie dure à leurs accompagnateurs qui ne pouvaient pas toujours surveiller leurs faits et gestes. Plus tard, l’organisateur de ce voyage scolaire a avoué que personne ne surveillait réellement les étudiants.

La veille du départ, les étudiants voulurent profiter de leur dernière soirée sur l’île, et après le dîner ils se sont rendu dans un bar nommé Carlos’n’Charlie. Au cours de la soirée, Natalee fit la connaissance de Joran van der Sloot, un étudiant hollandais de 17 ans, ainsi que ses deux amis, les frères Deepak et Satish Kalpoe, âgés de 21 et 18 ans. C’est avec eux que Natalee sera vue pour la dernière fois, alors qu’elle quittait le bar pour monter dans une voiture en leur compagnie.

Le lendemain, les élèves et les accompagnateurs sont en route pour prendre leur vol de retour, mais ils remarquent rapidement l’absence de Natalee. L’hôtel où séjournait la jeune femme fut fouillé, et on découvre que ses affaires, sa valise et son passeport étaient toujours dans sa chambre.

Les autorités d’Aruba commencèrent d’importantes recherches, et lorsque les parents de Natalee furent prévenus de la disparition de leur fille ils s’envolèrent immédiatement pour l’île. Le gérant du bar avertit les parents de Natalee de l’identité des trois hommes avec qui leur fille était partie, et les policiers se rendirent directement chez Joran Van der Sloot. Au début, Joran va nier connaître Natalee. Puis il va dire qu’il avait déposé Natalee à son hôtel vers 2h du matin cette soirée là, après avoir été faire un tour sur la plage. Selon lui, Natalee était ivre et lorsqu’il l’avait déposée à son hôtel, elle était tellement saoule qu’elle serait tombée en sortant de la voiture. Elle se serait ensuite faite approcher par un homme en costume noir, semblable à un agent de sécurité, et comme ils semblaient bien s’entendre, Joran et les frères Kalpoe partirent.

Joran Van der Sloot

Le 9 juin 2005, Joran et les frères Kalpoe sont placés en détention provisoire. Joran a rapidement changé sa version des faits et a expliqué qu’après être parti du bar, il aurait emmené Natalee sur une plage, et qu’il aurait ensuite quitté les lieux en laissant Natalee seule. Il ajoute qu’il n’avait pas osé l’avouer dès le début car il se sentait honteux de l’avoir abandonnée. Le jardinier du Racquet Club va apporter un témoignage : il dit avoir vu Joran et les deux frères en train de conduire en direction de son club ce soir-là entre 2h30 et 3h30, et que Joran essayait de cacher son visage. Un autre témoin affirme avoir vu les trois garçons en train d’enterrer une fille blonde dans les dépotoirs de l’île d’Aruba. Les lieux furent fouillés à l’aide d’un chiens de cadavre mais sans succès. La police a pu obtenir un mandat pour fouiller le domicile de Joran, mais rien ne fut trouvé.

Un ruban adhésif fut alors trouvé dans un dépotoir avec des cheveux blonds collés dessus, mais après des tests ADN; il est révélé qu’il ne s’agissait pas de Natalee. Le 3 septembre 2005, les trois garçons sont libérés, faute de preuves. Le 14 septembre, la cour d’appel des Antilles néerlandaises et d’Aruba supprime toutes leurs restrictions. Joran est ensuite rentré aux Pays-Bas.

Par la suite, Joran donnera plusieurs interviews. Dans l’une d’elles, il changera à nouveau sa version des faits. Il dira que lorsqu’il se trouvait sur la plage avec Natalee, ils se seraient embrassé et elle aurait voulu avoir des relations sexuelles. Joran aurait refusé et lui aurait dit qu’il devait partir car il avait cours le lendemain. Les frères Kalpoe seraient venus le chercher et il aurait laissé la jeune femme seule sur la plage. Mais Joran et les frères Kalpoe ne se mettent pas d’accord sur la version de l’histoire. Le 17 mai 2006, Guido Wever, le fils d’un ancien politicien d’Aruba, est arrêté et soupçonné de complicité d’enlèvement et du meurtre de Natalee Holloway. Il sera interrogé pendant six jours, puis relâché après un accord entre le procureur et son avocat.

Grâce à des micros cachés, un journaliste réussit à avoir une autre version sur ce qui s’est passé la nuit de la disparition de Natalee. Joran confessa que lorsqu’il se trouvait sur la plage avec Natalee, la jeune femme aurait commencé à être prise de convulsions et elle serait décédée. Ayant peur d’être accusé de meurtre, il aurait appelé un ami qui lui promettait d’arriver très vite pour venir cacher le corps, et Joran serait alors rentré chez lui.

En novembre 2008, Joran déclare à Fox News que Natalee avait été vendue comme esclave sexuelle et qu’elle se trouvait au Venezuela, mais il se rétracte assez vite. En mars 2010, Joran prend contact avec l’avocat des Holloway et propose de leur dire où est caché le corps de la jeune femme en échange d’une somme de 250 000 $. Mais les enquêteurs vont se rendre compte que les informations fournies par Joran sont fausses et il sera inculpé pour fraude et extorsion de fonds.

Le 30 mai 2010, Joran van der Sloot est à nouveau au coeur d’une affaire ; une étudiante de 21 ans, Stephany Tatiana Flores Ramirez, est retrouvée morte dans une chambre d’hôtel au nom de Van der Sloot. Le 7 juin 2010, Joran avoue avoir tué la jeune étudiante après qu’elle ait compris qu’il avait un lien avec la disparition de Natalee Holloway. Le 11 janvier 2012, Joran van der Sloot plaide coupable pour le meurtre de Stephany Ramirez et est condamné à 28 ans de prison.

Le père de Natalee Holloway a publié un livre : « Aruba : The Tragic Untold Story of Natalee Holloway and Corruption in Paradise» dans lequel il relate l’enquête pour retrouver sa fille. Un téléfilm basé sur le livre d’Elizabeth Holloway (« Living Natalee») nommé « Natalee Holloway : la détresse d’une mère » est diffusé pour la première fois sur la chaîne Lifetime Movie Network en 2009. En 2011 est diffusée la suite « Natalee Holloway : justice pour ma fille». Depuis le 12 janvier 2012, Natalee est déclarée comme officiellement décédée, et son corps n’a jamais été retrouvé.

L’affaire Romain Lannuzel : disparu lors d’un voyage Erasmus.

Romain Lannuzel était un étudiant de 20 ans, originaire du département français du Finistère. Il était le fils de Jean-Michel et Mirelle Lannuzel. Costaud, les yeux bleus, 1m87, Romain est décrit comme un jeune homme sociable, charismatique et amical.

