Le meurtre non résolu de Rhonda Coleman.

Rhonda Sue Coleman est née le 18 janvier 1972 à Hazlehurst, dans l’Etat américain de la Géorgie. Fille unique, elle grandit aux côtés de ses parents, Milton et Gayle, dans cette petite ville rurale où tout le monde se connaît. À 18 ans, Rhonda est en terminale au Jeff Davis High School, membre du Future Farmers of America et du Epilogue Y-Club, engagée dans la vie scolaire comme dans celle de son église, la Tabernacle Baptist Church.

Travailleuse et responsable, elle occupe un emploi de caissière au supermarché Piggly Wiggly, tout en préparant son futur : Rhonda rêve de poursuivre ses études à Georgia State University pour devenir infirmière pédiatrique. Ses amis la décrivent comme une jeune femme simple, sociable, toujours souriante, parfois un peu garçon manqué, plus à l’aise dans les activités en plein air que dans les artifices.

Le 17 mai 1990, la journée s’annonçait comme beaucoup d’autres pour les élèves de terminale de Hazlehurst. À l’approche de leur remise de diplôme, les lycéens du Jeff Davis High School s’étaient réunis en début de soirée chez une camarade pour préparer une banderole de fin d’année. Rhonda faisait naturellement partie du groupe. L’ambiance était légère, festive, et personne ne se doutait que quelques heures plus tard, tout allait basculer.

Vers 22 heures, Rhonda quitte la petite fête. Elle doit rentrer chez elle et prévoit, selon ce qu’elle confie à ses amies, de passer brièvement au drive-in d’un restaurant local avant de respecter le couvre-feu imposé par ses parents. Elle conduit sa Chevrolet Cavalier 1989, un véhicule qu’elle maîtrise bien. Mais cette nuit-là, Rhonda n’arrivera jamais à destination.

Peu après 22h30, Layla Miller Marshall revenait de chez son petit ami lorsqu’elle a repéré la voiture de Rhonda, garée dans une zone boisée du comté de Montgomery. Le moteur était encore en marche, les phares allumés, la porte côté conducteur entrouverte, et son sac à main posé sur le siège. Une scène figée et étrange, comme si la jeune femme avait été interrompue en pleine action ou contrainte de sortir précipitamment du véhicule.

Layla, qui est une camarade de Rhonda, a été troublée par cette scène. Elle a coupé le moteur avant de revenir chez son petit ami pour téléphoner à la police, puis est revenue sur les lieux avec lui pour tenter de retrouver Rhonda. Après 30 minutes sans intervention de la police, Layla et son petit ami sont retournés à nouveau chez lui pour rappeler la police, qui finit par arriver sur les lieux à 23h30. Pendant ce temps, les parents de Rhonda, de plus en plus inquiets car leur fille ne rentre pas et n’a pas prévenu, commencent à la chercher aux alentours de 23 heures.

La voiture de Rhonda, retrouvée abandonnée.

« L’un de mes souvenirs les plus marquants reste l’arrivée de son père en voiture. » se souvient Layla lors d’une interview avec Dateline. « Il me demandait « Layla, où est Rhonda ? », j’ai répondu : « Monsieur Coleman, je ne sais pas ». Ses yeux se sont remplis de larmes. J’ai tout de suite compris qu’il savait que quelque chose n’allait vraiment pas. »

Pendant trois jours, la petite ville de Hazlehurst vit au rythme d’une recherche frénétique. Les patrouilles de police quadrillent les routes de campagne, les volontaires locaux fouillent bois, fossés et clairières, tandis que les parents de Rhonda, épuisés, oscillent entre l’espoir et la terreur.

Le 20 mai 1990, l’inquiétude laisse place à l’horreur. Le corps de Rhonda Sue Coleman est découvert dans une zone boisée et isolée du comté de Montgomery, à environ 15 kilomètres de l’endroit où sa voiture avait été retrouvée. Elle est encore entièrement vêtue, mais une partie de son corps est brûlée, signe d’une tentative d’effacer des preuves, ou d’un acte post-mortem destiné à brouiller la scène.

Un enquêteur présent ce jour-là dira plus tard : « Il était clair que quelqu’un avait essayé de détruire des preuves. L’emplacement, les brûlures, la distance par rapport à la voiture… rien de tout cela n’était accidentel. »

Les enquêteurs notent la présence de traces de pneus supplémentaires près de la voiture, qui n’appartiennent pas à la Chevrolet Cavalier de Rhonda. Même si elles ne peuvent pas être associées de manière certaine à un modèle ou à un suspect, elles indiquent clairement qu’un autre véhicule s’est arrêté à côté, et qu’une seconde personne (ou plusieurs) était probablement présente au moment critique.

On rapporte également la présence d’empreintes de pas autour du véhicule. Elles n’ont pas pu être exploitées ou associées formellement à quelqu’un, mais leur orientation et leur proximité suggèrent qu’une interaction a eu lieu à l’extérieur du véhicule. L’emplacement de la découverte n’est pas anodin : il s’agit d’une route de campagne, sombre, bordée de bois. Ce n’est pas un lieu où une adolescente se serait arrêtée volontairement à cette heure de la nuit. Cependant, la voiture semblait intacte : pas de vitre brisée, pas de signe de vol, pas d’objet manquant. Rien qui permette d’établir une agression claire. Mais tout laissait penser que Rhonda avait été interrompue, surprise, ou approchée par quelqu’un qu’elle connaissait peut-être suffisamment pour baisser sa garde.

Comme le dira plus tard un enquêteur ayant travaillé sur l’affaire : « Ce que nous avons vu ce soir-là, c’était une scène figée. Quelqu’un l’a arrêtée, ou quelqu’un l’a fait s’arrêter. Elle n’est pas partie d’elle-même. »

La théorie la plus courante est celle de l’enlèvement par un inconnu. Le fait que la voiture soit abandonnée sur une route isolée, le moteur allumé et les phares allumés, laisse penser que Rhonda a été forcée de quitter son véhicule. Les traces de pneus et les empreintes autour de la voiture renforcent cette hypothèse : quelqu’un d’autre était présent ce soir-là. Cette théorie suppose que l’agresseur connaissait les habitudes de Rhonda, ou avait observé la fête de fin d’année à l’avance.

Certains enquêteurs avancent que le crime pourrait impliquer une personne que Rhonda connaissait. La scène ne présente pas de signe d’effraction dans le véhicule, et aucun objet personnel n’a été volé. Cela suggère que la jeune fille n’était pas en alerte et que l’agresseur pouvait être quelqu’un en qui elle avait confiance. Le corps de Rhonda ayant été partiellement brûlé laisse penser à une tentative de détruire des preuves. Cela pourrait indiquer que l’agresseur, après un geste impulsif ou violent, a cherché à effacer ses traces. Les enquêteurs considèrent aussi la possibilité d’un meurtre motivé par la haine ou la vengeance, mais aucune preuve directe n’a jamais confirmé cette piste.

Plus de trente ans après la disparition et le meurtre de Rhonda Sue Coleman, son visage et son histoire continuent de hanter Hazlehurst et le comté de Montgomery. Pour sa famille, chaque jour sans réponses est un combat. Comme le confie sa mère, Gayle Coleman : « Même après toutes ces années, nous voulons juste savoir la vérité. Nous voulons que Rhonda ait la paix, et que la personne responsable réponde de ses actes. »

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