Cécile Vallin : la disparition troublante d’une adolescente.

Cécile est née le 28 octobre 1979 en Normandie, dans le nord-ouest de la France. Elle est la fille de Jonathan Oliver, un Britannique venu s’installer en France, et de Maryse Vallin. Elle a également une demi-soeur aînée, Chloé, née d’une précédente union du côté de son père. Ses proches décrivent Cécile comme une belle jeune fille sociable, intelligente et sportive. Elle aimait faire de la randonnée, de la course à pieds et de l’escalade.

Lorsqu’elle a six ans, ses parents se séparent et elle part vivre avec sa mère en Savoie, à St-Jean-de-Maurienne, tandis que son père reste en Normandie. Malgré la séparation de ses parents, Cécile est restée proche de son père qu’elle appelle souvent et à qui elle rend visite dès que possible. De son côté, Maryse a refait sa vie avec un homme qui n’est autre que le proviseur du lycée Paul Héroult, où Cécile est scolarisée. De ce fait, Maryse et Cécile vivaient dans le logement de fonction de ce dernier, au sein du lycée où la jeune fille préparait un baccalauréat littéraire.

Ses camarades de classe décrivent Cécile comme une élève studieuse, organisée et aimable, qui allait facilement vers les autres et qui était également douée en sport, particulièrement en escalade, l’une de ses passions. C’est justement dans un cours d’escalade qu’elle rencontre un jeune garçon nommé Jérémy, et les deux tombent très vite amoureux. Leurs proches décrivent leur relation comme étant saine et sans nuages. Au moment de la disparition de Cécile, ils sortaient ensemble depuis deux ans.

En 1997, Cécile était en terminale et allait bientôt passer ses examens du baccalauréat. Elle prévoyait de devenir prof de sport et avait commencé des démarches pour faire une colocation dans un appartement à Grenoble, avec sa meilleure amie Sandrine. Elle avait hâte de commencer cette nouvelle vie. Elle voulait devenir indépendante et travaillait dur pour atteindre ses objectifs.

Le samedi 7 juin 1997, Cécile se trouve seule chez elle après que sa mère et son beau-père se soient absentés pour le week-end. Elle révise toute la matinée pour les épreuves du baccalauréat qui ont lieu dans quelques jours, puis elle décide d’inviter ses amis Sébastien, Mathias, Benoît et Karim dans le logement. Comme elle vit dans l’enceinte du lycée, elle invite ses amis pour qu’ils fassent de l’escalade ensemble dans le gymnase, bravant ainsi les interdictions de son beau-père.

Depuis quelques temps, Cécile se détache de Jérémy et commence à avoir un faible pour Sébastien. Cette attirance est réciproque. Le groupe passe quelques heures à faire de l’escalade puis ils dînent tous ensemble. Durant la soirée, ils mettent de la musique, boivent un peu d’alcool et regardent un film. Après s’être isolés dans la cuisine, Cécile et Sébastien flirtent ensemble et échangent un baiser. Les quatre garçons finissent par partir et Cécile passe le reste de la nuit seule.

Dans la matinée du 8 juin, Cécile tente de contacter par téléphone sa demi-soeur Chloé, qui vit à Paris pour ses études d’infirmière. Mais cette dernière ne se trouve pas chez elle. En début d’après-midi, Sébastien retourne voir Cécile puis repart vers 16h45. Après le départ de Sébastien, Cécile téléphone à sa meilleure amie Sandrine. Elle lui dit qu’elle est prise de remords d’avoir dépassé la limite avec Sébastien.

Cécile téléphone ensuite à son père Jonathan et lui avoue qu’elle a fait une bêtise en invitant des amis sans l’accord de sa mère et de son beau-père. Jonathan tente de la rassurer et lui conseille de ne pas se prendre la tête avec cela, mais plutôt de se concentrer sur ses révisions. « Je vais m’y mettre. » lui assure Cécile, puis elle raccroche. L’appel a duré 6 minutes et 12 secondes, et ce sera la dernière fois que Jonathan entendra la voix de sa fille.

On ne sait pas exactement ce qu’a fait Cécile après cet appel. Des témoins vont rapporter l’avoir aperçue à plusieurs endroit ce jour-là à St-Jean-de-Maurienne. Elle aurait été aperçue dans une cabine téléphonique près d’un bar vers 17h30, puis vers la gare.