C’est au mois de septembre 2007 que Romain arrive à Barcelone. Il voyageait avec un ami, Renaud, tous deux admis en licence d’anglais dans le programme Erasmus. « Il était super heureux d’être ici, il avait rencontré pleins de gens. » raconte une amie. C’est ici que Romain va fêter ses 20 ans, un mois avant de disparaître. A propos de son ami, Renaud confie : « Romain était quelque qui n’avait aucun problème, ni psychologique, ni financier, ni au niveau de la drogue ou de l’alcool, ni au niveau de ses relations. Cela allait probablement être une des meilleures années de sa vie, c’est pas une année où on décide de commettre un suicide ou de fuguer. »

Renaud, Romain, et une amie.

Au matin du 13 novembre 2007, Romain se rend à un examen. Il retrouve un peu plus tard son ami Renaud. Vers midi, chacun part de son côté. Romain prend le train pour se rendre dans la ville de Sabadell, située dans la province de Barcelone, où il avait trouvé une nouvelle colocation avec deux étudiants espagnols. Au moment de sa disparition, Romain navigue entre deux appartements pour déménager ses affaires. A 18h57, il passe un dernier appel à ses anciens colocataires pour leur dire qu’il viendrait récupérer des affaires dans la soirée. Sa colocataire qui l’avait eu au téléphone confirme que Romain semblait tout à fait normal, et qu’elle n’avait rien noté d’étrange dans sa voix ou autre. Mais le jeune homme ne viendra jamais prendre ses affaires. Par la suite, c’est comme si Romain s’était volatilisé dans la nature.

« Une personne qui passe un examen le matin ne disparaît pas le soir même, ça me paraît incohérent qu’il ai fait une fugue. Pour ça, il faut être fou, et ce garçon n’avait rien d’un fou. » confie un professeur lorsqu’il est interrogé sur la disparition de Romain.

Lorsque les parents de Romain apprennent sa disparition, ils s’envolent vers Barcelone et s’adonnent à d’intenses recherches, mais sans succès. Six ans plus tard, ils engagent un ancien gendarme devenu enquêteur privé, Jean-François Abgrall. Avec sa collaboratrice et psychocriminologue, Sandrine Wattecamps, ils vont passé plusieurs semaines à Barcelone et vont fini par établir un lien entre la disparition de Romain et un équatorien d’une quarantaine d’années nommé Oscar Vincente Castro Cedeno.

En janvier 2012, des policiers ont découvert chez lui le corps d’un jeune américain de 20 ans nommé Crispin Scott, qui avait été drogué et abusé sexuellement. L’équatorien a avoué avoir « chassé des jeunes hommes étrangers à la peau blanche ». Il rencontrait généralement ses victimes via des associations artistiques ou caritatives. Oscar les mettait en confiance pour être hébergé sous leur toit. Les policiers ont également découvert à son domicile des milliers de photos qui mettaient en scènes des jeunes hommes sans vie, parfois nus, et qui correspondaient au profil de ses « proies ». De plus, au moment de la disparition de Romain, Oscar Castro résidait à Barcelone, à seulement 200 mètres de l’endroit où le téléphone de Romain a borné pour la dernière fois. En 2014, Oscar Castro a été condamné à seize ans de prison pour la mort de Scott. Sandrine Wattecamps veut désormais réclamer auprès de la justice catalane l’audition des témoins ayant hébergé Oscas Castro

Le 5 avril 2017, après l’accord des magistrats, les parents de Romain Lannuzel eurent accès à ces photos. Et ils reconnurent formellement leur fils sur l’une d’elles. « Nous avons reconnu Romain sur une des photos. Ce fut un moment très difficile à vivre pour nous. » Néanmoins, l’enquête piétine du côté des autorités catalanes. « Les policiers nous disent désormais que nous nous sommes trompés, qu’il ne s’agissait pas de Romain. Mais dans ce cas, qu’on me dise qui sont ces 90 personnes sur les photos ? » insiste Mirelle, bouleversée. Mais à ce jour, l’accusé n’a toujours pas révélé où est-ce qu’il aurait cacher les corps de ces jeunes hommes, dont celui de Romain. Cependant, Jean-Michel et Mireille sont déterminés à obtenir des réponses. Mireille a apprit l’espagnol pour continuer de parler de la disparition de son fils auprès des autorités locales et que l’affaire ne tombe pas dans l’oubli.

Susan Powell : la disparition d’une mère de famille.

Susan Cox Powell

Susan Cox est née le 16 octobre 1981 dans l’Oregon aux Etats-Unis. Elle était la fille de Chuck et Judy Cox et elle faisait partie d’une fratrie de quatre filles. Les Cox étaient des pratiquants mormons et Susan a toujours démontré une grande implication dans sa foi. Au sein de l’église, Susan s’était fait pleins d’amis et elle était décrite comme ayant une personnalité attirante, drôle et soucieuse des autres. Elle était également très proche de ses parents et de ses soeurs. Ensemble ils formaient une famille soudée.

A l’âge de 19 ans, Susan rencontre Joshua Powell, né en 1976, au sein de l’église des mormons. Il faisait parti d’une famille de cinq enfants et également mormons, mais contrairement à Susan la vie de famille de Joshua était plus chaotique. Ses parents, Steve et Terrica, étaient en conflit permanent et avaient eu un divorce houleux. De plus, Terrica avait reproché à Steve sa renonciation à la religion mormone et l’avait accusé d’avoir partagé de la pornographie à leurs enfants. Tout cela avait fortement perturbé Joshua qui avait fait une tentative de suicide. Après le divorce, Steve Powell a obtenu la garde de trois de ses cinq enfants, dont Joshua.

Joshua était déjà connu par la famille Cox car il avait eu une courte relation avec l’une des soeurs de Susan. Cette dernière avait prévenu Susan du comportement bizarre et agaçant de Joshua, mais cela n’a pas empêché le jeune couple de se marier en 2001.

Joshua et Susan à leur mariage

Après leur mariage et pour cause de problèmes d’argent, Susan et Joshua ont habité quelques temps chez Steve Powell, le père de Joshua. A ce moment-là, les choses ont commencé à s’envenimer car Steve ne cachait pas son attirance obsessionnelle pour sa belle-fille. Il la filmait et la prenait en photo à son insu, il lui volait des sous-vêtements, il lui avait même fait une déclaration d’amour et avait déjà tenté de l’embrasser. Malgré les nombreux refus de Susan, Steve était persuadé que la jeune femme partageait ses sentiments.

En 2003, le couple a pu s’acheter une maison à West Valley City dans l’Utah et ainsi s’éloigner de Steve Powell. Susan a rapidement trouvé un emploi en tant qu’esthéticienne. Joshua, qui avait un baccalauréat en affaires, avait du mal à garder un emploi à cause de ses nombreuses querelles avec ses collègues et patrons.

Dans l’Utah, Susan s’est rapidement fait de nouveaux amis à qui elle confiait ses problèmes de couple. En effet, si Susan était une épouse douce et attentionné, Joshua était plus distant. Le couple se disputait à cause du comportement de Joshua et son refus d’assister aux événements religieux ou aux réunions de famille, ce qui blessait Susan. De plus, Joshua gardait un contact continu avec son père, malgré les avances de celui-ci envers sa femme. En 2005, Joshua et Susan ont accueillit leur premier enfant, un petit garçon nommé Charles, surnommé Charlie. Puis en 2007 est né leur deuxième fils, Braden.

