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Ludovic était l’un des quatre enfants du couple formé par Jean-Bernard et Maryline Janvier. Il avait un grand frère, Jérôme, ainsi qu’une soeur et un frère cadets, Virginie et Nicolas. La famille Janvier était originaire de Sarthe, dans le grand Ouest de la France. Ludovic est décrit comme un petit garçon gentil, affectueux et particulièrement proche de son grand frère Jérôme, avec qui il n’a qu’un an d’écart.
Au mois de février 1983, la famille déménage à Saint-Martin-d’Hères, une ville située au sud-est de Grenoble, dans l’Isère. Ils vivaient chez une tante en attendant de trouver un nouvel appartement. Seule Virginie était restée vivre temporairement chez sa grand-mère dans le Mans, attendant que ses parents soient mieux installés pour les rejoindre.
Le jeudi 17 mars 1983, les enfants Janvier se trouvent chez leur tante, chez qui ils sont hébergés avec leurs parents. Vers 18h30, alors que Jérôme, 7 ans, et Ludovic, 6 ans, font leurs devoirs, leur père leur demande d’aller lui chercher des cigarettes au buraliste qui se trouve à une centaine de mètres du domicile. Leur petit frère Nicolas, 2 ans, insiste pour les accompagner et leurs parents acceptent.

Après avoir acheté les cigarettes, les trois frères profitent d’être dehors pour s’amuser ensemble. Ils vont trouver un caddie de supermarché abandonné et vont y mettre Nicolas dedans pour le pousser. Dans le processus, le petit garçon se râpe les doigts contre un mur. Un homme témoin de la scène va voir les garçons pour leur demander de faire attention à leur frère, puis s’en va.
Lorsque les trois garçons se lassent de jouer avec le caddie, ils prennent le chemin en direction du domicile de leur tante pour ramener les cigarettes achetées. Alors qu’ils atteignent la place de la République, un autre homme vient vers eux. Jérôme le décrit comme portant un bleu de travail, des chaussures de sécurité et portant un casque de moto sur la tête. L’homme les aborde et leur dit qu’il a perdu son chien. Il demande aux garçons de l’aider à trouver son animal et qu’il leur offrirait des bonbons en contrepartie.
Les garçons ne se méfient pas car malgré son accoutrement étrange, cet inconnu semble sympathique. L’homme casqué propose que Jérôme et Nicolas partent d’un côté pour chercher le chien, tandis qu’il partirait dans l’autre sens avec Ludovic. De ce fait, l’homme attrape la main du petit garçon et l’emmène avec lui. Et tandis qu’ils s’éloignent, Ludovic tourne la tête derrière lui pour lancer un dernier regard à Jérôme. « Ludo n’a rien dit, c’était un gamin plutôt peureux. » racontera Jérôme, plusieurs années après. « Mais il m’a regardé en s’éloignant. J’ai vu son inquiétude dans ses yeux. Là, j’ai compris que j’avais fait une bêtise. »

Paniqué et ne sachant quoi faire d’autre, Jérôme attrape Nicolas par la main et fonce prévenir leurs parents. A ce moment-là, Nicolas est beaucoup trop jeune pour comprendre la gravité de la situation. Lorsqu’ils arrivent au domicile, Jérôme, en panique et essoufflé, annonce à ses parents qu’un homme est parti avec Ludovic. Jean-Bernard et Maryline se mettent à crier et ils se précipitent dans la rue pour chercher leur fils, mais il n’y avait aucune trace de Ludovic et de l’homme casqué. La gendarmerie sera ainsi prévenue.
Pendant ce temps, Virginie se trouve chez sa grand-mère. Ce 17 mars 1983 est le jour de son cinquième anniversaire, mais son anniversaire va se transformer en cauchemar car il marque également le jour de l’enlèvement de son petit frère. C’est en regardant la télévision, où elle voit ses parents et ses frères passer aux informations, qu’elle apprend l’enlèvement de Ludovic.
Les enquêteurs tentent de recueillir des témoignages, mais personne d’autre n’a vu Ludovic en compagnie de l’homme casqué. L’enlèvement s’est pourtant déroulé dans un endroit entouré d’immeubles, mais c’est comme si l’homme et le petit garçons s’étaient volatilisés.
Les gendarmes entendent Jérôme qui leur donne un portrait-robot de l’homme. Ils vont même jusqu’à le chercher pendant qu’il est à l’école pour lui montrer des photos de potentiels suspects, mais cela ne donne rien. Quatre mois après l’enlèvement de Ludovic, le jeune Grégory Dubrulle, 8 ans, est enlevé à Grenoble le 9 juillet 1983. Il sera retrouvé dans une décharge le lendemain, vivant, mais dans un état déplorable. Entre 1980 et 1996, plus d’une dizaine d’enfants ont été enlevés ou tués en Isère, ce qui leur a valu le nom des « Disparus de l’Isère ».