Un autre témoignage provient de Myriam, une copine de classe de Cécile. Ce jour-là aux alentours de 17h45, Myriam se trouve en voiture lorsqu’elle aperçoit Cécile en train de marcher seule sur la départementale 906 (auparavant la nationale 6). Elle précise que l’adolescente était vêtue d’un T-shirt blanc et d’un pantalon foncé, elle n’avait pas de sac à main ni de sac à dos, et elle semblait se diriger vers l’extérieur de la ville. Myriam précise également qu’elle a eu le temps de voir l’expression faciale de Cécile : elle avait l’air triste et préoccupée. Elle semblait marcher sans savoir où elle allait.

Lorsque Maryse rentre le dimanche soir et découvre que sa fille est introuvable et injoignable, elle contacte directement la gendarmerie. Les gendarmes croient d’abord à une fugue, mais ils vont quand même fouiller le logement sans rien trouver de suspect. Ils fouillent ensuite la chambre de Cécile. Ses cours sont toujours ouverts sur son bureau, entourés de ses autres affaires scolaires. La couette de Cécile est saisie pour être analysée, afin de découvrir si du sang ou un autre ADN se trouve dessus, mais en vain. Les gendarmes remarquent cependant que l’adolescente est partie sans son portefeuille qui contient 300 francs de l’époque, l’équivalant de 45 euros. Sa carte d’identité et sa carte de crédit sont introuvables, mais cette dernière ne sera jamais utilisée. A cause de ces détails, l’hypothèse de la fugue sera rapidement qualifiée de disparition inquiétante.

Cécile plus jeune avec son père Jonathan.

Le lundi 9 juin, Jonathan est allé acheter une corde d’escalade pour Cécile qui allait fêter ses 18 ans en octobre. Il était persuadé d’avoir trouvé le cadeau d’anniversaire parfait pour sa fille car c’était une corde de très bonne qualité. Peu après, il a appelé au domicile de son ex-femme pour avoir des nouvelles de Cécile, mais lorsque Maryse a décroché, elle lui a annoncé que leur fille avait disparu depuis dimanche et qu’elle était introuvable. « Je ne saurais expliquer pourquoi, mais quand j’ai appris la disparition de Cécile, j’ai tout de suite imaginé le pire. J’ai vu le corps de ma fille, désarticulé, comme un pantin. Elle était morte, c’était la seule explication possible. J’ai eu du mal à effacer cette image épouvantable de ma tête. »

Lorsque la disparition de Cécile est rendue publique, un autre témoin va se manifester. Il prétend avoir aperçu l’adolescente le 8 juin à 18h15 à l’entrée du village Pontamafrey-Montpascal, qui se trouve non loin du domicile de Cécile. Il la revoit ensuite vers 18h45 en train de marcher devant l’école du village. Cécile connait bien Pontamafrey car elle a l’habitude de s’y rendre pour faire de l’escalade, mais personne ne l’a vue sur la via ferrata du village et elle n’avait pas emporté ses affaires d’escalade avec elle.

Cécile est-elle partie se promener dans les collines et montagnes environnantes afin de se changer les idées ? A-t-elle eut un accident ? L’hypothèse du suicide a également été évoquée, car Sandrine précise que lorsque Cécile lui a parlé au téléphone le jour de sa disparition, elle lui aurait dit : « Je vais me jeter d’une montagne », alors qu’elle culpabilisait pour ce qu’elle avait fait envers son petit ami Jérémy, mais aussi pour avoir désobéi à son beau-père en invitant des amis au lieu de se concentrer sur ses cours. Sur le moment, Sandrine n’a pas prit sa remarque au sérieux. Elle pensait que Cécile était simplement confuse et stressée car elle avait enfreint des règles ce week-end là.

D’intenses recherches vont être effectuées dans les montagnes et les ravins, des hélicoptères, des chiens renifleurs de cadavres vont être déployés, le lac et les étangs seront fouillés, des affiches vont être collées et distribuées partout dans la région, mais aucune trace de l’adolescente ne sera trouvée. Les proches de Cécile ont du mal à croire à la théorie du suicide. Ils affirment que Cécile n’avait pas le profil d’une personne suicidaire, elle avait beaucoup de projets en tête et avait hâte de commencer sa nouvelle vie après avoir passé ses examens. Même si elle avait l’air bouleversée avant de disparaître, elle ne serait pas allée jusqu’à s’ôter la vie.