Joshua, Susan et leurs enfants

Rapidement Joshua a commencé à se montrer contrôlant et agressif envers sa femme. Il avait arrêté toute forme d’affection, il contrôlait le salaire de Susan et l’argent qu’elle dépensait. Avec la naissance des enfants, le couple, qui ne roulait pas sur l’or, a commencé à avoir des problèmes financiers. La famille vivait exclusivement du salaire d’esthéticienne de Susan, Joshua n’arrivant pas à trouver un emploi stable.

Joshua a commencé à interdire à Susan de prendre la voiture pour aller travailler car l’essence leur coûtait trop cher. Il obligeait Susan à utiliser un vélo pour aller au travail, lui faisant faire plusieurs kilomètres. De plus, pour économiser davantage, Joshua avait également obligé Susan à s’occuper d’un potager chez eux afin de ne plus payer les légumes. Susan gérait tout à la maison, sans aucune aide de la part de son mari.

Susan commençait à sérieusement envisager le divorce, mais Joshua avait fait pression sur sa femme en lui disant qu’il lui rendrait la vie impossible si elle décidait de se séparer. En 2008, sur les conseils d’un avocat, Susan filme ses possessions ainsi que les dommages matériels provoqués par Joshua. Elle a ensuite commencé à mettre de l’argent sur un compte à part et a écrit un testament secret où elle déclarait : « Je veux documenter quelque part qu’il y a beaucoup de problèmes dans mon mariage. […] Si je meurs, ce n’est pas peut-être pas un accident, même si ça y ressemble. Prenez soin de mes garçons. Je veux que mes parents Chuck et Judy Cox soient très impliqués et qu’ils soient en charge de Charlie et Braden. […] »

Le matin du 7 décembre 2009, la mère et la soeur de Joshua ont prévenu la police car elles avaient été informées que Charlie et Braden n’avaient pas été emmenés à la crèche, et ni Joshua ni Susan ne répondaient au téléphone. Il venait d’y avoir une tempête de neige et ils craignaient que la famille ait succombé à un empoisonnement au monoxyde de carbone chez eux.

Lorsque les policiers sont entrés dans la maison qui était vide, ils ont remarqué un détail intriguant : deux ventilateurs étaient en marche et pointaient vers le canapé. Susan avait également laissé son sac à main et elle ne s’était pas présentée à son travail. Il n’y avait aucun signe de violence ou d’effraction dans la maison, ce qui laissait supposer que les Powell n’avaient pas été victimes d’une intrusion.

La même journée vers 17h, Joshua est rentré chez lui avec ses fils et a tout de suite été emmené au poste de police afin d’être interrogé. Joshua explique qu’il était partie avec ses garçons faire du camping pendant que Susan était restée à la maison. Cela n’avait aucun sens. Qui irait faire du camping avec ses enfants de 4 ans et 2 ans en pleine tempête de neige ? Le 9 décembre, de microscopiques traces de sang appartenant à Susan sont retrouvées dans la maison.

Les microscopiques traces de sang

Le comportement de Joshua devenait de plus en plus suspect. Il avait liquidé les comptes de retraite de Susan, avait retiré ses enfants de la garderie, et selon des collègues de travail Joshua aurait parlé sur la manière de cacher un corps dans le désert de l’Utah. Le fils aîné, Charlie, fut interrogé par la police. Le garçon confirme le voyage pour aller faire du camping. Mais contrairement à Joshua qui prétendait que Susan était restée à la maison, Charlie affirme que Susan était partie avec eux et qu’elle n’était pas revenue. Autre fait troublant, à la garderie, Braden avait fait un dessin représentant une voiture avec trois personnes à l’intérieur, en disant que sa mère se trouvait dans le coffre.

Les policiers fouillèrent la voiture de Joshua, et ils y trouvèrent une scie circulaire, des couteaux, une boîte de gants en latex, une pelle, un générateur électrique. Les policiers voulurent alors fouiller les téléphones portables de Joshua et Susan, mais Joshua avait prit soin de retirer les cartes sim. Peu après, des voisins affirment avoir vu Joshua nettoyer sa voiture de fond en comble en pleine nuit.

Les policiers réussirent à obtenir un mandat pour fouiller la maison et Joshua fut à nouveau interrogé. A aucun moment Joshua ne semblait préoccupé par l’enquête ni par la disparition de sa femme. Les enquêteurs firent part à Joshua des déclarations troublantes de ses fils à propos de Susan, ils lui confirmèrent qu’il était le principal suspect dans l’affaire.

Une voisine des Powell nommée Gionvanna contacta les policiers pour apporter un témoignage. Le dimanche avant la disparition de Susan, Giovanna avait passé l’après-midi avec la mère de famille, et affirme que ce jour-là Joshua avait un comportement totalement différent que d’habitude. Il était particulièrement serviable et avait même fait des crêpes pour les servir à Susan, Giovanna et les garçons. Après avoir mangé les crêpes, vers 16h30, Susan aurait commencé à se sentir mal. Le lendemain, Susan avait disparue.

Il est rapporté que quelques mois avant sa disparition, Susan avait déjà commencé à se sentir malade. Elle était très fatiguée et avait beaucoup de nausées. Elle pensait être enceinte et avait donc fait plusieurs tests qui s’étaient révélés négatifs. A ce jour, on ne sait toujours pas avec certitude ce qui a pu rendre Susan malade à ce point, mais tout porte à croire que Joshua essayait de l’empoisonner.

L’histoire de Susan fut rapidement très médiatisée et Joshua fini par engager un avocat ainsi qu’un expert en relation publique. Le 6 janvier 2010, Joshua est revenu chez lui avec son frère Michael pour l’aider à déménager. Un ami du couple qui a également aider Josh à emballer ses cartons de déménagement affirme que Josh lui aurait dit en plaisantant : »Attention je viens juste de pacter la tête de Susan. » Et lorsqu’il y avait des traces dans la maison, il disait sur le même ton : « Attention au sang de Susan. »

Joshua a fini par arrêter de coopérer avec la police. Il refusa de se soumettre au détecteur de mensonge et n’a jamais voulu révéler l’endroit exact où il est allé soit-disant camper.

Pendant les recherches, Joshua et son père Steve ont créer un site internet afin d’aider à retrouver Susan, où ils spéculaient que Susan s’étaient enfuie avec Steven Koecher, un mormon de 30 ans ayant disparu la même semaine que Susan. Joshua amenait des théories comme quoi Susan s’était enfuie pour abandonner sa famille et qu’elle avait des problèmes psychologiques, ce qui était faux. A ce moment là, des tensions ont commencé à se créer entre les Cox et les Powell.