Un mois après l’enlèvement de Ludovic, l’officier de justice du tribunal de Grenoble reçoit un appel d’une personne anonyme. Cette personne prétend que Ludovic a été enlevé pour être adopté par un couple qui ne parvenait pas à avoir d’enfant. Mais dû aux faibles moyens des policiers à l’époque, ils ne sont pas parvenu à retracer la personne. Ce genre de piste est à prendre avec des pincettes, car il n’est pas rare que des charlatans donnent de fausses informations dans une enquête.
Au printemps 1985, le squelette d’un petit garçon est retrouvé dans une grotte du massif du Vercors. La famille Janvier apprend via la presse la découverte de ce squelette, qui est suspecté d’appartenir à Ludovic, disparu deux ans plus tôt. Cela a bouleversé la famille d’apprendre la nouvelle de cette manière, et Jérôme déplore que la justice les a laissés de côtés : « Il fallait que mes parents appellent pour savoir s’il y avait du nouveau. Mon père travaillait comme un fou pour payer les affiches de mon frère qu’on faisait imprimer et que ma mère allait ensuite placarder un peu partout. La justice nous a méprisés. »
A cette époque, il n’y avait pas les mêmes moyens scientifiques pour identifier l’ADN de ce squelette. Certains experts affirmaient qu’il pouvait s’agir de Ludovic tandis que d’autres experts affirmaient le contraire. Un premier non-lieu est prononcé en 1988.
Les prochaines années passent sans aucun rebondissement. Les enfants Janvier voient leurs parents sombrer dans le désespoir, au point de divorcer. Les enfants sont également témoins de rumeurs terribles sur leurs parents, qui sont accusés d’avoir vendu Ludovic à un prédateur. Dans cette ambiance morose, Jérôme, Virginie et Nicolas n’ont pas eu le choix que de continuer de grandir sans leur frère à leurs côtés.
En 1995, des gendarmes se présentent au domicile de Jean-Bernard Janvier. Ils disent qu’ils viennent au sujet de Ludovic. Jean-Bernard croit d’abord qu’ils viennent lui donner des nouvelles de son fils, mais ce n’est pas le cas. Les gendarmes accusent Ludovic de ne pas se rendre à son service militaire et qu’ils viennent donc le chercher. En proie au malaise, Jean-Bernard leur explique que son fils a été enlevé il y a plusieurs années, d’où le fait qu’il ne s’était pas rendu à son service militaire.
Jean-Bernard Janvier est décédé en 2007, sans jamais savoir ce qui était arrivé à Ludovic. « Il est mort de chagrin. Je l’ai vu peu de temps avant son décès et il m’a dit que Ludo lui parlait la nuit, qu’il l’entendait lui parler, et il pleurait. On aurait tant aimé qu’il sache avant de mourir ce qui était arrivé à son fils. » raconte Virginie.

En 2010, une infirmière travaillant dans un hôpital de Reims contacte Virginie. Elle lui dit avoir croisé un homme ressemblant de manière troublante à Jérôme, qu’elle avait vu dans un reportage quelques semaines plus tôt, et elle pense qu’il pourrait s’agir de Ludovic désormais adulte. Suite à cela, Didier Seban et Corinne Herrmann, des avocats spécialisés dans les affaires de disparition non résolues, sont engagés par la famille. Ils vont ainsi demander une expertise ADN sur le squelette retrouvé en 1985, mais on leur a répondu que le squelette avait été détruit en 1998 sur ordre du parquet de Grenoble. Cela a été un énième coup dur à encaisser pour la famille de Ludovic.
En 2014, un nouveau non-lieu est prononcé par la justice, et les avocats ont fait appel de cette décision. En juin 2015, grâce à la ténacité de la famille, le dossier de Ludovic a été réouvert. Jérôme et Virginie ont aujourd’hui construit leur propre vie, ils ont chacun fondé une famille, mais ils sont toujours hantés par l’enlèvement de Ludovic. Ils continuent d’être actifs dans la recherche de leur frère. Nicolas, quant à lui, préfère rester éloigné des médias.
Malgré le temps qui passe, la douleur ne s’efface pas et Jérôme ressent toujours une immense culpabilité. « Ma mère nous habillait pareil, on dormait dans la même chambre, on avait les mêmes jeux, on faisait les mêmes bêtises. J’ai grandi avec ce sentiment de culpabilité. Car c’est moi qui l’ai laissé partir, je n’ai pas su le protéger. Je me souviendrai toujours du regard qu’il m’a lancé quand l’homme l’a emmené. »
A ce jour, Ludovic Janvier n’a jamais été retrouvé.