Même si l’hypothèse de la fugue a rapidement été écartée, Maryse pensait que sa fille était bien parti d’elle-même. Après la disparition de Cécile, elle a enregistré un message sur le répondeur du domicile au cas où sa fille appellerait. Dans ce message vocal, Maryse lui dit qu’elle ne lui en veut pas pour ce qu’il s’est passé et qu’elle pouvait rentrer dès qu’elle le souhaitait. Mais Cécile n’a plus jamais appelé et n’est jamais rentrée à la maison. Elle ne s’est jamais présentée à ses épreuves du baccalauréat, qu’elle attendait avec impatience.

Son petit ami Jérémy ainsi que les quatre amis présents chez elle avant sa disparition ont été interrogés, et tous avaient des alibis solides qui ont pu être vérifiés. Cécile avait-elle téléphoné à une autre personne le jour de sa disparition ? Quelqu’un qui lui aurait donné rendez-vous quelque part ? Ou a-t-elle été enlevée sur la route ?

Deux semaines après la disparition de l’adolescente, les enquêteurs ont été alertés par la douane qui venait d’intercepter un homme nommé Jean-Marc Reiser à Morteau. A l’intérieur de sa voiture, les douaniers avaient trouvé un arsenal inquiétant : des armes, des cagoules et des photographies de femmes inconscientes et nues. Parmi ces photos se trouvait celle d’une jeune femme ressemblant à Cécile. En 1987, Jean-Marc Reiser avait été soupçonné de la disparition d’une jeune femme de 23 ans, Françoise Hohmann. Françoise vivait à Strasbourg et était une vendeuse d’aspirateur à domicile. Elle avait été vue pour la dernière fois le 8 septembre 1987 en train d’entrer dans l’appartement de Reiser et n’a jamais été retrouvée. Faute de preuves, Reiser n’avait pas été arrêté.

Rapidement, Jean-Marc Reiser a été écarté de tout soupçon concernant la disparition de Cécile. En effet, les enquêteurs ont découvert qu’il se trouvait à Strasbourg le jour de la disparition de l’adolescente. Cependant, Reiser fut condamnée à 15 ans de réclusion criminelle au début des années 2000 pour des affaires de viol. En 2022, Reiser est cette fois condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de Sophie Le Tan, une jeune femme de 20 ans disparue le 7 septembre 2018 alors qu’elle visitait un appartement qu’elle voulait louer à Reiser. Concernant la photo de cette jeune femme nue ressemblant à Cécile, les enquêteurs ont découvert qu’il s’agissait d’une ancienne compagne de Jean-Marc Reiser, qui avait été prise en photo à son insu alors qu’elle dormait.

Le tueur en série et pédocriminel Michel Fourniret sera également soupçonné. Il avait une nièce qui vivait non loin de St-Jean-de-Maurienne et il s’était déjà rendu dans la région, mais sa nièce affirmera qu’elle n’avait pas reçu la visite de Fourniret depuis les années 1980. Lorsqu’il est arrêté en 2003 avec sa compagne Monique Olivier, sa fourgonnette sera fouillée et plusieurs ADN de jeune filles seront retrouvés, dont celui de la petite Estelle Mouzin, mais pas celui de Cécile.

Cependant, lorsque Monique Olivier est à nouveau interrogée en 2005, elle affirme que Fourniret avait quitté leur domicile situé à Sart-Custinne, en Belgique, après une dispute conjugale survenue le 9 juin 1997. Environ 24h après, il est rentré à leur domicile en compagnie d’une jeune fille. « La jeune fille marchait près de lui sans s’agiter, sans crier ni parler. » a-t-elle déclaré. « Fourniret la tenait par le bras, mais sans la forcer à avancer : elle avançait d’elle-même, de manière docile, sans vouloir fuir, sans résistance aucune. Son attitude ne me semblait pas naturelle : elle était comme endormie, sans réaction.»

Monique Olivier précise que la jeune fille était âgée entre 16 et 18 ans, qu’elle avait les cheveux bruns, qu’elle mesurait environ 1m66. Cette description correspond de manière troublante à Cécile, mais Monique n’est pas rentrée davantage dans les détails. Fourniret avait pour habitude de voyager à travers la France et la Belgique pour trouver ses victimes, et les enlevait à bord de sa fourgonnette. « Il y a de fortes chances que ce soit lui (…) J’ai l’habitude depuis un moment de dire que tant que je ne sais pas ce qu’est devenue Cécile, Fourniret serait forcément un responsable logique vu sa façon de faire », a déclaré Jonathan. Depuis la mort de Fourniret en 2021, Monique Olivier est désormais la seule à détenir la vérité, mais elle n’a encore jamais été entendue dans l’affaire Cécile Vallin. Cependant, l’ombre de celui qu’on surnomme « L’ogre des Ardennes » continue de planer sur la disparition de l’adolescente.