L’enquête s’est étendue jusqu’à Steve Powell que les policier soupçonnaient d’avoir un lien avec la disparition de Susan. Ils ont obtenu un mandat pour fouiller sa maison et on découvert sept journaux intimes dans lequel Steve écrivait à quel point il était obsédé par Susan. Sur son ordinateur ont été retrouvées plus de 4500 photos de Susan prises à son insu. Michael Powell, le frère de Joshua, a également attiré l’attention des policiers après qu’il ait vendu sa voiture à un chantier de démolition dans l’Oregon et acheté des images satellites pour voir si on avait déjà détruit sa voiture. Les policier sont allés sur le chantier avec un chien renifleur qui s’est directement dirigé vers la voiture de Michael, indiquant qu’un corps humain en décomposition s’y trouvait auparavant.

Michael Powell a été interrogé plusieurs fois, mais il semblait évasif sur les raisons pour lesquelles sa voiture se trouvait à la décharge. Les policiers ont commencé à penser que Michael était le complice de Joshua, et qu’il avait aidé son frère à se débarrasser du corps.

En septembre 2011, Steve Powell est arrêté et condamné pour voyeurisme et pornographie juvénile après avoir trouvé plusieurs photos et vidéos de femmes et jeunes filles mineures, en plus de celles de Susan. Peu après, les services sociaux ont pu retirer la garde de Charlie et Braden à Joshua, et les confier à Chuck et Judy Cox. Joshua obtient le droit de visiter ses enfants deux fois par semaine sous la supervison d’une assistante sociale.

Le 5 février 2012, l’assistante sociale Elizabeth Griffin a conduit Charlie et Braden chez Joshua pour la visite supervisée. A peine les garçons sont-ils allés vers leur père que Joshua a saisit ses fils et s’est enfermé dans la maison avec eux. Elizabeth a toqué plusieurs fois à la porte et rapporte avoir entendu Charlie appeler à l’aide. Directement, elle appelle le 911.

A 12h16, avant que les secours n’aient le temps d’arriver, la maison de Joshua explose.

La maison de Joshua après l’explosion.

Après une enquête brève, il est confirmé que l’explosion a été délibérément planifiée lorsqu’on a découvert dans la maison plusieurs bidons d’essence renversés. Le coroner a noté que les enfants avaient d’importantes blessures au cou et à la tête, et une hache a été trouvée près du corps de Joshua, laissant supposer qu’il aurait attaqué ses enfants avant de succomber à une intoxication au monoxyde de carbone.

Charlie et Braden reposent au cimetière Woodbine dans l’Etat de Washington, près d’un mémorial dédié à leur mère, tandis que Joshua a été incinéré.

En février 2013, Michael Powell se suicide en sautant du toit d’un parking. Le 21 mai 2013, la police annonce qu’elle arrête les recherches du corps de Susan. Steve Powell a été libéré de prison en juillet 2017 et est décédé de causes naturelles l’année suivante.

A ce jour, le corps de Susan n’a jamais été retrouvé.

Le meurtre d’Eva Bourseau : retrouvée dans une malle.

Eva Bourseau est née le 5 avril 1992 à Toulouse, dans le sud-ouest de la France. Elle est la fille unique de Christophe et Sylvie. A l’âge de trois ans, ses parents se séparent et elle part vivre avec sa mère dans le Lot, où son père vient lui rendre visite toutes les deux semaines. Eva est décrite comme ayant un fort caractère qui s’est manifesté très jeune. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds et disait qu’elle voulait devenir une femme d’affaires. Eva était très proche de sa famille et entretenait également de bonnes relations avec sa belle-mère et les enfants de cette dernière.

A l’adolescence, Eva désire se démarquer et ne pas se fondre dans la masse. «Je pense qu’elle aimait bien ne ressembler à personne. Être à contre-courant.» confie sa belle-mère Christine. Après avoir obtenu son bac, elle s’inscrit en 2011 en première année de japonais à l’Université du Mirail, à Toulouse. L’été qui suit, ses parents lui offre un voyage au Japon, où elle partira avec une amie. Malheureusement, Eva rate sa première année à l’université.

Eva finira par se lier d’amitié avec une certaine Maud, et les deux filles deviennent inséparables. «Ça a été “un coup de foudre amical”», explique Maud. «Ce que je préférais chez elle, c’est vraiment son franc-parler. Je savais que c’était une amie sincère. Elle allait pas te dire: “Ah mais oui… cette robe, elle te va bien…” Non, non! Elle n’avait pas sa langue dans sa poche, donc tu pouvais être honnête avec elle, et elle était honnête avec toi. C’était quelque chose de vrai. Et puis c’était une personne joyeuse, c’était agréable d’être avec elle.»

En 2014, Eva et Maud arrêtent d’aller en cours. Maud fini par se réorienter et part faire ses études dans le sud-est. Ce sera un coup dur pour Eva. « Je pense qu’elle s’est sentie un peu abandonnée. Je saurais pas dire si elle m’en voulait vraiment. Peut-être un peu. Peut-être qu’elle m’en voulait aussi de moi, avoir trouvé ma voie, et pas elle… Je ne sais pas.», admet Maud.

Eva commence à beaucoup sortir le soir et faire souvent la fête. Lorsque Maud lui rend visite pour les vacances de Pâques, Eva lui avoue se droguer de plus en plus. Maud consommait aussi à l’époque, mais avait arrêté après un bad trip. Eva, de son côté, avait rencontré de nouveaux amis et avait essayé le LSD. A partir de mai 2015, elle commence à dealer. Grâce à l’argent qu’elle y gagne, elle compte partir en Nouvelle-Zélande et en Croatie. Lorsque son père lui demande où elle trouve l’argent pour partir, Eva lui répond qu’elle vends des choses. Son père pense à tout, sauf à la drogue. Eva finira par avouer à sa mère qu’elle prend de la drogue occasionnellement, mais Sylvie ne comprend pas ce que sa fille lui raconte, c’est un monde totalement à part pour elle. Sur le coup, elle pense qu’Eva dépanne des amis.

En août 2015, cela fait plusieurs jours qu’Eva ne donne pas de ses nouvelles. Deux de ses amies pensent d’abord qu’Eva boudait après avoir mal prit leurs remarques sur sa consommation de drogue. Mais très vite, ses amis et sa famille commencent à s’inquiéter, surtout qu’Eva avait pour habitude de parler quotidiennement avec ses proches par téléphone ou sur les réseaux sociaux. Cela faisait maintenant une semaine que la jeune femme se faisait silencieuse. Sonia*, une voisine d’Eva, est persuadée d’avoir déjà entendu des bruits suspects chez Eva très tôt le matin, comme des cris étouffés. Sonia avait prévenu son colocataire Thomas*, ne sachant pas si elle devait appeler la police, et ce dernier ne s’était pas alarmé sur le coup.

Mais depuis plusieurs jours, une odeur nauséabonde a envahi l’immeuble. Et lorsque Thomas a entendu la porte du bas s’ouvrir, des pas lourds passer devant sa porte et grimper jusqu’au studio, il est monté voir. «Et là, je sens l’odeur. Puissance 10.000.» Thomas sonne chez Eva, pas de réponse. «Et là, aucun bruit. Rien du tout. J’entends rien du tout. Ni marcher, ni grincement de parquet, ni même quelqu’un respirer derrière la porte.» Il sent pourtant une présence derrière la porte. Il envoie un texto à l’amie d’Eva : «Y’a quelqu’un chez elle. Je suis allé toquer, ça n’a pas répondu. Je suis sûre que c’est pas elle, faut pas se foutre de ma gueule.» Thomas ne peut rien faire de plus car il doit partir travailler. Lorsqu’il descend au rez-de-chaussée, il se rend compte que la porte d’entrée de l’immeuble est grande ouverte. Or, tous les habitants de l’immeuble ont pour habitude de fermer la porte car n’importe qui peut s’introduire.

Le 3 août 2015, n’y tenant plus, Sylvie rejoint Toulouse en voiture et part d’abord rejoindre une amie d’Eva, Camille*, qui hébergeait la jeune femme avant qu’elle n’emménage au 38 rue Merly. Camille se rend à l’immeuble d’Eva et y rejoint Thomas. Comprenant que quelque chose n’allait vraiment pas, ils appellent les pompiers. Amélie*, une autre amie d’Eva, et prévenue et elle fonce au 38 rue Merly. Lorsqu’elle arrive, les pompiers et la mère d’Eva sont déjà là.

Un pompier monte jusqu’au velux de la chambre d’Eva, et il remarque que la vitre est recouverte d’un papier. Comprenant que quelque chose ne va pas, il donne l’ordre d’enfoncer la porte d’Eva. Les pompiers pénètrent d’abord dans le salon, et remarquent que la chambre d’Eva est calfeutrée par du ruban adhésif et qu’un gilet est roulé en bas pour empêcher l’air de passer. Lorsqu’ils enfoncent la porte, ils sont assaillis par une odeur putride. Les pompiers remarquent alors une malle au pied du lit. A l’intérieur, un corps recroquevillé et parsemé de coupures baigne dans un étrange liquide.

Thomas essaie d’entrer dans l’appartement d’Eva, mais un pompier l’en empêche et lui confie qu’ils ont certainement affaire à un homicide. Thomas comprends alors que les cris entendus par Sonia, l’odeur, la porte d’entrée de l’immeuble ouverte et les grincements de plancher prenaient tout leurs sens.

La mère d’Eva s’effondre. Un pompier demande à Amélie et Camille si la jeune femme avait un signe distinctif. Elles répondent qu’Eva a le tatouage d’une chouette dans le dos. Aucun doute possible, il s’agit bien d’Eva. Christophe Bourseau reçoit un appel de son ex-femme qui se trouve au commissariat. Elle lui annonce que Eva est morte. Christophe et Christine rejoignent Toulouse, sous le choc. Maud, la meilleure amie d’Eva, est également prévenue. A 23h, le capitaine de police Fabrice Sans et le procurer Boyer se retrouvent dans l’appartement. Plusieurs sacs poubelles sont posés à l’entrée, il y a également un pied de biche, un seau rempli d’insectes baignant dans un liquide, des mouches mortes… Fabrice Sans découvre également de la chair brûlée dans la malle.

Le médecin légiste constate que le corps d’Eva est recouvert d’un linge noir et que son visage est méconnaissable tant il est défiguré. A un moment, il se mit à contempler ce qui se trouvait sur la porte de la chambre d’Eva : «Pendant vingt minutes, je suis resté devant. C’était un portant à photos. J’ai vu cette fille. J’ai découvert sa vie. Ses amies. Sa famille. Des photos de fêtes…Pour nous, un corps, c’est un corps. De voir toutes ces photos… Ça me l’a rendue humaine.»

Peu de temps après, Lolita, une voisine d’Eva qui revenait de vacances, découvre ce qui s’est passé au-dessus de chez elle en lisant les nouvelles sur internet. Le nom d’Eva Bourseau tourne en boucle sur toutes les chaînes. Elle dit: «C’était comme un film». Thomas, lui, s’en ait longtemps voulu. Il avait souvent plaisanté avec Sonia sur la possibilité qu’Eva puisse être morte dû à son manque de nouvelle. Aujourd’hui, il regrette : « Mon instinct m’avait agressé toute la semaine et moi, je ne l’ai pas écouté.»

Lolita raconte : «Quand tout le monde fut parti, on s’est retrouvés tous les quatre dans l’immeuble. La clé avait été changée, et tout était fermé. Thomas nous a dit: “On monte pour regarder?” On pouvait regarder sous la porte. On est monté tous les quatre, tout doucement, et on a regardé. On voyait l’appartement, on voyait que quelqu’un avait fouillé.»

Le 5 août 2015, soit deux jours après la découverte du corps d’Eva, un jeune homme se rend au commissariat et assure avoir des informations à livrer sur l’affaire. Il s’appelle Taha Mrani Alaoui, il a 21 ans et est marocain. Dans la soirée du même jour, alors qu’il rentre de sa journée de travail, Zakariya Banouni est arrêté chez lui par les forces de l’ordre.

C’est à l’université que Taha rencontre Zakariya Banouni, en 2014. Taha avait trois ans de plus que Zakariya, et tous deux étaient de brillants étudiants en mathématiques. Zakariya commence à se faire initier par son ami aux drogues : LSD, MDMA, champignons hallucinogènes… C’est début 2015 que les deux hommes font la connaissance d’Eva. Tous se fournissent en drogue auprès du même dealer, Guillaume. Au commissariat, Taha affirme Zakariya était venu le voir, paniqué, en lui disant : « Mec, j’ai vraiment fait de la merde, j’ai tué Eva. » Taha dit ensuite qu’il ne s’est pas exactement ce qui s’est passé entre Zak et Eva, il savait juste qu’ils s’étaient disputé et que Zakariya avait frappé la jeune femme au visage avec un poing américain. Il prétend également qu’Eva avait 6000 euros de dette envers leur dealer.

Lorsque l’avocat Me Jonathan Bomstain rencontre Zakariya dans les geôles du commissariat, il ne faut pas longtemps pour que le jeune homme lui avoue tout. «Il me raconte tellement de choses, de façon spontanée… On sent que ça sort des tripes. C’est comme si on avait mis toutes les nuances du désespoir humain dans un pot. Et en même temps, du soulagement.»

Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2015, Taha et Zakariya étaient allés chez Eva dans le but de lui voler la drogue achetée à leur dealer et prendre de l’argent afin que Taha rembourse ses dettes. Mais Eva était chez elle et ne semblait pas décidée à partir dans la soirée. Ils sonnent une première fois chez la jeune femme, où ils passent la soirée à se droguer tous les trois et à regarder des documentaires. Puis ils repartent. Alors qu’ils s’éloignent du domicile d’Eva, ils décident de terminer ce qu’ils avaient prévu et retournent sur leurs pas. Taha sonne à nouveau chez Eva, prétextant avoir oublié ses clefs. Eva leur ouvre, ils remontent.