En 2002, la famille de Cécile engage un détective privé qui va travailler en collaboration avec la police. Ce détective va mettre en avant la piste d’une homme qu’il va nommer le « Docteur G », qui était récemment décédé. Une boîte remplie de coupures de journaux sur la disparition de Cécile a été retrouvée sous son lit après son décès, et cette étrange découverte a poussé les policiers à fouiller son domicile, mais rien d’autre ne sera trouvé.

Pourquoi cachait-il des coupures de journaux concernant Cécile ? L’avait-il vue le jour de sa disparition ? La connaissait-il personnellement ? Actuellement, aucune autre information n’a été rapportée sur ce « Docteur G ».

Cécile a-t-elle été prise en autostop par une personne malintentionnée ? L’adolescente avait déjà fait de l’autostop auparavant et avait prévu de le refaire l’été de sa disparition pour se rendre en Espagne avec une amie, mais son petit ami Jérémy avait tenté de la dissuader de le faire. A-t-elle ignoré les avertissements de Jérémy ? A-t-elle été forcée de monter à bord d’un véhicule ? Au moment de sa disparition, la route que l’adolescente a empruntée était en travaux. En 2008, l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie a sondé profondément les fondations de l’autoroute A 43 à l’aide d’un radar, espérant pouvoir trouver le corps de Cécile, mais en vain.

L’avocate de Jonathan, Me Caty Richard, a dû faire pression pour que le dossier de Cécile Vallin ne soit pas clôturé au fil des années. L’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) reprend le dossier de Cécile en décembre 2019. En 2022, le dossier est transmit au pôle judiciaire national de Nanterre dédié aux cold cases.

Au moment de la disparition de Cécile, sa demi-soeur Chloé avait 23 ans et résidait à Paris. Les deux soeurs étaient très proches et l’absence de Cécile a eu l’effet d’un tsunami. « Une partie de ma vie s’est arrêtée quand Cécile a disparu. J’étais en permanence entre la vie et la mort. » a confié Chloé. « Officiellement, c’était une demi-soeur, mais c’était une vraie soeur quand même. Je n’ai pas eu de demi-peine, de demi-angoisse, de demi-douleur. »

Cécile et Chloé dans leur enfance.

Chloé est finalement parvenue à trouver de l’aide parmi des professionnels au bout de longues années. Elle a enfin pu trouver un semblant de paix lors d’une séance en groupe menée par un psychologue. Le but de cette séance était que chaque participant représente un membre d’une famille pour aider à résoudre des problèmes personnels. « Une femme a représenté ma sœur. J’ai pu la prendre physiquement dans mes bras. Ça a été un moment très fort. J’ai pu la sentir comme si je sentais ma sœur à nouveau, j’ai pu lui dire au revoir. » Chloé a finalement renoncé à sa vocation d’infirmière et est aujourd’hui thérapeute par le chant intuitif. Elle a tenu à s’éloigner de l’enquête pour enfin lâcher prise.

En 2016, Jonathan a écrit un livre intitulé « Cécile ma fille, ma disparue » publié aux Editions de l’Archipel, où il relate son combat pour retrouver sa fille. Aujourd’hui, Maryse semble avoir accepté l’idée que Cécile a disparu pour toujours, mais Jonathan veut garder une lueur d’espoir. « Ce n’est pas de la naïveté, c’est simplement que je me refuse à spéculer. […] Moi, je suis persuadé d’une seule chose, c’est que Cécile n’a pas disparu de son plein gré. Elle n’est pas en train de se la couler douce sur une plage paradisiaque. Non, ça, j’en suis sûr. » a-t-il déclaré.

Jonathan s’est fait tatouer la signature de sa fille après avoir retrouvé les dernières lettres qu’elle lui avait écrites. Dans sa maison de Normandie, il a également laissé la chambre de Cécile telle quelle. « .Je n’ai jamais cessé de vivre avec ma fille. Elle est omniprésente dans mon quotidien, mais terriblement absente à la fois. Tous les jours, j’entends sa voix, je vois son visage, ses jolis traits rieurs, sa coupe garçonne. Son image est aussi vive qu’il y a vingt ans, même si j’ai conscience que j’en garde une image figée dans le temps. Cécile restera une éternelle adolescente de 17 ans. »

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