C’est Zakariya qui a frappé le premier. Il a frappé Eva jusqu’à ce qu’elle s’effondre. Tandis que Zak la maintenait au sol, Taha lui a demandé où se trouvait l’argent. Eva lui a répondu qu’il est derrière le fauteuil. Taha ne le trouve pas et frappe alors Eva au crâne avec son pied de biche. Il finit par trouver l’argent derrière le canapé, et c’est à ce moment-là que Zak remarque que la jeune femme ne respire plus.

Taha décide de s’inspirer d’une scène de la série Breaking Bad où les dealers dissolvent des corps dans de l’acide. Ils achètent plusieurs bidons d’acide chlorhydrique ainsi qu’une malle où ils plient le corps d’Eva pour le faire rentrer. Pendant une semaine, les deux hommes reviennent tous les jours pour contrôler l’état de décomposition du corps. Puis ils découvrent les articles de presse qui parlent du meurtre de la jeune femme.

Durant leurs premières gardes à vue, les deux hommes ont des attitudes et des propos incohérents. Le dealer Guillaume affirmera que Eva n’avait aucune dette envers lui, contrairement à Taha. Pendant ce temps, la presse se déchaîne. Le profil de ces deux étudiants brillants qui commettent l’irréparable fascine. De plus, Zakariya était déjà apparu dans la presse locale : alors qu’il était au lycée, il avait remporté un prix aux olympiades scientifiques avec deux amis, pour l’invention d’une main articulée traduisant la langue des signes. Une photo où l’on voyait le jeune homme souriant accompagnait l’article :

Zakariya en chemise bordeaux, aux côtés de ses amis et de son professeur.

A l’automne 2016, Taha et Zakariya doivent revenir sur les lieux du crime pour une reconstitution. Mais les deux accusés ne sont pas d’accord sur le déroulement des faits. Taha affirme que Eva se trouvait par terre sur le dos tandis que Zakariya se tenait sur elle ; sa version correspond aux constatations médico-légales. Mais dans la version de Zak, Eva est sur le ventre tandis qu’il lui maintient les bras derrière le dos, mais ça ne correspond pas à l’autopsie. Le 21 décembre 2018, le verdict tombe : Taha Mrani Alaoui et Zakariya Banouni ont été condamnés respectivement à 30 et 25 ans de réclusion criminelle.

Taha (à gauche en noir) et Zakariya (à droite en gris) lors de la reconstitution.

(*) Certains prénoms ont été changés afin de préserver l’anonymat.

L’affaire Lucas Tronche : volatilisé dans la nature.

Lucas Tronche est né le 18 avril 1999. Il était le fils cadet d’une famille de trois enfants et vivait à Bagnols-sur-Cèze dans le Gard, situé dans le sud de la France. Ses proches le décrivent comme un garçon joyeux, amusant, sociable, ayant beaucoup d’amis. Il était également bon élève et souhaitait devenir vétérinaire. Lucas pratiquait la natation, le badminton et également le scoutisme depuis plusieurs années.

Le mercredi 18 mars 2015, Lucas doit se rendre à un cours de natation avec son frère aîné Valentin. Au moment de partir, Lucas dit à son frère de partir avant lui car il doit refermer la porte derrière, et qu’il le rejoindrait à l’arrêt de bus. A 17h30, ne voyant pas arriver son frère, Valentin essaie de le contacter sur son portable mais le téléphone de Lucas est éteint. 

Vers 20h, lorsque Nathalie vient chercher ses fils à l’arrêt de bus qui les ramène de la piscine, elle remarque que Valentin est seul. Elle lui demande où est Lucas, Valentin lui réponds qu’il n’est pas venu à la piscine et qu’il est donc resté à la maison. Nathalie comprend immédiatement que quelque chose ne va pas, car cela faisait 2h qu’elle était à la maison et il n’y avait personne d’autre qu’elle-même. 

Les parents de Lucas pensent d’abord qu’il a eu un accident. Ils font des recherches autour de chez eux et appellent les urgences pour savoir si leur fils était hospitalisé. Ils contactent ensuite les amis de Lucas qui disent n’avoir aucune nouvelle de lui. La police est finalement prévenue et une enquête pour disparition inquiétante est ouverte dans la soirée du 18 mars.

Lucas et sa mère Nathalie

En premier lieu, la disparition de Lucas est vue comme un départ volontaire. En effet, il était parti avec un sac à dos, mais avait laissé ses affaires de piscine ainsi que ses affaires de survie en tant que scout (sac de couchage, couteau…) et n’avait pas prit d’argent ni ses papiers. On sait seulement qu’il serait parti en doudoune et en pull. Lucas n’avait pourtant pas le profil d’un fugueur. C’était un garçon équilibré et sans histoires, il était proche de sa famille et n’aimait pas les décevoir. Le 30 mars, le parquet de Nîmes ouvre une information judiciaire pour enlèvement et séquestration. 

Les enquêteurs s’intéressent au téléphone portable de Lucas. Le jour de sa disparition il serait allé plusieurs fois sur l’application Snapchat, dont les messages s’effacent mais dont les serveurs conservent une trace. Une commission rogatoire a été lancée aux États-Unis pour pouvoir accéder aux conversations et échanges que Lucas avait eu sur cette application, mais rien d’anormal fut trouvé, ni sur son ordinateur ou sa tablette.

A l’évidence, Lucas avait parlé à quelqu’un via Snapchat avant de disparaître ce 18 mars 2015. Au lieu d’aller à la piscine ce jour-là il comptait manifestement se rendre à un rendez-vous avec cette personne. 

Plusieurs témoins disent avoir vu Lucas le jour de sa disparition. Une femme assure l’avoir aperçu entre 17h15 et 17h30 ce 18 mars, au chemin du Saduran, se dirigeant du côté des vignes. Le 19 mars, une autre femme affirme avoir vu un adolescent tout près de sa ferme, vers midi, qui portait une doudoune bordeaux. Faisant le rapprochement avec l’affaire Lucas, elle prévient la police qui arrive avec un chien de recherche. Le chien va marquer une trace à 1km en direction du nord avant de s’arrêter à cause de la fatigue.

Le même jour en fin d’après-midi, Rachid, un ami de la famille accompagné d’un groupe de bénévoles, voit une silhouette semblable à celle d’un adolescent se tenant assise sur le sommet du piton rocheux. La distance ne permet pas de confirmer qu’il s’agisse de Lucas. Rachid l’appelle : « Lucas ! Lucas ! ». Pas de réponse. Rachid et les bénévoles s’approchent du piton, et soudainement, la silhouette se met debout et disparaît. 

Le piton rocheux

Le 23 mars vers 10h30, une équipe de bénévoles aurait aperçu une silhouette se tenant sur les hauteurs de Saint-Gervais. La personne se tenait de profil, portait des vêtements sombres et regardait un groupe de travailleurs dans les vignes. Mais le temps que les bénévoles parviennent à la rejoindre, la personne avait disparue dans les bois. Un chien de police va marquer une piste à cet endroit, laissant supposer qu’il pouvait s’agir de Lucas. 

Un peu plus tard, un motard affirmera avoir vu Lucas aux alentours de 17h10-17h30 le 23 mars. Il portait un sac à dos et marchait vers le lieu-dit Esbrezun en direction de la colline. A ce moment-là le motard ne sait pas que Lucas est recherché, c’est donc deux jours plus tard en voyant un avis de recherche qu’il va contacter les parents de Lucas. L’homme fera une description très précise du jeune garçon. La zone sera fouillée par un chien et un hélicoptère, mais sans succès.

Le 28 mars, un père et sa fille disent avoir aperçu Lucas au magasin Cultura du Pontet, dans le Vaucluse. Il aurait été en compagnie d’une femme d’âge mûr, entre 45-50 ans. Mais les vérifications n’ont rien donné.

En octobre 2015, les parents de Lucas commencent à recevoir des lettres anonymes d’une personne affirmant que Lucas va bien et qu’ils n’avaient pas à s’inquiéter. Les enquêteurs parviendront à identifier cette personne, il s’agissait d’un homme de 57 ans, mythomane, qui n’avait rien à voir avec la disparition de Lucas. En décembre 2016, la police nationale lance un portrait robot pour retrouver un témoin qui aurait été aperçu à proximité de la maison de Lucas le jour de sa disparition. 

En janvier 2018, Nordahl Lelandais, l’assassin de la petite Maëlys de Araujo, sera soupçonné d’être impliqué dans la disparition de Lucas, Lelandais ayant de la famille habitant proche de Bagnols-sur-Cèze et s’étant rendu plusieurs fois dans le Gard. Mais l’analyse du bornage de son mobile prouvera que Lelandais se trouvait en Isère au moment des faits et il est donc écarté de l’enquête.

Finalement, le 17 octobre 2018, le témoin recherché depuis deux ans est retrouvé à Bagnols-sur-Cèze et placé en garde à vue pour être interrogé par les enquêteurs. Mais rien n’a pu prouver qu’il avait un lien avec l’affaire.

EDIT 08/07/2021

Le 7 juin 2021, l’émission Appel à témoins est diffusée pour la première fois sur la chaîne M6. La famille de Lucas y participe pour parler de la disparition de l’adolescent, accordant un regain d’attention à l’affaire. Peu après, la juge d’instruction en charge du dossier de Lucas ordonne de nouvelles recherches, ce qui conduira, le 24 juin 2021, à la découverte d’un sac à dos et d’ossements situés dans un lieu difficile d’accès, sur le versant d’une falaise où la végétation est particulièrement dense. Peu après, un téléphone portable sera retrouvé au même endroit avec des bouts de vêtements et les restes d’une montre. Le 8 juillet 2021, après des examens médico-légaux, le procureur de Nîmes confirme qu’il s’agit bien des ossements de Lucas Tronche.

Un non-lieu est ordonné en janvier 2023 par la juge d’instruction du tribunal de Nîmes. A ce jour, on ne sait toujours pas ce qui a pu causer la mort de l’adolescent.

Marion Wagon : portée disparue depuis 22 ans.

Née le 3 août 1986, Marion Wagon était la cadette d’une fratrie de trois enfants. C’était une petite fille joyeuse et souriante, mais aussi indépendante car elle allait à l’école toute seule.

Marion Wagon

Tout commence à Agen, le 14 novembre 1996. Il est environ midi lorsque Marion, 10 ans, quitte son école pour rentrer manger chez elle. Marion habite à seulement quelques minutes de l’école.

A 12h25, ses parents s’inquiètent car ils ne la voient toujours pas arriver. Ils envoient le frère et la soeur de Marion la chercher, mais ils ne la trouveront pas. A 12h45, ils préviennent la police. Les premières investigations débutent. Dès 13h les policiers parcourent les rues à la recherche d’indices et de témoins. A 17h, une équipe de cynophile fouille les halls d’immeuble et les caves.

Les jours suivants, les recherches se poursuivent. Ce sont des gendarmes et des militaires du 48ème Régiment de transmission, ainsi que près de 20 000 chasseurs qui fouillent les bois et les campagnes. Très vite, la disparition de Marion est jugée comme inquiétante. Une information judiciaire est alors ouverte pour enlèvement par le parquet d’Agen. Des affiches montrant le visage de la petite fille sont collées et distribuées partout, dans les commerces, lieux publics, péages, et même sur des packs de lait. Une première en France. Jusqu’à 1 million de portraits de la fillette seront diffusés dans le pays et à l’étranger.

Le 2 décembre, toujours sans aucune piste, les parents de Marion, Michel et Françoise Wagon, parlent aux journalistes : « Si quelqu’un la retient, nous le supplions de nous rendre notre enfant. Je lance aussi cet appel à toute personne qui pourrait nous aider à retrouver notre petite fille Marion. »

Michel et Françoise Wagon

Le 14 janvier 1997, une opération Ruban Blanc est organisée, ce qui relance l’attention des médias sur l’affaire. En février, à l’initiative de La Mouette et d’Orphelins sans Frontières, des associations européennes pour la défense de l’enfance se réunissent à Agen afin de discuter d’une collaboration transfrontalière. 

En avril, un homme connu des services de police est arrêté et placé en garde à vue. Le 14 novembre 1996, l’homme aurait demandé, à travers les ondes des cibistes, une route discrète pour se rendre à Agen. Mais il sera finalement relâché, faute de preuve. Un mois plus tard, le canal latéral à la Garonne est vidé sur 14 kilomètres, et pendant une semaine les plongeurs de la brigade nautique et la gendarmerie procèdent à des nouvelles recherches. 

En juillet, une touriste en vacances en Martinique assure avoir parlé à une petite fille qui disait s’appeler Marion Wagon et qu’elle souhaitait rentrer chez elle. Mais peu après, un autre témoin affirme l’avoir aperçue sur une plage en Espagne. Malgré que des milliers de personnes aient été entendues, l’enquête reste au point mort.

Début 1998, un faux détective se présente aux parents de Marion. Il prétends savoir où se trouve leur fille et leur réclame 30 000 francs pour pouvoir aller la chercher. Il sera interpellé et condamné à deux ans de prison ferme. En mai de la même année, les gendarmes de la cellule Marion éditent un portrait vieilli de la fillette.

Portrait vieilli de Marion

En 2003, un rebondissement a lieu dans l’enquête : un travesti toulousain se faisant surnommé « Djamel » affirme avoir vu Marion dans des soirées organisées par le tueur en série Patrice Alègre. Ce témoignage s’avère être une fausse piste, et l’homme est mis en examen. Pendant un temps, le pédophile Michel Fourniret fut soupçonné d’être responsable de la disparition de Marion et les gendarmes firent des investigation, mais Fourniret sera finalement écarté de l’affaire.

En 2013, l’affaire des séquestrées de Cleveland aux Etats-Unis, qui concerne trois jeunes femmes enlevées en 2002 et retrouvées vivantes en mai 2013 redonne de l’espoir aux parents de Marion, ainsi qu’à Annie Gourgues, présidente de l’association La Mouette, qui suit de près l’affaire de Marion depuis le début. 

En novembre 2016, à l’initiative de l’association La Mouette, des pins et des enveloppes à l’effigie de Marion sont distribués à Agen, pour rappeler de ne pas oublier la petite fille même 20 ans après. Une marche silencieuse sera également organisée le 14 novembre 2016. Les parents de Marion ne participèrent pas à cette marche silencieuse, préférant s’isoler durant cette période difficile. Mais ils restent très touchés de toute cette mobilisation autour de leur fille : « Tous les messages de sympathie, toute cette solidarité qui s’est créée autour de Marion, les mots de réconfort, les petits signes, les petits gestes, ça nous a aidé très certainement à tenir le coup, et nous sommes très reconnaissants aux Agenais et Agenaises. » A ce jour, ils ont toujours l’espoir de savoir ce qui est arrivé à Marion, ce 14 novembre 1996.

La disparition de Mélina Martin.

Née en 1992, Mélina Martin était la cinquième d’une famille de sept enfants. Elle vivait à Farnham au Québec, et était décrite comme une adolescente normale et sans histoires, qui aimait faire les magasins et passer du temps avec ses amis.

Mélina Martin

Le 22 janvier 2005, la jeune Mélina âgée de 13 ans se voit dans l’obligation de rester dormir chez une amie à cause d’une tempête de neige. Le lendemain, sa mère Françoise Algier vient la récupérer. Toutes deux mangent dans un restaurant le midi et s’en vont ensuite faire les magasins. La même journée, Mélina devait participer à une fête hivernale qui se déroulait au parc Roch-Bourbonnais. Vers 13h, sa mère la dépose au parc, lui faisant promettre de la rejoindre à 17h au restaurant Valentine. Quelques minutes après être arrivée à Boubonnais, Mélina se rend chez une amie qui habite tout près du parc afin de lui proposer de l’accompagner aux festivités. Mais son amie était malade et ne pouvait pas venir. Mélina se dirige ensuite vers le domicile de son copain. La jeune fille lui aurait annoncé qu’elle voulait rompre avec lui, et l’échange ce serait plutôt bien déroulé.

A 17h, Françoise Algier attends sa fille au restaurant Valentine comme convenu. Mais Mélina est en retard. Françoise attends encore un peu, mais comme Mélina ne vient toujours pas, elle commence à s’inquiéter, surtout que sa fille avait pour habitude de la prévenir lorsqu’elle avait du retard ou un empêchement. « Le lendemain, ma mère m’a appelée pour me dire que Mélina n’était toujours pas revenue. » explique Marie-Josée Demers, une des soeurs de Mélina. « Je suis allée chez ma mère pour savoir si on devait appeler la police ou non. On ne savait pas où elle avait passé la nuit et elle ne s’était pas présentée à l’école.« 

Françoise et Marie-Josée commencent alors à interroger les amis de Mélina, et demandent aux passants s’ils auraient aperçu la jeune fille. Mais personne n’était au courant que Mélina avait disparue et personne ne l’avait vue, hormis son amie et son ex-copain chez qui elle s’était rendue avant d’être recherchée . Le soir venu, sa mère prévient la police. Peu après, Françoise s’est rendue à l’école de sa fille afin de discuter de sa disparition avec le directeur et des professeurs. Elle fouilla le casier et la chambre de Mélina dans l’espoir de trouver un indice, mais rien d’anormal ne fut découvert. Trois jours après la disparition de Mélina, Françoise placarde des avis de recherche en ville.

Selon les proches de Mélina, il ne pouvait pas s’agir d’une fugue, car Mélina était une fille heureuse et sans problèmes, elle était proche de sa famille et n’avait pas de soucis à l’école. De plus, elle avait laissé toutes ses affaires à la maison. « Je ne crois pas à cette histoire de fugue. » assure Roxanne, une autre soeur de Mélina. « Nous n’avons jamais manqué de rien. Nous n’étions pas gâtés, mais nous n’étions pas malheureux non plus. Notre mère a toujours tout donné pour nous. » Malgré tout, la police privilégie la thèse de la fugue et de ce fait aucune recherche n’est organisée sur le terrain. Selon les enquêteurs, il n’y avait aucun indice qui aurait pu indiquer une disparition inquiétante. 

Françoise Algier décide alors de se débrouiller par ses propres moyens. Elle continue de distribuer des affiches de sa fille et plusieurs personnes fouillent le parc Boubonnais de fond en comble. 

La famille de Mélina fut consternée que sa disparition n’attira pas l’attention des médias. Pourquoi son cas n’a-t-il pas été plus diffusé ? Il était pourtant question de la disparition troublante d’une mineure.

Finalement, le 3 février 2005 le réseau Enfants-Retour Québec offre son aide à la famille de Mélina, et va continuer à les soutenir des années durant, notamment en ajoutant Mélina à leur affiche annuelle, en publiant ses photos sur des enveloppes de banque et en procédant à une vieillissement de photo en 2007.

Photo vieillie de Mélina

Ce sont 4 millions d’enveloppes avec la photo de Mélina qui furent postées à travers le Canada. Malheureusement, il y eu très peu de nouvelles pistes par la suite.

Le 23 janvier 2006, soit un an après la disparition de Mélina Martin, la sûreté du Québec établit un poste de commandement au parc Bourbonnais, dans le but de recueillir des informations. Finalement, l’hypothèse comme quoi Mélina aurait été victime d’un acte criminel n’est pas écartée.

Le 12 janvier 2010, c’était le jour du 18ème anniversaire de Mélina. A ce moment là, sa famille espérait encore qu’elle donne signe de vie. Même s’ils ne croyaient pas à la fugue, ils espéraient néanmoins que Mélina ait fugué pour ensuite revenir saine et sauve. Mais la jeune fille n’est pas rentrée à la maison.

Françoise Algier est persuadée qu’il y a quelque part une personne qui sait ce qui est arrivé à sa fille, mais qui ne veut pas parler. « Que la personne qui sait ce qui est arrivé à Mélina parle. » supplie Roxanne. « Qu’elle se mette à notre place, surtout à celle de ma mère. Je vois comment elle vit cela chaque jour, c’est encore plus dur.« 

Malgré tout, la famille de Mélina garde espoir et est persuadée qu’un jour ils sauront ce qui est arrivée à la jeune fille.

La dernière fois que Mélina a été vue, elle portait un jean avec de la fourrure au bas, une camisole beige, une veste en jean avec fourrure aux manches, un manteau noir avec capuchon à fourrure, un foulard blanc, et une sacoche en vinyle beige avec une étoile bleue.

Si vous avez des informations qui permettraient de faire avancer l’enquête, contactez : Sûreté du Québec au 1 800 659-4264 ou Réseau Enfants-Retour au 1 888 692-4673.